JULIA, RUSCA
JULIA
Je t'attendais, et mes espoirs comptaient les heures,
Et ma poitrine était la violente demeure
Où battait, sans arrêt, le grand rythme du temps .
RUSCA
J'ai tardé possédant mon rêve plus longtemps ! Maintenant, pareil au roulier devant l'auberge, Je pose ma fatigue : et toi, comme une vierge, Tu t'avances portant vers la ligne des seuils, Et la table servie à ma faim et l'orgueil. Mangeons, ô Julia, ce pain inépuisable De nos deux appétits que nous faisons semblables !
Ta joie et mon couteau vont s'enfoncer vengeurs. Dans la mie de ce pain si tendre à notre cœur. Mangeons ! Je sens déjà que je me rassasie...
JULIA
Fassent les dieux qu'à nous les prétoriens s'allient !
RUSCA
lis s'allieront bientôt ; il vous suffit d'un cri
A pousser dans leurs rangs que i'anxiété nourrit.
JULIA
Ce signal?
RUSCA
Dire à tous, partout, qu'Héliogabale Veut faire assassiner ton fils. . .
JIXIA
Kt sa rivale.
RUSCA
Vers César menacé, les prétoriens jaloux Courront pour le défendre...
JULIA
PZn nous défendant nous.
BLSCA
La haine des soldats, mêlée à notre haine, Sera le vent âpre et morte! qui se déchaîne ; Nous entendrons le soir, fracassé de ses coups, Gémir dans le charnier qui l'envahira tout. L'avalanche croîtra ; du Palatin au Tibre La tempête enivrée, et plus folle, et plus libre, Sera le vol superbe et purificateur Des aigles éployant, sur la terre en fureur,
Le long rayonnement de leurs ailes rapides.
Les chants ayant cessé dans les hauts peupliers vides,
Les oiseaux de la mort montreront leurs yeux verts
Aux regards eftrayés des yeux encor ouverts.
Le ciel sera rayé d'une course d'armures
Dont l'éclat s'abattra dans l'éclat des blessures ;
La nuit sera de bronze et d'airain qui viendra
A.UX portes du Palais où elle frappera ;
La terreur coudoiera la résistance vaine,
Car je serai celui dont l'ombre se promène
Et dont la main de fer abattra les verrous 1
Et nous verrons alors. . .
JILIA (anxieuse) Rusca, que verrons-nous ?
RUSCA
L'ouragan s'engouffrer en sifflant sous ces voûtes ; Héliogabale en proie au tourment qu'il écoute. Englouti dans le sang des poignards abattus Qui feront une robe à son corps dévêtu.
JULIA iicrrorisée)
Dans le sang !
RUSCA (implacable)
Dans le sang et contre le visage De sa mère tuée aussi dans le carnage.
JILIA
Non. . non... pas Sœmias... Non, non, je ne veux pas. Elle est ma sœur, elle est la sœur de Julia !
On ne peut désunir le fils d'avec la mère !
JULIA (suppliante)
Pas Sœmias, pas Sœmias. mon cœur se serre... Je garde malgré tout .. pour elle, ce transport Qui vient de ma jeunesse et qui va vers sa mort... Des filles de Mœsa, laisse passer la vie. ..