ACTE IV
CAMILLE
Jeneleleur donnerais plus par habitude, que je le leur donnerais toujours par affection et par reconnaissance. N’essayez donc pas de me les faire appeler autrement, quoi qu’il arrive. Je vous disais donc... que mon grandpère et mon père ne me parlaient jamais mal de vous... On vous disait morte... mais je ne le croyais pasl...
HÉLOÏSE
Pourquoi ne le croyiez-vous pas?
CAMILLE
Je ne sais quel pressentiment me disait que vous étiez vivante, et que je vous reverrais un jour.. Aussi quand j'ai reçu votre lettre ai-je été plus...
HÉLOÏSE
Plus ?
CAMILLE
Plus émue qu’étonnée.
HÉLOÏSE
Qu'avez-vous fait alors?
CAMILLE
J’ai lu et relu ce billet pour bien m’en graver les expressions dans l'esprit, et comme vous me recommandiez de n’en parler à personne et de le détruire, je l’ai brûlé. Seulement mon secret m’est échappé devant M. Raoul d’Yves. Il en a parlé û mon père qui, alors, s’est expliqué avec moi et m’a dit la vérité.
HÉLOÏSE
En ajoutant que j’étais une personne méprisable?... 'Elle se lève) Vous voyez que votre mère ne pouvait vous laisser dans une maison où l’on vous apprenait à la mé-
priser et à la haïr. Mais chacun son tour. (Camille no dit plus rien. Elle laisse tomber sa tête sur sa poitrine avec une sorte do découragement.) On vous a enlevée à moi quand vous aviez un an ; votre père m’a lâchement abandonnée.
CAMILLE
Mon père? Vous avouez donc que le vicomte est mon père?
HÉLOÏSE
Oui, c’est votre père ; mais il n’a pas osé l’étre publiquement. Il avait peur de compromettre son nom ; il ne voulait pas le donner à celle qu’il avait séduite... et qu'il abandonnait sans ressources , sur un soupçon que rien ne motivait, car il n’était pas vrai que je fusse la...
CAMILLE
Que vous fussiez la?...
HÉLOÏSE
Que je fusse coupable.
CAMILLE
De quoi ?
HÉLOÏSE
De ce dont il m’accusait.
De quoi vous accusait-il?
HÉLOÏSE
Que vous importe?
CAMILLE
Alors pourquoi me parlez-vous de tout cela, madame? Quels sont ces mots que je ne connais pas : séduite, coupable?... Si vous étiez innocente , il fallait vous discul-