PRÉSIDENT DE LA COMMISSION DU MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS
C'est avec un profond chagrin que je viens, au nom de l'Union Centrale des Arts Décoratifs, dire un dernier adieu à Henri Bouilhet qui meurt après avoir été quelques mois seulement son Président, mais qui, pendant près de quarante ans, lui donna tout son cœur, toute son intelligence, et la plus grande partie des heures de la vie qu'il pouvait soustraire à d'autres devoirs.
Il avait été nommé, en 1873, Vice-Président de l'Union Centrale des Beaux-Arts appliqués à l'Industrie, et bientôt, la santé atteinte de son Président, l'éminent Edouard André, l'amena à prendre une part très active à la direction de la Société, puis à sa fusion avec la Société du Musée des Arts Décoratifs.
La Présidence de la nouvelle Société lui fut offerte, mais il s'effaça pour laisser la première place à des Présidents qu'il jugeait plus aptes, par leur situation au Parlement, à mener à bien les négociations qui ont abouti à l'association de l'Etat à notre initiative privée. Pendant qu'ils obtenaient avec l'appui de tout le Conseil, l'autorisation d'une grande sous-
cription publique sous forme de loterie, puis la concession du Pavillon de Marsan, Henri Bouilhet s'occupait activement de tout le détail de la vie de l'Union Centrale : Bibliothèque, Musée, Concours, Congrès, Conférences, Expositions; il lui avait donné l'aide d'une souscription importante, et lui faisait encore des dons très intéressants.
Les Expositions surtout, furent sa grande œuvre pendant une série d'années; elles faisaient sortir les œuvres anciennes utiles à consulter; elles faisaient connaître le grand talent des artistes décorateurs vivants qui jusqu'alors restaient généralement dans l'ombre, et elles eurent un tel succès et une telle influence que c'est à leur suite qu'on vit les salons annuels s'ouvrir aux artistes de l'Art décoratif.
Ces Expositions, par leurs recettes, fournissaient à la Société ses principales ressources financières, et vous imaginez à quel labeur immense et désintéressé devait se livrer Henri Bouilhet pour les faire réussir.
A partir de 1884, la Société eut des moyens plus assurés d'étendre son action et ses projets, et il s'occupa incessamment de toutes les questions graves qui furent à résoudre : installation imparfaite du Palais de l'Industrie, installations provisoires et précaires quand ce palais fut démoli ; recherches de- terrains, études de devis de constructions pouvant se concilier avec nos ressources, enfin négociations qui, par un accord avec l'Etat, nous ont amenés au Pavillon de Marsan.
Avec nous tous, Henri Bouilhet regrettait que nous n'ayons pas pu, par nos seules ressources, assurer à notre Société l'honneur de diriger seule dans l'avenir l'œuvre qu'elle avait fondée; mais il pensait que l'œuvre existait enfin, et que la génération qui nous succéderait ne serait pas ingrate pour le labeur de la nôtre.
Pour adapter le Pavillon de Marsan à nos besoins, il fallut, par de longues études et de longues conversations, se mettre
d'accord avec l'architecte de l'Etat. Henri Bouilhet étudia sans relâche, plans, devis et comptes, et son activité fut servie par ses grandes connaissances d'ingénieur et d'industriel expérimenté.
Il ne se laissait pas absorber par ce travail utilitaire et s'intéressait à tout le côté artistique de notre entreprise, achats d'œuvres d'art et de livres, installations de collections, expositions temporaires, concours et conférences, et il trouvait encore le temps d'écrire une histoire de l'Orfèvrerie française au xix'= siècle.
Au milieu de ce grand labeur persistant, il avait parfois douté d'en voir la réalisation; il eut enfin la joie de voir s'ouvrir le Musée, et je me souviens de l'émotion heureuse e"[u'il éprouva le jour de l'inauguration.
Quand M. Berger fut malheureusement terrassé par la maladie, M. Bouilhet dut prendre la direction de la Société, et nous avons fini par lui faire accepter le titre de Président, que sa modestie avait toujours refusé. Nous sommes heureux qu'il ait pu avoir, au déclin de sa vie, ce témoignage de notre estime, de notre affection et de notre confiance.
Nous espérions le garder longtemps à notre tète; il avait la force physique et intellectuelle de s'occuper, il y a quelques semaines encore, de questions importantes que nous avons à mener à bien; la mort l'a pris.
Les regrets et les souvenirs que j'apporte ici, je les dis au nom des Membres du Conseil et de l'Administration qui furent ses collaborateurs; mais je puis parler aussi au nom de tous ceux qui trouvent au Musée et à la Bibliothèque tant de ressources pour étendre leurs moyens d'instruction et de travail, et qu'il eut la joie d'y voir affluer.
Au nom de tous ceux qui l'ont connu personnellement et qui ont profité de son oeuvre, je lui dis un adieu bien reconnaissant et bien érnu!
DISCOURS