N GUY, RAOUL
RAOUL
Vous aviez une communication à me faire, monsieur?
GUY
Oui...
* Guy, Raoul, le comte.
Aurais-je le bonheur de pouvoir vous èire bon à quelque chose?
GUY
Nous n’avons guère d’espoir qu’en vous...
RAOUL, avec joie.
Est-ce possible?
(Ils s’asseyent à la table.)
GUY
Il doit vous paraître bien extraordinaire que je vous parle ainsi, le lendemain du jour où vous m’avez demandé la main de ma fille et où je vous ai répondu, presque sèchement, que je ne voulais pas la marier avant sa majorité, c’est-à-dire avant trois ans; qu’avezvous pensé de cette réponse?
RAOUL
Je l’ai prise pour un refus poli. Il est tout naturel, monsieur, que vous ne donniez votre fille qu'à un t homme qui vous convienne sous tous les rapports. Vous me connaissez à peine. Ma mère est votre voisine de campagne, mais ma mère sort peu, et sa position de fortune ne lui permet plus de recevoir. Quatre fois seulement, en une année., mes travaux m’ont permis de venir la voir, et chaque fois j’ai eu l’occasion de rencontrer mademoiselle Camille. Mon existence à Paris est à peu près la même que celle de ma mère à la campagne. J’habite un bien modeste appartement, et le travail, les souvenirs, les chagrins, et quelquefois une espérance, en étaient les hôtes familiers. Cette espérance, je l’avais rapportée d’ici; pour celui qui travaille, seul toute la journée et parfois une partie de la nuit, un souvenir devient un compagnon, un ami, un frère. On s’habitue tellement à lui, que le jour où il faut s’en séparer, il