‹ Héloise ParanquetChapitre 28 sur 66 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

semble que tout' vous manque. Ma situation étant devenue meilleure et l’avenir se montrant plein de promesses, je me suis permis de venir vous demander la main de mademoiselle Camille. Vous me l’avez refusée, c’était votre droit; je m’en retourne donc à Paris, seul, le cœur triste, mais j’en ai l'habitude, et j’en serai quitte pour travailler un peu plus.

GUY

Monsieur Raoul, vous vous êtes absolument mépris sur la cause secrète de mon refus. Vous avez cru que j’étais arrêté par votre manque de fortune, votre situation modeste... Vous êtes bien loin de la vérité. Je connais toute votre vie. Je sais l’abandon généreux que vous avez fait de votre fortune personnelle pour payer les dettes de votre père. La raison de mon refus n’est donc pas en vous... Au contraire. Hélas! elle est en moi, et c’est Camille qui ne peut pas entrer dans une famille aussi honorable que la vôtre.

RAOUL, se levant.

Que dites-vous?...

GUY

Elle n’a rien à se reprocher personnellement... rassurez-vous. Mais les lois du monde la font solidaire de sa famille, — comme vous vous êtes jugé solidaire de la vôtre. Malheureusement, la faute dont elle subit les conséquences est irréparable.

RAOUL, se rasseyant.

Expliquez-vous, monsieur!

GUY

Je vais vous confier, à vous, monsieur, ce que je n’ai jamais confié à personne.

héloise pahanquet

RAOUL

Vous pouvez être sur..,

GUY

De votre discrétion. Vous n’avez pas besoin de me la promettre. Camille est une enfant naturelle. Elle l’ignore, et son chagrin à elle, son chagrin persistant, que vous seul peut-être auriez pu lui faire oublier, car elle vous aime, son chagrin est de n’avoir pas connu sa mère! Sa mère, dont on ne lui parle jamais, dont elle voit bien qu’on ne veut pas lui parler.

RAOUL

Et sa mère est morte?...

GUY

Elle vit, — indigne de sa fille, indigne de vous et de moi! Elle vit dans le vice, le scandale et le luxe de mauvais aloi ; — en compagnie d’un homme taré, qui fait métier du jeu, s’il n’en fait pas abus! A la suite d’une scène violente où mon père m’avait prouvé la trahison 'de cette femme, je me suis battu avec ce chevalier d’industrie, qui l’exploitait déjà à mon insu. J’ai donné à cet homme un coup d’épée, dont malheureusement il n’est pas mort!... Mon père, en cas que je fusse tué, avait bien voulu se charger de Camille, que nous avons soustraite depuis lors aux recherches possibles de la mère, qui m’avait menacé de venir me la reprendre un jour. Nous avons passé notre vie à changer de pays, six mois dans un endroit, un an dans un autre; l’Italie, l’Angleterre, l’Allemagne, nous avons parcouru depuis dix-sept ans presque toute l’Europe, afin de dépister cette créature. Terreurs chimériques!... Elle ne pense sans doute plus à son enfant. Elle l’a oublié peut-être!... Pourtant, comme voilà déjà doux années que nous sommes fixés ici, en Touraine* j’ai dit à mon notaire de vendre cette

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