‹ Héloïse et AbélardChapitre 8 sur 8 · SUIVENT LES SERMONS · texte numérisé non relu

SUIVENT LES SERMONS

ABÉLARD ET HÉLOISE, ,j61

LETTRE D'ABÉLARD A HÊLOISE.

Ma sœur Héloïse , qui m'étiez chère autrefois dans le siècle et qui m'êtes aujourd'hui plus chère en Jésus-Christ, la logique m'a rendu odieux au monde ; car ils disent , ces pervers qui pervertissent tout et dont la sagesse est dans la perdition, Us disent que je suis le plus habile en logique et que pourtan' j'ai gravement erré dans mon Commentaire sur saint Paul : lorsqu'ils vantent la finesse de mon esprit, ils me refusent la pureté de la foi chrétienne , parce que , ce me semble , ils me jugent d'après l'opinion plutôt que par l'autorité de l'expérience. Je ne veux plus être un philosophe, si je me trouve en désaccord avec saint Paul ; je ne voudrais pas être Aristote, pour être retranché de la grâce de Jésus-Christ.

j'adore le Christ qui règne à la droite du Père ; je presse dans les embrassemens de la foi ce Christ incarné au sein d'une vierge et prouvant par des miracles la divinité du Consolateur. Et pour que toute crainte , toute inquiétude et toutes préoccupations soient bannies du fond de votre cœur , retenez bien que j'ai fondé ma conscience sur la même pierre où Jésus- Christ a bâti son Eglise. Je vous apprendrai en peu de mots ce que j'ai écrit sur cette pierre.

Je crois en Dieu le Père , le Fils et le Saint-Esprit, éternellement seul et vrai Dieu, qui admet ainsi la Trinité dans les personnes, pour conserver toujours l'unité dans la substance. Je crois que le Fils , en toute chose , est égal au Père , égal en éternité, puissance, volonté et œuvres. Je n'entends pas Arius, qui, poussé par un génb pervers et môme séduit par l'esprit des ténèbres, établit des degrés dans la Trinité, soutenant que

le Père est plus grand que le Fils, et oubliant ainsi ce précepte de la Loi : « Vous ne monterez point par degrés à mon autel. » Car c'est monter par degrés à l'autel de Dieu , que de placer une personne avant ou après l'autre dans la Trinité. Je reconnais que le Saint-Esprit est consubstantieî et égal en toute chose au Père et au Fils , le Saint-Esprit que j'ai souvent désigné dans mes écrits sous le nom de la Bonté suprême.

Je condamne Sabellius qui, affirmant que le Père et le Fils ne sont qu'une même personne, pense que le Père a souffert la Passion : de là le nom des Palripassionnistes.

Je crois aussi que le Fils de Dieu a été fait Fils de l'Homme , et qu'une seule des trois personnes participe de deux natures. Je crois qu'après l'accomplissement de sa vie humaine, il a souffert, il est mort, il a ressuscité , et il est monté au ciel , et qu'il viendra juger les vivans et les morts.

Je déclare aussi que tous les péchés sont remis dans le baptême ; que nous avons besoin de la Grâce, avec laquelle nous commençons et achevons le bien , et que la pénitence relève ceux qui ont failli.

Quant à la résurrection de la chair, à quoi bon en parler , puisque je me glorifierais en vain d'être chrétien si je ne croyais pas que je dois ressusciter? Telle est lafoi dans laquelle je m'assieds et dont je tire la force de mon espérance. A l'abri de cette foi salutaire, je ne crains pas les aboiemens de Scylla , \e me ris des gouffres de Carybde , j'entends sans frémir les chants mortels des Sirènes. Si la tempête éclate, je ne suis pas renversé; si les vents grondent , je ne suis pas ému, car j'esuis fondé sur une pierre inébranlable,

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