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CHAPITRE IV

SYMPTOMATOILOGIE

Avant de nous étendre sur chacun des symptomes qui caractérisent les hémoptysies d’origine arthritique, nous nous permettons de retracer rapidement comment les choses se passent dans la plupart des cas.

Voici la description empruntée à M. Huchard. Un individu ordinairement dans la force de l’âge, est pris brusquement, le plus souvent pendant la nuit, d'une hémorrhagie fort abondante qui se répète parfois pendant plusieurs jours de suite, et s'accompagne de tous les accidents qui constituent le cortège obligé de toute hémoptysie: sueurs froides, anxiété, dyspnée, perturbation morale, d'autant plus vive, que le malade se croit d'ores et déjà poitrinaire.

Pendant plusieurs jours, parfois une quinzaine, l'auscultation montre un foyerde ràles crépitants soit dans un point, soit dans u: autre du poumon. Le médecin appelé porte un pronostic des plus défavorables. Cependant ces hémorrhagies se reproduisent quelquefois périodiquement et dans les intervalles la

santé reste excellente. L'on s'étonne, puis l'on s'aperçoit que le malade appartient à une famille d'arthritiques, qu'il est lui-même goutlteux, sujet à des congestions faciales, à des migraines, à des éruptions cutanées et l’on est forcé d’admettre que l'on se trouve là en face d'accidents intimement liés à l’arthritisme, se manifestant dans le cas particulier par des hémoptysies, alors qu'il se manifeste dans d'autres par des épistaxis à répétition, des flux hémorrhoïdaires ou des métrorrhagies.

L'hémoptysie se déclare donc brusquement, du moins dans la plupart des cas, car il peut arriver que le phénomène morbide soit précédé par une espèce d’aura, constituée par des douleurs vagues dans les articulations ou par des éblouissements. Ce début brusque est amené presque toujours par un refroidissement, d'ailleurs si peu important en lui-même, que le malade ne s’en rend pas compte. Une boisson trop glacée, un courant d'air un peu trop vif, une évaporation rapide de la sueur sont des causes suffisantes. Bien plus, cette action du froid est si puissante, qu'un changementde température ou de pression atmosphérique, appréciable seulement au baromètre,a puamenerla production d’une hémorrhagie.On voit donc qu'il y a là une force latente toute prête à prendre l'organisme en défaut, et à se manifester.

Cette manifestation a lieu de préférence pendant Ia nuit. Pourquoi ? L'explication est difficile, serait-ce un point de ressemblance avec la goutte, la « visiteuse nocturne » de Sydenham? Cela est possible. Durand-Fardel n'a-til pas appelé larthritisme une « goutte sans goutte » ? Oui, mais dans ce cas, la goutte étant un rejeton de la souche arthritique, elle tiendrait plutot ce caractère de la diathèse qui luia donné naissance.

L'hémorrhagie broncho-pulmonaire éclate donc brusque-

ment et se produit le plus souvent avec une abondance très grande, effrayante même. C’est là un caractére important, puisque les auteurs, frappés à la fois de l’aboadance, de la répétition des hémorrhagies, et en même temps de leur peu de gravité, en ont déduit une relation de causes à effet.

Pour eux, la perte de sang épuisait en quelque sorte la virulence de l'agent morbide (Pidoux); ils méconnaissaient dont complètement l'influence diathésique de l'arthritis. Nous n'insistons pas sur cette opinion, qui n’est en vérité qu'une simple « vue de l'esprit» nullement étayée par des faits probants.

Eu égard à ces symptômes effrayants de brusquerie et d'abondance, dont nous venons de parler, les signes physiques sont bien peu caractéristiques. La percussion fait constater de la submatité, qui peut être généralisée à toute l'étendue de la poitrine ou localisée à certains points, le plus souvent dans la région qui correspond aux sommets du poumon. À la palpation, diminution légère des vibrations thoraciques. À l'auscultation, on entend des ràles sous-crépitants souvent très retentissants, la respiration est légèrement soufflante ; on perçoit aussi très souvent le bruit anormal de M. E. Collin (bruit de frottement arthritique), dont nous parlerons plus longuement à propos du diagnostic,

En résumé, on constate ordinairement tous les signes d’une congestion plus où moins intense. Ces signes sont de plus très mobiles et très fugaces et bien en rapport d'ailleurs avec les caractères que présente la marche des accidents.

En cffet, si l'apparition de l'hémoptysie est brusque, sa disparition est rapide aussi. Tantot après une seule hémorrhagie, les signes stéthoscopiques diminuent d'intensité et disparaissent au bout de sept ou huit jours; tantôt le malade a pendant un temps des hémoptysies qui se reproduisent sou-

vent avec une certaine périodicité, par exemple tous les soirs au crépuscule, ou toutes les nuits, puis ces accidents cessent et, comme dans le premier cas, tout rentre dans l’ordre.

Cette espèce de crise passée, le malade recouvre bientôt ses forces affaiblies et, pendant un laps de temps trés variable, quelquefois pendant des années, 1l ne crache plus de sang. On retrouve encore ici ce caractère de périodicité, que nous avons déjà signalé, certains malades ont des hémoptysies tous les ans à la même époque, le plus souvent au mois d'août ou de septembre.

Dans les intervalles d’accalmie, si, très souvent, l’arthritique hémoptoïque a une santé excellente, il n’en est pas toujours ainsi, car il se produit alors parfois d’autres manifestations de la diathèse. Le malade peut avoir du côté du poumon des congestions fugaces et légères, localisées à divers points de la poitrine; du côté de la peau, des éruptions d'eczéma, d’erpès, etc. Enfin, on peut avoir affaire à des attaques franches de rhumatisme articulaire ou de gouite.

Cette apparition de manifestations bien évidemment arthritiques est un signe diagnostique très important au point de vue de l’origine des hémoptysies elles-mêmes, et cela surtout au cas où l’on ne trouverait pas, dans les antécédents héréditaires et personnels du malade, des preuves assez marquées d'arthritisme.

Voici done, à peu près, tous les caractères que présentent dans leur marche les hémoptysies arthritiques. Nous nous contenterons de dire à propos de la terminaison de ces accidents qu'ils sont sans gravité, qu'en règle générale, la terminaison la plus habituelle est la guérison, et la mort une rare exception.

Enfin, nous terminerons ce chapitre en résumant dans un espèce de tableau les caractères les plus marqués des

ET

hémorrhagies broncho - pulmonaires d’origine arthritique

Conservation du bon état général.

Mode d'apparition brusque (souvent la nuit).

Fréquence, abondance.

Production de congestions mobiles, fugaces, tantôt dans un point, tantot dans un autre de la poitrine.

Existence chez le malade ou ses ascendants d'accidents diathésiques indiscutables.

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