SCÈNE X
Les Mêmes, HÉLOÏSE voilée *.
GUY, reconnaissant Héloïse qui lève son voile.
Vous, madame!...
(II sonne, et écrit quelques mots sur une carte.) IIÉLOÏSE.
Moi-même, et je suis fière que vous m’ayez reconnue, monsieur le vicomte. Cela prouve que je ne suis pas changée.
GUY, au domestique qui entre de la gauche.
Ce mot à mon père !
HÉLOÏSE. Avertin lui a préparé un siège près de la table, elle s’est
assise.
Monsieur le comte existe encore. J’en suis bien aise.
* Guy, Héloïse, Avertin.
GUY
Voyons, madame, que venez-vous faire ici? Car vous devez avoir un but.
Évidemment. Mon cher monsieur Avertin, veuillez fermer ces portes. C’est une précaution que monsieur le comte, le père de monsieur, m’a enseignée il y a dixsept ans, et que depuis lors j’ai toujours trouvée bonne à prendre, quand on veut parler de choses sérieuses. Veuillez prêter la plus grande attention à ce qui va se dire.
AVERTIN, après avoir fermé les portes *.
Je suis tout oreilles.
(Il est derrière la table.)
HÉLOÏSE
Avant tout, monsieur le vicomte, donnez-moi des nouvelles de monsieur votre père... Sa santé est bonne? tant mieux... Quant à celle de ma fille, je sais qu’elle est excellente, sauf les petites tristesses qui sont de son âge. Vous voyez que je suis renseignée sur elle et que je m’intéresse à tout ce qui la regarde.
GUY
Arrivons à ce qui vous amène ici, madame; car ce ne peut être votre amour pour votre fille, que vous n’avez ni vue ni cherché à voir depuis dix-sept ans.
HÉLOÏSE
Que voulez-vous? les circonstances... dos voyages, des embarras de toutes sortes... Mais je vous avais prévenu que nous nous reverrions, et je tiens parole : mieux
* Guy, Avertin, Héloïse.