‹ Héloise ParanquetChapitre 63 sur 66 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

per; si vous étiez coupable, il fallait vous repentir. Mon père est bon, il est juste, il vous aimait; j’eusse été le lien entre vous deux, et nous n’en serions pas aujourd’hui où nous en sommes. Pourquoi voulez-vous maintenant que je porte le nom d’un étranger, et que je vive avec lui, quand vous reconnaissez devant moi qu’un autre est mon père ? Pourquoi apportez-vous ce chagrin... ces larmes... qui ne vont pas avec le doux nom de mère? Pourquoi trompez-vous la justice? Pourquoi ces ruses, ces menaces, ces vengeances, quand il était si simple de venir à mçi et de me dire : Camille, c’est moi qui suis ta mère; nous avons été séparées jusqu’à présent, mais je reviens, je veux te voir, je t’aime? Est-ce que je vous aurais demandé ce que vous aviez fait? Est-ce que je suis votre juge, moi? Est-ce que j’ai le droit de condamner ou d’absoudre? Une mère et une fille se retrouvent, elles n’ont pas besoin de se dire un seul mot, elles n’ont qu’à se regarder, elles se jettent dans les bras l’une de l’autre, elles pleurent et tout est expliqué. ,

HÉLOÏSE, cédant à son émotion.

Mon enfant!

CAMILLE

Maman !... Tu vois comme c’est simple; il n’y a plus besoin de tribunaux, de procès, de... comment appellent-ils cela?... de référés, d’appels, que sais-je?... On s’est embrassé... on est d’accord... tout est terminé... Adieu, messieurs les juges, on n’a plus besoin de vous.

HÉLOÏSE, la prenant dans ses liras avec une sorte de fureur et fondant en larmes.

Mon enfant!... mon enfant!... mon enfant, donnemoi tes mains... non, pas tes mains... tes petits pieds, que je les baise... (Elle la fait asseoir et s’agenouille.) Je ne suis pas digne de toucher ton visage! Je vais partir, je

vais me sauver; tu ne me verras plus. Ton père avait raison; si tu savais ce que j’ai fait? Comment n’ai-je pas pensé à venir à toi! Tu as raison, c’eût été si simple... (Elles se lèvent.) Je te dirai où je serai, tu m’écriras de temps en temps!...

\ CAMILLE

Maman!...

Quelle voix tu as! Comme tu parles bien! Je sentais, en t'écoutant, tout ce qu’il y avait de mauvais en moi qui tombait, et tout cela avec quelques paroles. Que Dieu est bon de faire de pareilles choses! Adieu! Embrasse-moi ! Mais vois donc comme je t'aime ! Qui aurait jamais dit cela?

CAMILLE

Vous allez rester, au contraire; pourquoi nous quitter?

HÉLOÏSE, s’asseyant.

Parce que personne ne doit me connaître; parce que je te déshonorerais si l’on savait que je suis ta mère ! Ah! si je t’avais connue! si j’avais su ce que tu étais!. . mais le désordre, les mauvais exemples, l’entraînement, tu ne sais pas ce que c’est, mon pauvre cher ange ; il ne faut pas que tu sois initiée à tout cela... Comment faire?... (Elle se lève.) Écoute, j’ai fait une infamie en voulant te prendre à ton père, en voulant te donner le nom de mon mari, en voulant te séparer de M. Raoul, qui t’aime, et qui a bien raison de t’aimer; en voulant tout cela... il ne faut pas me le pardonner, ou bien tard, quand tu seras sure de mon repentir. En attendant, il faut te sauver. Il doit y avoir un moyen, on en trouvera un. Où est M. Avertin? Envoie-le chercher!

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