SA VIE
Uei^véTius (Claude- Adrien) naquit à Paris en janvier 17 15, Sa famille était originaire du Palatinat d'où elle s'était réfugiée en Hollande au temps de la Réforme. Son grand-père Jean- Adrien était venu s'installer comme médecin à Paris où il avait importé l'usage de l'ipécacuanha. Louis XIV l'avait distingué : il lui avait donné en 1690 les lettres de noblesse et plus tard la charge d'inspecteur général des hôpitaux.
Son père, Jean-Claude- Adrien, était médecin ordinaire du roi et premier médecin de la reine. Il était savant et charitable. Sa mère, Germaine d'Armancourt, était belle, pieuse et bonne.
Helvétius fit ses études au collège Louis-le-Grand, chez les Jésuites. Il fut d'abord un élève médiocre. Puis, sous la direction du père Porée, qui avait été le professeur de Voltaire, n lut avec passion les meilleurs auteurs grecs et latins. C'est aussi au collège qu'il connut le livre de F Entendement humain de Locke, dont l'influence sur ses idées devait être prépondérante. L'étude des lettres et de la
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philosophie ne le prend d'ailleurs pas tout entier; il aime l'e crime et la danse et excelle déjà dans ces deux arts.
vSon père, dont la or Lune était médiocre, le destinait aux finances. Le jeune homme alla donc apprendre son futur métier chez son oncle maternel, M. d'Armancourt, directeur des fermes à Caen. « L,à, dit son biographe, Saint- Lambert, il fut occupé des lettres et de la philosophie, plus que de la finance ; et plus occupé des femmes que des lettres et de la philosophie. Il apprit cependant en peu de temps, et presque sans y songer, tout ce que doit savoir un financier. »
En 1738 — Helvétius avait alors 23 ans — son père et sa mère obtinrent pour lui, grâce à l'amitié de la reine, une place de fermier général, soit environ 100.000 écus de rente. Ils empruntèrent les fonds que tout fermier général devait avancer au roi. Helvétius consacra d'abord les deux tiersde ses revenus au remboursement de ces fonds et employa le reste aux « deux passions qui pouvaient déranger le financier le p us opulent, l'amour des femmes et l'envie de faire du bien ».
Il sut fort bien les satisfaire toutes deux.
Beau, bienfait et brillant, il fut aimé des femmes autant qu'il les aima « Chaque jour de sa vie, écrit Arsène Houssaye, était une page de roman. On ne dépense pas d'une main toujours ouverte i.ooo francs par jour sans être un des héros de la vie parisienne. Helvétius vécut longtemps comme l'enfant prodigue qui s'endort sur la nappe profanée des courtisanes... » Il semble avoir été plus sensuel que lyrique et plus passionné que fidèle. A en croire Grimm, « une femme sage était à ses yeux un monstre qui n'existe nulle part ». Pour que cette opinion ait pu être prêtée à Helvétius, il a fallu que ses succès aient été nombreux.
Il est plus facile d'être moins discret sur ses actions généreuses que sur ses bonnes fortunes. « Il donnait beaucoup et continuellement, dit Grimm, et de la manière la plus simple e . la plus libérale. » Il fit une pension à Marivaux et à vSaurin, secourut l'abbé vSabatier et Thomas. Dans ses fonctions de fermier, il eut plus d'une fois l'occasion de montrer son bon cœur et son esprit de justice. Les plus jeunes fermiers étaient envoyés dans les provinces avec mission de s'instruire des divers revenus, de contrôler les conunis et de veiller à l'exécution des ordonnances. Hel-
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vétius, fit à ce titre, plusieurs voj'ages en Champagne, en Bourgogne et dans le Bordelais. Tandis que les fermiers avaient pour règle de donner toujours tort au peuple et raison aux préposés de la ferme, Helvétius étudiait en conscience les conflits et n'hésitait pas à frapper les employés quand ils étaient en faute. Il lui arriva souvent de dédommager de ses deniers les personnes dont les biens avaient été confisqués. Les Bordelais se plaignaient fort d'un nouveau droit sur les vins. Helvétius trouvait leurs plaintes si fondées et le nouveau droit si vexatoire qu'il dit un jour à quelques bourgeois dé Bordeaux : « Tant que vous ne ferez que vous plaindre, on ne vous accordera pas ce que vous demandez. Faites-vous craindre. \'ous pouvez vous assembler au nombre de plus de dix mille. Attaquez nos employés; ils ne sont pas deux cents. Je me mettrai à leur tête, et nous nous défendrons; mais enfin vous nous battrez et on vous rendra justice. Les Bordelais ne suivirent pas le conseil du jeune fermier, mais celui-ci, de retour à Paris, usa si bien de son crédit qu'il fit supprimer le nouveau droit.
En 1749, Helvétius acheta la charge de maître d'hôtel de la Reine. La charge était légère, ouvrait la Cour au jeune fermier-général et augmentait ses relations. Il put en outre y faire d'utiles observations et accroître ainsi son expérience des hommes.
La Cour lui convenait d'ailleurs aussi peu que la finance et il avait le projet de les quitter bientôt t ou tes deux pour vivre dans la retraite et se consacrer tout entier aux lettres et à la philosophie. Il acquit les deux grands domaines de Lumign}' en Brie, et de Voré, dans le Perche, donna, en 1751, sa démission de fermier-général et se maria.
Mlle de Ligniville appartenait à une noble famille lorraine. Elle était pauvre, mais fort belle, et joignait aux plus solides qualités de l'esprit les sentiments les plus élevés. Helvétius l'observ-a un an avant de s'engager. Quand il la connut bien, il la demanda et l'obtint. Il n'eut jamais qu'à se féliciter de son choix. Mme Helvétius aimait la retraite; elle s'occupa fort de ses enfants, s'intéressa aux travaux de son mari et fit sa maison accueillante aux amis de la philosophie et des lettres.
A partir de 1751, Helvétius vécut surtout à Voré, « partageant, dit Grimm, tout son temps entre l'étude, la chasse