ACTE m. — LA MORT D'HÉLIQGABALE
RUSCA
Non, ]a. pitié n'est pas le ^oleil des furies !
Elle mourra d'avoir engendré cet enfant
Qui nourrit à son tour le crime dans ses flancs.
JULIA (accablée et immobile)
Tout s'en va ! Tout s'en va ! Je laisse la tempête
Gronder affreusement et glaner sa conquête.
Arrête-t-on le vaste aquilon déchaîné
Qui courbe les roseaux et les fronts couronnés ?
Je me réveillerai dans le rouge héritage
D'une sœur qui tomba d'avoir un fils sauvage.
Le hibou s'est dressé dans l'arbre de la nuit !
Ma sœur, ma triste sœur, ma sœur que je ne puis
Sauver, je suis déjà devant ta destinée î
J'entends frémir la faux des Parques acharnées,
Et j'entends de tes os le choc disséminé.
Tes larmes, Julia, trouvent un cœur fermé.
120 HÉLIOGABALK
JILIA (en évocation)
Tu m'es témoin, ô ciel, que j'ai prié pour elle I
RUSCA
Ainsi seront comblés mes vœux les plus fidèles Et je me repaîtrai d'une large vision !
JULIA -toujours à sa pensée)
Ma sœur ! ma triste sœur 1
RUSCA
Alors, Rome en fusion Acclamera ton fils qui déjà se dévoile Dans un horizon clair de lances et d'étoiles î
JULIA (que son instinct de mère orgueilleuse reprend)
Tu me grises ! . . . Pourquoi des fleurs sur des tombeaux ? Je viens les moissonner et j'étends mon manteau
Comme un firmament d'or au-dessus des nuées 1
Tu cours dans le chemin où je me suis ruée
A côté des chevaux de mes désirs vivants.
Tu guides mes coursiers et mon char, bondissant.
Vole vers les sommets où la gloire est assise.
(en hynme à la ville)
Ville de Romulus î Ville altière et soumise,
Ville de mon angoisse et de ma volupté !
Noble fille des dieux et de l'impureté !
Fruit gâté que je cueille et dont je suis jalouse.
Regarde Julia qui t'exècre et t'épouse !
Tes temples, tes jardins, ton fleuve, ton regard
Sont de mouvants lauriers jetés devant César.
Rome cité de sang, et par le sang lavée.
Que je vois accroupie et rêve délivrée,
Ville de mon triomphe auréolant ma foi
Je te donne mon fils, et me confie à toi !
RUSCA
Je vais hâter l'instant de notre délivrance . .
JLXIA
Oui, va vers ta rancune et vers mon espérance !
(Rusca sort.)
122 MÉLIOGABALE