ACTE II
MADEMOISELLE DUVERNEY
Ce n’est pas tout, et voici ce dont j’hésitais à entretenir monsieur le comte. — Comme il y avait de la lumière dans la chambre de mademoiselle, j’ai voulu savoir pourquoi elle ne dormait pas, et j’ai regardé par le trou de la serrure; c’est alors que je l’ai vue inondée de larmes et lisant une lettre.
LE COMTE
Une lettre !...
MADEMOISELLE DUVERNEY
Une lettre dont elle paraissait vouloir apprendre le contenu par cœur et qu’elle a brûlée ensuite...
Et vous ne savez d’où peut venir cette lettre?...
MADEMOISELLE DUVERNEY
Je ne soupçonne pas, je ne la quitte jamais...
' LE COMTE
Il faut le savoir... c’est grave, et 1 vous qu’elle aime, avec un peu d’adresse...
MADEMOISELLE DUVERNEY
Toute ruse serait inutile. — Depuis longtemps Camille ne me confie plus rien. Elle m’en veut toujours, autant qu’elle peut en vouloir, la chère enfant, de ce que je n’ai pu rien répondre aux questions qu’elle m’a faites l’année dernière au sujet...
LE COMTE
Je sais... Alors je 1’interrogerai, moi !...
MADEMOISELLE DUVERNEY
Monsieur le comte, vous savez comme elle estinipres-
sionnable ot fière en même temps. Il doit être bien innocent, son petit secret. Laissez-la se trahir ellemême. A dix-huit ans, on se trahit si facilement!
LE COMTE
Vous ayez raison, ma chère mademoiselle Duverriey, je ne lui dirai rien qui puisse la mettre en défiance. Je n’en parlerai même pas à son père. Surveillez-la de votre côté. La voici justement. Éloignez-vous avant qu’elle vous voie ; elle se douterait peut-être de quelque chose.
(Il prend un journal et va s’asseoir h gauche ; mademoiselle Dnvemey
sort à droite.)