Hennepin
gg^/OUIS HENNEPIî^ naquit à Ath, en Belgique. C'est pè| du moins l'opinion de Félix Van Hulst, auteur d'une "^•)'^'' petite biographie qu'il a intitulée : 'Notice sur le Père Louis Hennepin, né à Ath {Belgique). (Liège, 1845). Harrisse croit que Henuepin vit le jour à Roy, d'une famille originaire d'Ath, en Hainault. Margry partage cette opinion. Le témoignage de Hennepin lui-même met tin à toute discussion à ce sujet.
Se sentant une vocation spéciale pour la vie religieuse, Hennepin entra de bonne heure dans un noviciat de Franciscains, à Béthune, dans la province d'Artois. Il eut pour premier maître de noviciat le Père Gabriel de la Ribourde qui vint en Canada en 1670, avec le premier détachement des Récollets. Tous deux devaient jouer un rôle important dans les missions de l'ouest. Le Père de la Ribourde y trouva la mort en 1680, et le Père Hennepin devait s'y illustrer par ses découvertes opérées au prix de nombreux sacrifices.
Nous ne suivrons pas le Père Hennepin à travers toutes les phases de sa vie monastique. Du reste les documents sont trop incomplets pour nous faire connaître les détails particuliers à son noviciat et aux années qui le suivirent. Il nous dit cependant que l'amour des voyages grandissait chez lui avec les années.
*' A mesure que j'avançais en âge, écrit-il (1), cette inclination pour les voyages d'outre-mer se fortifiait dans mon cœur. Il est vrai qu'une de mes sœurs mariée à Gland, laquelle j'aime avec une extrême tendresse, me détournoit de ce dessein, autant qu'elle pouvoit, lors que j'étois auprès d'elle dans cette grande ville, où je ra'étois transporté pour apprendre la langue flamande. Mais j'étois sollicité d'ailleurs par plusieurs de mes amis d'Amsterdam d'aller aux Indes Orientales, et
(1) Nouvelle Découverte, etc., pp. 9-13.
mon penchant naturel pour les voyages, joint à leurs prières, m'ébranloit fortement, et me déterminoit presque à me mettre en mer pour contenter mon désir.
" Ainsi toutes les remontrances de ma sœur ne purent me détourner de mon premier dessein. Je me mis donc en chemin pour voir l'Italie, et je visitai par l'ordre de mon Général les plus grandes églises, et les couvents les plus considérables de notre Ordre en ce pays-là, et en Allemagne. Revenant enfin dans nos Pays-Bas, le R. P. Guillaume lîerinx, récollet, mort depuis peu évêque d'Ipres, s'opposa au dessein quej'avoia de continuer mes voyages. 11 m'arrêta donc dans le couvent des Halles, en Hainaut, où je fis l'office de prédicateur pendant un an. Après quoi je me rendis du consentement de mon supérieur au pays d'Artois, et de là je fus envoyé à Calais pour y faire la quête, pendant qu'on y travailloit à y saler les harengs.
" Etant là, ma plus forte passion étoit d'entendre les Relations que les capitaines de vaisseaux faisoient de leurs longs voyages. Je retournai ensuite à notre couvent du Biez par Dunkerken. Mais je me cachois souvent derrière les portes des cabarets, pendant que les m.atelots parloient de leura navigations. La fumée du tabac me causoit de grands maux d'estomac en m'attachant ainsi à les écouter. Cependant j'étois fort attentif à tout ce que ces gens-là racontoient des rencontres qu'ils avoient eues sur mer, des hazards qu'ils
avoient courus, et des divers accidents de leurs voyages dans les pays éloignés. J'aurois passé des jours et des nuits entières sans manger dans cette occupation, qui m'étoit si agréable, parce que j'y apprenois toujours quelque chose de nouveau touchant les mœurs et les manières de vivre des nations étrangères, et touchant la beauté, la fertilité et les richesses des pays où ces gens avoient été.
" Je me fortifiois donc de plus en plus dans mon ancienne inclination. Dans le dessein de la contenter davantage, j'allai en mission dans la plupart dos villes de Hollande, et je m'arrêtai enfin à Mastricht, où je demeurai environ huit mois. J'y administrai les sacrements à plus de trois mille blessés. Etant là dans cette occupation je courus plusieurs grands dangers parmi ces pauvres malades. J'y fus même attaqué du pourpre et de la dyssenterie, et je me vis à deux doigts de la mort. Mais Dieu me rendit enfin ma première santé par les soins et par les secours d'un très habile médecin hollandois.
" L'année d'après je m'engageai encore par un effet de mon zèle à travailler au salut des âmes. Je me trouvai donc au combat sanglant de Senett", où tant de gens périrent par le fer et par le feu. J'y eus beaucoup d'occupation à soulager et à consoler les pauvres blessés. Et enfin après avoir essuyé de grandes fatigues, et après avoir couru des dangers extrêmes dans les sièges de ville, à la tranchée et dans des
batailles où je ra'exposois beaucoup pour le salut du prochain, pendant que les gens de guerre ne respiroient que le carnage et le sang, et je me vis en état de satisfaire mes premières inclinations."
Hennepin venait de recevoir l'ordre de partir pour le Canada. C'était en 1675 (1). Mgr de Laval retournait cette année-là dans son diocèse, après avoir réglé plusieurs questions intéressant l'évêclié de Québec. Il y avait une centaine de passagers à bord du vaisseau, entre autres Robert Cavelier de la Salle et M. de Barrois, secrétaire du gouverneur Frontenac. La traversée se fit heureusement, malgré les assauts qu'ils eurent à endurer de la part de vaisseaux turcs qui faisaient de la piraterie le long des côtes de l'Atlantique.
Un autre incident assez remarquable est la brouille qui surgit entre le Père Hennepin et La Salle à propos de jeunes filles, qui tous les soirs se livraient à des exercices chorégraphiques et autres divertissements bruyants. Mgr de Laval avait confié au Religieux la direction spirituelle de ces jeunes personnes, plus légères que méchantes. Celui-ci les réprimanda à plusieurs reprises. La Salle prit
(I) Lii Noiivelle Découverte, {Avis ait Lecteur), dit 1670. (l'est probablement une faute d'impression, car il est certain que Mgr de i^aval revint à Québec en 1675 et non en 1676. L'on constate, du reste, que le P. Hennepin assista à une séance du Conseil Souverain, le 7 octobre 1670. {Edits et Ordonnances, 21, 64.)
ombrage de cette interventiou, car ces danses nocturnes semblaient beaucoup l'amuser. Il s'ensuivit donc un échange de paroles blessantes, qui laissèrent un grand froid, pour ne pas dire plus, entre le Père Hennepin et La Salle. Les détails de cette altercation méritent d'être rapportés. Nous laissons parler le religieux :
" La Salle faisoit semblant de vouloir protéger ces filles dans leurs divertissements. Il ne put donc s'empêcher de me dire un peu en colère, que j'en usois en Pédant à son égard, et à l'égard de tous les officiers et des personnages de qualité qui étoient dans le vaisseau, et qui se divertissoient à voir danser ces filles, puisque je les critiquois sur des bagatelles. Mais le Seigneur François de Laval, créé premier évêque de Québec, qui faisoit alors le trajet avec nous, m'ayant donné la direction de ces filles, je crus être endroit de répondre au Sieur de la Salle que je n'avois jamais été Pédant^ terme qui, comme tout le monde sait, signifie un homme d'un caractère d'esprit sot et impertinent, et qui attecte de faire paroître en toutes occasions une science mal digérée. J'ajoutai à cela, que ces filles étoient sous ma direction, et qu'ainsi j'avois droit de les reprendre et de les censurer, puiaqu'elles se donnoient trop de liberté.
" Cette réponse, que je fis sans avoir d'autre dessein que celui de faire connoître au dit Sieur de la Salle que je faiaois mon devoir, le fit pâlir de colère, et en efiet il s'em-
porta étràngonient contre moi. Je me contentai de lui dire, le voyant dans cette disposition à mon égard, qu'il prenoit mal les choses et que je n'avois eu aucune intention de l'offenser, comme eu effet ce n'étoit pas mon dessein. Monsieur de Barrois .... voyant ce bruit, me tira à l'écart et me dit, que sans y penser j'avois mis le Sieur de la Salle en grosse colère, lorsque j'avois dit, que je n'avois jamais été Pédant, parce qu'il en avoit fait le métier pendant dix ou onze ans, qu'il avoit été parmi les Jésuites, et qu'en effet, il avoit été régent
d'une classe parmi ces religieux.
" Je répliquai au Sieur de Barrois, que j'avois dit cela fort innocemment : que je n'avois jamais su que le Sieur de la Salle eût vécu dans cet Ordre célèbre ; que si j'en eusse eu connoissance, je me serois sans doute empêché de proférer ce mot de Pédant en parlant à lui ; que je savois que c'étoit un terme injurieux ; qu'en effet on exprimoit ordinairement par là un savant mal poli, selon l'expression françoise de Messieurs de Port-Royal ; qu'ainsi je n'aurois eu garde de me servir de ce terme, si j'eusse été mieux instruit que je ne l'étois de l'histoire du dit Sieur de la Salle.
" Quoi qu'il en soit, la faute que je lis fort innocemment en cette occasion, a été sans remède. . . Le Sieur de la Salle, dont Dieu sait que je regrette la mort funeste et inopinée, a toujours eu cette affaire sur le cœur contre moi. Non seulement donc il m'a exposé à de grands dangers, mais même
étant de retour en France, où ma Description de la Louisiane lui fut fort utile pour lui faire obtenir de grands privilèges de la cour, bien loin de reconnoître mes travaux pour son service, il me rendit de très méchants offices auprès du R. P. Hyacintlie le Fèvre, commissaire provincial des Récollets de Paris. . .".
Si le Père Hennepin rencontra du mauvais vouloir de la part de Cavelier de la Salle, il n'eut qu'à se féliciter de la bienveillance de Mgr de Laval qui, à l'en croire, lui accorda dès ce moment, toute son estime et sa confiance.
Le Religieux accepta de prêcher l'avent et le carême à l'Hôtel-Dieu de Québec. Entre temps il parcourait les campagnes avoisinant cette ville pour travailler à l'instruction du peuple. C'est ainsi qu'on le voit apparaître à la Pointede-Lévi, à l'île d'Orléans, à Charlesbourg, à Sainte- Anne-de- Beaupré ; il se rendit même jusqu'aux Trois-Rivières. Ces voyages pénibles n'étaient que le prélude de ses grandes et aventureuses excursions dans l'ouest américain.
p'^ENN'EPIN nous dit qu'il reçut pour mission d'aller 0ji^V| évangéliser les sauvages sur les bords du lac Ontario. -^gT^J^ Le Père Luc Buisset s'attacha à lui, et ensemble ils travaillèrent à convertir les Iroquois. Une chapelle s'éleva bientôt sur les rives du grand lac, au fort Cataracouy. Hennepin pénétra chez les Onnéïouts et chez les Onnontagués, qui l'accueillirent d'une façon hospitalière. De là il se rendit chez les Agniers où il rencontra le Père Bruyas, jésuite, très versé dans la langue de cette peuplade. Il avait même pris la peine d'écrire un petit ouvrage intitulé : Racines Agnières, que le Père Hennepin copia pour son propre usage (1). Ainsi il est absolument faux de dire que le jésuite s'est attribué le travail du P. Hennepin, puisque c'est le contraire qui est vrai.
Le Père Hennepin séjourna pendant deux ans et demi (2) au fort Cataracouy ou Frontenac, et il y paracheva avec son collègue le Père Buisset la résidence destinée à la niission.
(1) M. J.-G. Shea a publié ce petit livre, en 1863, sous le titre de Mohawk Radical Words.
(2) D'après le témoignage du Père lui-même, il se serait rendu au fort Frontenac, au printemps de 1676.
Puis il retourna à Québec, au couvent de Notre-Dame-des- Anges, juste le temps de s'y approvisionner des objets les plus indispensables au culte, et il reprit le chemin de son ancienne mission, où il rencontra le Père Buisset et le Përe Gabriel de la Ribourde. C'était le lendemain de la Toussaint en l'année 1678. Cavelier de la Salle l'y rejoignit bientôt, et le 18 novembre, un brigantin d'environ dix tonneaux quittait le fort Frontenac, ayant à son bord le Përe Hennepin, le Sieur de la Motte et seize hommes que l'on destinait à faire le voyage d'exploration dans l'ouest. Ce voyage, au dire du P. Hennepin, dura prës de quatre ans. Il en serait alors revenu le plus tôt en 1682, puisqu'il était parti dans l'automne de 1678. C'est durant cette absence assez longue que le moine récollet prétend avoir découvert les bouches du Mississipi. La Salle pourtant revendique la priorité de cette importante découverte, pour l'avoir faite en 1682. Il est bien certain que dès l'année 1680, le missionnaire s'était rendu jusqu'à la chute de Saint-Antoine (Minneapolis), en suivant le cours du fleuve géant à partir de la rivière des Illinois, Mais il n'en connut pas l'embouchure, et l'on peut même se demander s'il savait quelle était cette rivière, qu'il nomma Colbert, aux proportions si grandioses.
Quoi qu'il en soit, lorsque le Père Hennepin annonça au monde sa découverte dans son ouvrage intitulé : Description de la Louisiane, le Mississipi avait été parcouru jusqu'à son delta par Cavelier de la Salle.
Voilà une question qui mériterait d'être étudiée à fond : aujourd'hui que nous avons sous les yeux les pièces requises, il serait relativement facile d'établir à leur lumière lequel de ces deux Français a eu le mérite que chacun d'eux réclame pour soi. Ilennepin n'a pas laissé une réputation de véracité bien extraordinaire ; mais il ne faut pas le juger par ses livres, car ils portent évidemment l'empreinte de mains étrangères. Trop d'éditions ont vu le jour, dans un intervalle relativement restreint, pour qu'il lui ait été possible d'exercer la surveillance voulue. Les éditeurs bien souvent étaient peu scrupuleux, et ils ont pu se laisser entraîner par des préjugés religieux ou nationaux pour enlever aux œuvres du Récollet leur cachet particulier. Du reste, ce n'eût pas été du nouveau dans l'histoire de la bibliographie de cette époque : l'éditeur et l'auteur étaient deux personnages distincts, partageant souvent des opinions opposées sur des sujets controversables ; et, si l'auteur disparaît soit par absence ou par mortalité, l'éditeur peut se livrer à des changements qui détériorent l'œuvre originale.
Hennepin dit que la Salle fit le voyage du Mississipi en 1682, avec le Père Zénobe Membre qu'il avait quitté aux Illinois en 1680 (1). Cette affirmation est vraie, mais il ne s'ensuit pas que le Religieux ait entrepris la descente du Mississipi jusqu'à son embouchure. Tous les auteurs s'accor-
(1) Nouvelle Découverte. Avis au lecteur.
dent à dire que la Salle prit le commandement d'une expédition vers l'ouest, dans un but d'exploration. Il amena avec lui quelques missionnaires qui devaient tenter la christianisation des peuplades occidentales. C'est ainsi que le Përe Hennepin et le Père Membre faisaient partie de cette expédition aventureuse. Tous savaient, depuis plusieurs années, qu'il existait là-bas un fleuve immense dont personne encore n'avait sillonné le cours. Il s'agissait de le trouver et d'en étudier la configuration, La Salle, en sa qualité de chef de l'expédition, confia au Père Hennepin la tâche d'en rechercher les sources, pendant que lui-même irait à la découverte de son embouchure. On voit en efifet le Père Hennepin remonter le cours du fleuve Colbert, jusqu'aux chutes de Minneapolis, et de là regagner les grands lacs pour s'en retourner à Québec (1).
Il est vrai que de son côté La Salle ne put donner suite à son projet au temps fixé, mais de Tonti, l'un de ses compagnons, afiSrme que le parti de découvreurs arriva sur les bords du Mississipi le 2 février 1683, et qu'il le parcourut jusqu'à son entrée en deux mois et cinq jours. Le 7 avril les découvreurs du parti de La Salle étaient parvenus aux bouches du grand fleuve. Ils en partirent le 11, et au commencement de juillet les intrépides voyageurs atteignaient
(1) Hennepin dit qu'il partit le 8 mars 1680 pour l'embouchure du Mississipi et y arriva à la fin du même mois. En étant parti le 1er avril, le 13 il tomba entre les mains des Sioux Issatis.
Michillimakinac. Quant à la Salle, il arrivait à Québec dans l'automne de 1683, pour partir au commencement d'octobre pour la France,
Il est assez probable que le Père Hcnnepin passa en France en 1681 et qu'il y mit en ordre les notes qui devaient voir le jour au commencement de l'année 1683. Son ouvrage intitulé : Description de la Louisiane nouvelleuient découverte au sud-ouest de la Nouvelle-France fut enregistré au livre de la Communauté des Libraires et Imprimeurs de Paris, le 10 septembre 1682, suivant un arrêt du Parlement de 1653. L'impression en fut terminée le 5 janvier 1683. Dans son E[)îti'e au Roi, le Religieux dit qu'il a donné le nom de Louisiane à cette grande découverte, en l'honneur de Sa Majesté (Louis XIV). Or, en 1679 (le 10 juin) La Salle avait concédé une île à François Daupin, sieur de la Forêt, et dans le titre on trouve le nom de Louisiatie (1). Donc Hennepin ne pouvait se glorifier avec raison d'avoir découvert la Louisiane et de l'avoir baptisée de son nom.
Le Père Hennepin ne dit pas un mot dans sa Découverte de la Louisiane de son prétendu voyage à la Louisiane en 1680. Pourquoi ce silence ? Il essaie de l'expliquer subséquemment dans un nouveau livre intitulé : La Nouvelle Découverte^ paru pour la première fois en 1697. " Je veux bien, dit-il, que toute la terre sache le Mystère de cette
(1) Margry, II, p. 21.
Découverte, que j'ay caché jusques à présent pour ne pas donner de chagrin au Sieur de la Salle, qui vouloit avoir seul toute la gloire et toute la connoissance la plus secrète de cette Découverte." (1)
Cette explication ne nous paraît pas satisfaisante. Du reste, quel intérêt pouvait avoir le P. Hennepin à découvrir Ventrée plutôt que les sources du Mississipi ? Courait-il aprës la gloire ou tout simplement à la conquête des âmes ? Quelle qu'ait été l'intention de Cavelier de la Salle, en se faisant accompagner de missionnaires, il est patent qu'il avait reçu des instructions, et celles-ci s'étendaient non seulement à lui, mais à chacun des personnages qui tentaient la même fortune que lui.
(1) Nouvelle Découverte, p. 248, éd. de 16'J8.
^^I l'on ne connaissait point tout ce que peut opérer l'actif^O) vite humaine, on s'étonnerait du nombre considérable ''^^ d'éditions et de traductions qu'ont obtenues les ouvrages du Père Hennepin. Les titres ronflants qu'il leur donnait et qui englobaient des pays depuis peu connus, servirent à leur procurer de la vogue, et un peu plus tard, l'esprit de parti et de religion a pu y être aussi pour beaucoup.
Hennepin s'est fait traduire en anglais, en hollandais, en italien, en allemand, voire même en espagnol ; il n'est pas improbable, bien que je n'aie aucune autorité à l'appui, qu'il ait réussi à faire mettre en latin ses récits pompeux.
Les ouvrages du Père Hennepin si)ut en trois volumes et portent des titres différents. Le premier, paru en 1683, comme nous l'avons va, commence par ces mots : " D.'SCRIP- TiON DE LA Louisiane ; le second n'aurait été pul)lié qu'en
1697, à Utrecht, et il est intitulé : Nouvelle Découverte d'un TRÈS GRAND PAYS ; cnfln, le troisième ouvrage dont le titre commence par ces mots : Voyage d'un pays plus grand que l'Europe, serait la suite du second, et parut à Utrecht en
1698. Cependant le titre de la traduction allemande, Brème,
1690, commence par ces mots : Neae Entdeckungen ou Nouvelles découvertes, et paraît être analysé du titre du second ouvrage. La première édition du second ouvrage en français serait donc antérieure à 1698, et il y aurait eu d'autres éditions que celle d'Utrecht, car il est dit que cet ouvrage est traduit par Langen. Hennepin aurait-il changé le titre seulement, ou aurait-il fait traduire son livre en allemand avant de le publier en français ? Le nombre d'années écoulées entre la publication du livre allemand et celle du livre français à Utrecbt, ne rend point cette dernière supposition possible.
Faribault et Ternaux-Compans ne donnent point toutes les éditions. Elles sont plus complètement indiquées dans l'ouvrage de M. llarrisse jusqu'à 1700, que dans aucune autre bibliographie. Cepondant il reste des doutes quant à l'authencité de certaines éditions. M. J. Grilmary Shea en a dressé une liste assez complète. M. Philéas Gagnon est arrivé à un résultat encore plus satisfaisant.
C'est à l'aide de ces bibliographes et de plusieurs autres encore que j'ai pu parvenir à compléter, dans la mesure du possible, une étude aussi aride que celle-là.
Pendant que le Père Hennepin faisait imprimer son premier ouvrage, il demeurait à Saint-Germain-en-Laye. Aussi put-il en surveiller lui-même l'impression. En somme c'est un livre intéressant et véridique, quoi qu'en aient dit Margry, Bancroft et Parkman. M. Gilmary Sliea, qui en a fait une traduction anglaise, affirme n'y avoir découvert aucune erreur, si ce n'est des erreurs de détails, comme le mot ptroquets mis pour pirogues. On l'a accusé de plagiat, mais c'est à tort, comme l'a prouvé amplement M. J.-G. Shea dans l'étude qu'il a faite de la vie du Religieux. Tout ce qu'on pourrait peut-être lui reprocher dans son premier ouvrage c'est un peu d'exagération et de vanité. Hélas ! Cette pauvre nature humaine est toujours faible par quelque côté.
Voici maintenant le titre détaillé du premier ouvrage de Hennepin :
Description de la Louisiane, nouvellement découverte au Sud-Ouest de la îsTouvelle-France, par ordre du Roy. Avec la Carte du Pays ; Les Mœurs et la manière de vivre des Sauvages. Dédiée à Sa Majesté, Par le R. P. Louis Hennepin, Missionnaire Récollet et Notaire Apostolique. — A Paris, chez la Veuve Sébastien Huré, près S. Severin. M.D.C. LXXXIII. Avec Privilège du Roy.
In-12, 312 pages et 107 pages chiffrées séparément pour les Mœurs des Sauvages, et une carte portant dans un médaillon, l'inscription suivante : Carte de la Nouvelle France et de la
Louisiane nouvetlement découverte dédiée au Roy Va.n 1633. Par le Révérend Père Louis Hennepin Missionnaire Recolect et Notaire Apostolique N. Guer-ird Tnve. etfecit.
Permis d'imprimer accordé le 3 septembre 1682, et enregistré le 10 septembre. Impression terminée le 5 janvier 1683.
Cette carte fait remonter le Mississipi jusqu'à l'embouchure de riUinois, sans indiquer les rivières Missouri et Ohio. Sur un arbre sont dessinées les armes françaises, prës du lac de Buade ; ailleurs, sur le bord du lac des Assinipoils, une église avec ces mots *' Missions des Récollets" sert à indiquer que les missionnaires franciscains avaient une mission dans ces parages. (1)
Cette première édition fut bientôt suivie d'une seconde, exactement semblable à l'autre, elle fut imprimée chez Amable Auroy, proche la fontaine S. Séverin en 1684 (2).
(1) Références :
Shea (Bennepiu) Nos 1 et 2.
Sabin (Dictionary) Xo .'J1347.
ïernaux (Catalogue) No 9>'5.
Carter-Brown, II, p. 'lA.
Leanox (Historical Magazine) H, pp. 24, 346.
Dufosté (Americana) No 5441.