ACTE I. — LA DÉMENCE
Que donne notre champ. Je suis marchand de fruits... Le soir, je vais parfois prier aux cimetières De mes frères en Dieu...
HELIOGABALl (ironique)
Je connais tes prières !
RUSCA
... Puis, j'aide mes amis, quoique très pauvrement, Puis je rentre au quartier du Vélabre..,
HELIOGABALB
Tu mens !
J'ai compris ce que cache un trop avide zèle Et l'Etat libéral t'a reconnu rebelle ; C'est bien mal le payer de ce qu'il fit pour toi !
RUSCA (troublé)
Je vis modestement...
HELIOGABALE (impérieux) Mais tu vis hors la loi !
i ' RUSCA
Je suis marchand de fruits... Ma pauvre vie s'abreuve...
HELIOGABALE (dissimulateur, puis emporté par sa vision)
Je vais de ma bonté l'offrir une autre preuve. J ai choisi les époux de tes filles. Demain, Tu pourras assister toi-même à leur hymen. Je sais ce qui convient le mieux au cœur d'un père, Aussi, tout sera fait dans le but de te plaire. Tes enfants étant deux, je pense à un grand lit Etendu sous le ciel et de soleil empli ; Ce lit, je le ferai dresser dans une arène, Car je veux un décor duquel tu te souviennes. Tes filles seront nues, et leur corps virginal Montrera sa beauté dans ce jour nuptial ! Ton attente croîtra comme l'élan des villes,