‹ Héloise Paranquet Pièce en quatre actesChapitre 27 sur 69 · GUY, RAOUL · texte numérisé non relu

GUY, RAOUL

BAOtfL.

Yous avieis une communication à me fairoi monsieur?

auY.

,Oui..,

* (Siijr, Bsonly le eonitt •

44 HÊLOISE PABANdXJET

Aurais-je le bonheur de pouYoir vous être bon h quelque chose?

GUY

NottB n'ayons guère d'espoir qu'en yous,.,

KAOUL, »vocjoie,

£st-ce possible ?

(Ils •'nMeyent h 1» toble.)

Il doit vous paraîtra bien extraordinaire que je vous parle ainsi, le lendemain du Jour où vous m'avez demandé la main de ma fille et où je vous ai répondu, presque Sf'-chement, que je ne voulais pas la marier avant iiiaiorit<^. e'est-à-dire avant trois ans ; qu'avezvous pensé de cette réponse?

BAOVI..

Je l'ai prise pour un refus poli. Il est tout naturel, monsieur, que vous ne donniez votre fille qu a un homme qui vous convienne sous tous les rapports. Vous me connaissez à peine. Ma mère est votre voisine de campagne, mais ma mère sort peu, et sa position de fortune ne lui permet plus de receyoir. Quatre fois seulement, en une année, mes travaux m'ont permis de yenir la yoir, et chaque fois j*ai eu Toccasion de rencontrer mademoiselle Camille. Mon existence à Paris est à peu près la même que celle de mti mère À là campagne. J*habite un bien modeste appartement, et letrayail, les souyenirs, les chagrins, et quelquefois une espdrance, en étaient les hôtes familiers. Cette espérance, je l'ayais rapportée d*ioi; pour celui qui trayaille, seul toute la journée et parfois une partie de la nuit, un souyenir deyient un compagnon, un ami, un frère. On- s'habitue tellement à lui, que le jour où il faut s'en séparer, il

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semble que tout vous manque. Ma situation étant devenue meilleure et Tavenip se montrant plein de promesses, je me suis permis de venir vous demander la main de mademoiselle Camille. Vous me l'avez refus(:e, c'était votre droit;. je m*en retourne donc à Paris, seul, le cœur triste, mais j'en ai l'habitude, et j'en serai quitte pour travailler un peu plus.

Monsieur Raoul, vous vous dics absolument m(5prîs sur la cause secrèfe de mon relus. Vous avez cru que j'étais arrêté par votre manque de fortune, votre situation modet^te... Vous êtes bien loin de la vérité. Je connais toute votre vie. Je sais Taluindon généreux que vous avez fait de votre fortune porsoniiello pour paver les dettes de votre père. La raison de mon refus n'est donc pas en vous... Au contraire. Ht'lasl elle est en moi, et c'est Camille qui ne peut pas entrer dans une famille aussi honorable que la vôtre.

RÂ.ori«,seleyftnt.

Que dites-vous?...

GUT

Elle n a riûnàse reprocher personnellement... rassurez-vous. Mais les lois du monde la font solidaire do sa famille, — comme vous vous êtes jugé solidaii e de la vôtre. Malheureusement, la faute dont elle subit les conséquences est irréparable.

Expliquez-vous, monsieur î

GUT-

Je vais vous confier, à vous, mçnsieur, ce fiue je nVi jamais çonfié à personne.

46 BÊtOISE PABANCtUET

RAOUL

VouôpouYeii être ^ùr...

GUY

De votre discrétion. Vous n'avez pas besoin de me la promettre. Camille est une enfant naturelle. Elle l'ignore, et son chagrin à elle, son chagrin persistant, que vous seul peut-être auriez pu lui faire oublier, car elle vous aime, son ciiagrin est de n'avoir pas connu sa mère! Sa mère, dont on ne lui parie jamais, dont elle voit bien c^u'on ne veut pas lui parler.

BAOUL.

Et sa mère est morte?,,. , "

GDT,

Elle vit, — indigne de sa fille, indigne de vous et do moi ! Elle vit dans le vice, le scandale et le luxe de mauvais aioi; — en compagnie d'un homme taré, qui fait métier du jeu, s'il n'en fait pas abus! A la suite d'une scène violente ou laun père m'avait prouvé la trahison de cette femme, je me suis battu avec ce chevalier d'industrie, qui l'exploitait déjà à mon insu. J'ai donné à cet homme un coup d'épée, dont malheureusement il n'est pas mort !... Mon père, en cas que je fusse tué, avait bien voulu se charger de Camille, que nous avons soustraite depuis lors aux recherches possibles de la mère, qui m'avait menacé de venir me la reprendre un jour. Nous avons passé notre vie à changer de pays, six mois dans un endroit, un an dans un autre; l'Italie, 1 Angleterre, rAllemagnr, uoUù a\ uns parcouru depuis dix-sept ans presque toute l'Europe, afin de dépister cette créature. Terreurs chimériques!... Elle ne pense sans doute plus à son enfant. Elle la oublié peut-être !... Pourtant, comme voilà déjà dQux années que nous sommes, fixés ici, en Touraine, j'ai dit à mon notaire de vendre cett«

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