FÊTES ISRAÉLITES
1 Fêtes israélites sont fixes et demeurent constamment attachées au mème quantième du mois. La seule chose que l’on puisse demander à leur sujet est de savoir en quel jour de la semaiue elles arrivent dans une année proposée. Or les règles du Jour du mois, dans le chap. V de ce livre, satisfont pleinement à ces sortes de questions. Nous nous contenterons donc ici d’énumérer, mois par mois, les principales fêtes des Juifs, en indiquant en même temps les événements qu’elles rappellent et les chapitres de la Bible où il en est fait mention. |
Le Commencement de la Lunaison, Rosch Hodesch, est un temps de prière et de joie parmi les Juifs, en mémoire de l’holocauste spécial que le Seigneur avait ordonné de lui faire à chaque nouvelle Lune. On peut voir les détails de ce sacrifice dans le livre des Nombres, ou 4° livre: de Moïse, ch. XXVIIL, v. 44 et suiv. ; voyez aussi le même livre, ch. X, v. 40. Le 1° jour du mois seulement est considéré comme Rosch Hodesch lorsque le mois précédent n’a eu que 29 jours, dans les autres circonstances le Rosch Hodesch comprend deux jours, savoir, le 30° jour du mois qui finit et le 4° jour du mois qui commence. Les travaux ne sont point interrompus aux nouvelles Lunes, mais on récite dans les synagogues des prières supplémentaires.
Le nouvel an ou Commencement de l’ Année, Rosch Haschana, est
une des grandes solennités des Juifs; elle dure deux jours, le 4er et le 2 Tisseri. Cette fête, instituée en mémoire de la délivrance d'Isaac par un ange et de la substitution d’un bélier en sa place, est appelée dans l’Écriture sainte Fête des Trompettes, et fixée au premier jour du septième mois de l’année religieuse, ou premier mois de l’année civile (Lévit. ch. XXIIL, v. 24 ; Nom. ch. XXIX, v. 4); son nom lui vient de ce qu’en cette solennité les prêtres dans le temple sonnaient des trompettes pour exciter le peuple à remercier le Seigneur de ses bienfaits pendant l’année précédente, et pour l’avertir de se préparer par la pénitence et les bonnes œuvres au grand jour d’Expiation qui doit suivre prochainement. Aujourd’hui encore, pour les mêmes raisons, on sonne dans les synagogues le Schophar (trompette), qui est communément une corne de bélier, creuse à l’intérieur et recourbée. La fête du nouvel an est aussi connue sous le nom de Jours des Souvenirs, parce que, suivant la doctrine des Rabbins, l'Éternel, au commencement de l’année, passe en revue les actions des hommes et les juge, pour inscrire ensuite les justes sur le livre de vie et les pécheurs sur le livre de mort, ou bien pour inscrire sur un livre intermédiaire ceux dont la conduite se trouve également mêlée de bonnes et de mauvaises actions.
Le jeûne de Guedaliah s’observe le 3° jour de Tisseri, ou le ke jour lorsque le mois commence par un Jeudi, comme en l'année israélite 5616. Ce jeûne a été établi pour honorer la mémoire du saint homme Guédaliah dont il est parlé dans le 4° livre des Rois, ch. XXV, et dont le meurtre par une troupe de rebelles est rapporté au long dans Jérémie, ch. XL et XLI.
Le jour d’Expiation, Kippour, est un jour de jeûne rigoureux et universel ; il commence le 9 Tisseri à 6 heures du soir, et ne finit que le lendemain à la même heure. Les Juifs en ce jour font de longues prières, s’abstiennent d'œuvres serviles et s'appliquent, encore plus que les jours précédents, aux bonnes œuvres et aux pratiques de piété, afin que l’Éternel, touché de leurs bonnes dispositions, leur pardonne leurs fautes, les inscrive sur le livre des vivants, et leur accorde une année heureuse et prospère. Le jour d’Expiation a vait été établi par Dieu même chez les anciens Juifs ; il en est souvent fait mention dans les livres de Moïse. Voyez le Lévitique, ch. XVI, v. 29 et suiv. ; ch. XXIIL, v. 27 et suiv. Voyez aussi les Nombres, ch. XXIX, v. 7 et suiv.
La Scénopégie ou fête des Cabanes, Soukoth, dont on peut voir l'institution dans le Lévitique, ch. XXIIL, v. 34 et suiv., rappelle aux Juifs leur séjour dans le désert où ils habitèrent pendant 40 années sous des tentes ou tabernacles. Cette fête dure sept jours, depuis le 15 Tisseri jusqu’au 21 de ce mois inclusivement. Mais les deux premiers jours seulement, savoir le 45 et le 46, sont des fêtes solennelles, pendant lesquelles il n’est permis que de faire les travaux nécessaires à l’alimentation ; les jours suivants sont des demi-fêtes, ol Hamoed, pendant lesquelles on peut vaquer à ses occupations ordinaires, surtout lorsqu’elles ne peuvent être différées sans inconvénients. Le dernier jour de la fête des Tabernacles, le 21 Tisseri, les Juifs adressent à Dieu des prières particulières afin qu'il daigne les secourir contre leurs ennemis, Æoschana Rabba, préserver les fruits de la terre de toute atteinte funeste et leur donner des récoltes abondantes.
L’octave de la Scénopégie, le 22 Tisseri, est une fête solennelle parmi les Juifs (Lévit. XXII, 36); ils s’abstiennent d'œuvres serviles en ce jour qu’ils appellent Æuitiènie fête, Sche mini Atzereth. Plusieurs auteurs ne regardent pas le 22 Tisseri comme une fête distincte, mais ils considèrent ce jour comme le dernier de la fête des Cabanes, à laquelle ils donnent une durée de huit jours.
La ARéjoussance de la Loi, Simha Torah, est une fête solennelle pendant laquelle les œuvres serviles sont défendues; elle est fixée au 23 Tisseri, neuvième jour de la Scénopégie. Cette fête est d’origine rabbinique, il n’en est pas fait mention dans l'Écriture sainte ; son nom lui vient de ce que les Juifs en ce jour terminent la lecture du Pentateuque dans les synagogues, pour le recommencer de nouveau le Samedi qui suit immédiatement.
La fête de la Dédicace, Hanouka, dure huit jours, depuis le 25 Kislev jusqu’au 2 Tébeth, pendant lesquels les travaux ordinaires ne sont pas suspendus. L'origine de cette fête, appelée aussi Encénies ou Rénovations, remonte au temps de Judas Machabée qui, après une victoire signalée sur les ennemis du peuple de Dieu, se rendit maitre de Jérusalem, purifia le temple profané par les Gentils, en fit la dédicace pendant 8 jours, et ordonna qu’à pareille époque la même cérémonie serait observée d’une année à l’autre parmi les Juifs. Voyez dansle 4° livre des Macha-
bées, ch. IV, les détails de la victoire de Judas et ses travaux pour la restauration du temple et de l'autel.
Le jeûne de Tébeth, fixé au 40° jour de ce mois, est un souvenir de l'investissement et du commencement du siége de Jérusalem par l’armée de Nabauchodonosor, roi de Babylone. Voyez à ce sujet le 4° livre des Rois, ch. XXV, et Jérémie, ch. XXXIV, XXXIX et LIT.
Le jeûne d’Esther arrive le 13° jour du mois Adar dans les années communes, etle 43-jour du mois Adar II dans les années embolismiques. Mais lorsque ce 43° jour est un Samedi, comme en l'an du monde 5615, le jeûne est anticipé de deux jours et placé au Jeudi, 44° jour du mois Adar. Ce fnt le 43e jour du mois Adar que les Juifs, sous le règne d’'Assuérus roi de Perse et de la reine Esther son épouse, devaient tous êtreimmolés à la fureur de lPimpie Aman (Esther, ch. IE, v. 43). Ce fut aussi à pareil jour que l’intrépide Judas, dans un péril extrème, défit entièrement Nicanor et son armée (Machab. IL, ch. XV, v. 36 et 37). Le jeûne d’Esther, quoique non prescrit par la Loi, est général et obligatoire parmi les Juits.
La fête Ges Sorts, Pourim, ainsi appelée parce que ce fut par les sorts jetés dans l’urne qu’Aman détermina le mois et le jour du massacre des Juifs, est une commémoration de l’humiliation d’Aman, de l'élévation de Mardochée et de la vengeance éclatante que les Juifs tirèrent de leurs ennemis le jour même où ces derniers se préparaient à les égorger. Cette fête, qui n'arrête pas les travaux mensuels, dure deux jours, le 44 etle45 Adar, mais le second jour est bien moins solennel que le premier. Dans les années embolismiques la fête est célébrée dans le mois Adar II ; et alors le 44° jour du mois Adar I se ressent aussi un peu de la solennité, on l’appelle pour cela Petit Pourim. Les Juifs dans la fête des Sorts lisent le livre d’Esther, s’envoient des présents et se livrent à la joie. Voyez en entier le livre d’Esther, et plus Spécialement les ch. IL et IX.
La Pâque ou fête du Passage, Pessah, est la première des fêtes solennelles des Juifs ; c’est Dieu même qui l’a instituée pour Tap= peler à son peuple le passage de l’Ange exterminateur et sa délivrance miraculeuse de l'Égypte (Exode, ch. XII). Cette fête dure huit jours, depuis le 45 Nissan jusqu’au 22 inclusivement ; les deux premiers jours seulement et les deux derniers sont des fêtes
solennelles qui entrainent la suspension des œuvres serviles, tandis que les jours intermédiaires ne sont que des demi-fêtes pendant lesquelles chacun peut s’appliquer à ses occupations ordinaires. La Pâque des Juifs est aussi appelée Fête des Azymes ou des Pains sans levain, parce que pendant toute la durée de la fête, ces sortes de pains sont les seuls permis ; et même, avant que la fête commence, on doit faire disparaître de la maison tout le pain levé, dont on fait une recherche exacte et minutieuse.
La Pentecôte ou fète des Semaines, Schebouoth, est une des grandes solennités des Juifs; elle dure deux jours, le 6 et le 7 Sivan, pendant lesquels les travaux manuels sont interdits. Son nom lui vient de ce que les Juifs devaient compter sept semaines entières à partir de la Pâque, et le jour d’après, c’est-à-dire le cinquantième jour, était la Pentecôte (Lévit. ch. XXII, v. 15 et suiv.). On l’appelle aussi Fête des Prémices parce qu'autrefois les Juifs de la Terre-Sainte offraient à Dieu dans le Temple les prémices de leurs moissons, qui commençaient vers ce temps-là. Ce jour rappelle encore aux Juifs la promulgation de la Loi de Dieu sur le mont Sinaï. |
Le jeûne de Tamouz, arrivant le 47° jour de ce mois, rappelle aux Juifs différentes calamités, entre autres les deux Tables de la Loi brisées par Moïse à la vue du veau d’or, les sacrifices journaliers interrompus, la ville sainte prise par les Romains sous le second temple. Lorsque le 47 Tamouz est un Samedi, comme en l'année 5613, le jeûne est renvoyé au lendemain Dimanche.
Le jeûne d’Ab, fixé au 9° jour de ce mois, est un jour de jeüne sévère et de grande affliction. C’est en ce jour, en effet, que fut consumé par le feu le premier temple sous Nabuchodonosor (Rois IV, ch. XXV), et le second temple sous Titus ; c’est encore en ce jour que fut porté dans le désert le décret divin qui condamnait à ne point voir la Terre promise tous les Juifs qui avaient été témoins des merveilles de Dieu en Égypte (Nombres, ch. XIV). Ce jeûne est remis au Dimanche 410 Ab lorsque le 9 est un Samedi, ce qui a lieu toutes les fois que le jeûne de Tamouz a été remis au lendemain, car dans le Calendrier israélite, Le 17 Tamouz et le 9 Ab arrivent toujours au même jour de la semaine.
Il est fait mention dans un passage de Zacharie, ch. VII, v. 19, des quatre jeûnes universels des Juifs ; ils sont rapportés aux 4°, B°, 7° et 10° mois, lesquels dans l’année sainte répon-
dent respectivement au mois Tamouz, Ab, Tisseri et Tébeth.
Il est également fait mention dans un passage des Nombres, ch. XVI, v. 16, des trois grandes solennités israélites, savoir, la Pâque ou fête des Azymes, la Pentecôte ou fête des Semaines et la Scénopégie ou fête des Tabernacles ; c'est à ces époques que chaque année tous les Juifs du sexe masculin devaient se rendre
à Jérusalem de toutes les parties de la terre de Chanaan. Nous placons ici une excellente observation sur les Fêtes judaïques, par M. Chréange, rédacteur de l’Annuatre officiel du culte des Hébreux, qu’il publie depuis quelques années avec un succès toujours croissant. Ce savant israélite termine ainsi sa Notice sur le Calendrier, placée en tête de l’Annuaire pour l’an du monde 5617:
« Avant la rédaction du Calendrier, et alors que le Sanhedrin siégeait à Jérusalem, le premier jour du mois était fixé à l’apparition de la nouvelle Lune. Le Sénat décidait si le mois qui finissait devait être de 29 ou 30 jours, et des messagers étaient expédiés dans toutes les directions de la Terre-Sainte pour informer les provinces de la fixation de la Néoménie. Or tous ceux qui, en raison de leur éloignement de la métropole, n'avaient pas eu connaissance, dans les dix jours, de la décision sanhédrinale, faisaient, dans le doute, deux jours de fête au lieu d’un, huit jours de fête au lieu de sept prescrits par les Écritures. Ainsi on faisait huit jours de Pâque au lieu de sept, deux jours de Schebouoth au lieu d’un, etc. Par respect pour nos ancêtres, nous avons conservé cette coutume, bien que nous fussions aujourd’hui parfaitement fixés sur le Molad (nouvelle Lune). » Voy. aussi Buxtof, Synag. Jud. Cap. XXIV.
Il nous reste à parler, pour compléter ce chapitre, du jour où les Juifs commencent à prier pour la rosée et la pluie. Ce jour, qui leur rappelle le commencement du déluge, n’est pas fixe dans l’année lunaire, comme les autres fêtes ; sa position est réglée par l’année solaire, et il suit toujours la Conversion d’Automne d’un même nombre de jours. L’Écriture-Sainte (Gén. ch. VII, v. 11 et 12) nous apprend que les cataractes du ciel furent ouvertes et que la pluie diluyienne commenca le 47° jour du second mois. Or, avant l'institution de la Pâque, l’année des anciens Juifs commençait en Automne, comme celle des Juifs modernes. Ce fut donc le 47° jour de l’année en usage avant Moïse, ou
46 jours après la Conversion d'Automne que commença le déluge. Maïs on à vu dans le chapitre précédent que, d’après le calcul des Juifs modernes, en l’an 1 de l’ère du monde la Conversion d'Automne précéda de 19i 20" 204° la première Néoménie ou le commencement de l’année civile. On aura donc constamment dans le Calendrier des Juifs l’époque solaire du commencement du déluge en ajoutant à la date de la Conversion d'Automne 46i plus 12i 20 204, c’est-à-dire 58i 20" 204°. La Conversion d'Automne arrivant toujours à 3" ou 9* du matin, à 3" ou 9* du soir, l’époque diluvienne arrivera toujours aussi, en négligeant les 204 scrupules, à 4 1 du soir ou 5" du matin, à 41° du matin ou 5" du soir. En voici un exemple: |