CHEF DE LA FABRICATION DES USINES CHRISTOFLE
Mesdames, Messieurs,
Il y a un peu plus de trois ans, nous perdions M. Christofle, notre tant regretté patron.
Aujourd'hui, c'est M. Henri Bouilhet à qui nous rendons les derniers devoirs. J'ai travaillé avec lui depuis iSSy. Il fut mon patron, mon maître, et il m'honorait de son amitié. Aussi, je ne sais comment exprimer le chagrin que j'éprouve en pensant que je ne le verrai plus.
Il ne m'appartient pas de parler de ses travaux en dehors de la maison. D'autres voix plus autorisées l'ont dit. Je ne parlerai donc que de ce qu'il a fait avec nous, ouvriers et employés. M. Bouilhet joignait à une grande intelligence
un goût impeccable, et pendant soixante ans, il dirigea la création des modèles d'orfèvrerie si nombreux, et la fabrication de la Maison Christofle.
Nous pouvons dire, ouvriers et employés, qui avons été ses collaborateurs, combien il rendait notre tâche facile par son enseignement. Il était si clair que nous n'avions qu'à exécuter ses recommandations.
Il avait, avec son ardeur au travail, une profonde connaissance de l'orfèvrerie ; chaque chose était étudiée par lui avec le plus grand soin avant la mise en œuvre.
La perte de M'"^ Bouilhet, qui fut sa dévouée compagne pendant cinquante ans, lui causa une telle douleur que depuis, sa santé fut toujours chancelante.
Chers collègues, ouvriers et employés, nous le pleurons tous, et son souvenir restera toujours parmi nous.
Je répète ce que j'ai dit aux obsèques de M. Christofle : « Soyons unis et aidons le plus que nous le pourrons nos deux patrons, M. de Ribes-Christofle et M. André Bouilhet, pour leur rendre plus facile la direction de la maison. »
Monsieur André Bouilhet, vous avez toutes nos sympathies, et nous éprouvons tous une grande peine de la perte que vous venez de faire.
M. de Ribes-Christofle, qui aimait bien son oncle et qui en était aimé, se trouve aussi frappé dans son affection; nous lui disons que nous sommes de tout cœur avec lui. ■
Nous adressons à la nombreuse famille toutes nos condoléances.
A vous, Monsieur Henri Bouilhet, notre très cher patron, un dernier adieu !
Que votre repos soit paisible; vous avez fait tout votre devoir.
Vos derniers moments ont dù être moins douloureux, ayant la foi dans un monde meilleur, en pensant que vous alliez être réuni à M'^"= Bouilhet que vous avez tant regrettée, et à tous ceux de votre famille qui sont disparus.
Adieu, adieu, notre estimé et bien-aimé patron!
DISCOURS
DE
M. A. DEFAUCOMPRET
INGÉNIEUR DES ARTS ET MANUFACTURES AU NOM DES AMIS ET HABITANTS DE MARLY-LE-ROI
Si mon pauvre père était encore de ce monde, il n'aurait pas voulu laisser partir son cher et vieil ami Bouilhet sans lui dire un dernier adieu.
C'est pour moi un pieux devoir de venir à sa place rappeler en quelques mots ce que fut sa vie dans ce Marly où nos deux familles, unies dans la plus étroite affection, ont vécu côte à côte pendant trois quarts de siècle.
Au lendemain de son mariage, au Champ des Oiseaux, il résolut d'établir le foyer de sa famille dans ce délicieux coin de verdure où son beau-père, M. Saintine, avait composé la plupart de ses œuvres si pleines de charme et de poésie.
C'est là que, laissant le souci des affaires et la vie fiévreuse de Paris, il venait se reposer au milieu des siens, heureux de voir ses enfants et petits-enfants jouir de cette maison qu'il embellissait et agrandissait sans cesse pour les réunir tous sous le même toit, et faisant rayonner autour de lui, dans
l'intimité de cette vie familiale, le charme de son exquise bonté.
Cette bonté ne se faisait pas seulement sentir sur ses proches, mais aussi sur ses amis, et elle s'étendait à cette population de Marly, aux intérêts de laquelle il était si dévoué, et qui le pleure aujourd'hui. Dans son souvenir ému, elle n'oubliera pas ce qu'il a fait pour elle, pour l'asile, pour Touvroir et pour toutes les œuvres auxquelles l'attachait la générosité de son cœur.
La fin de cette belle et noble vie devait être assombrie par un deuil cruel : il y a dix-huit mois, la compagne dévouée qui tenait une si large place dans son cœur et dont le dévouement lui avait été, pendant cinquante-deux ans, un si sûr et si précieux appui, fut subitement ravie à son affection.
Blessé au cœur, il ressentit les preiTiières atteintes de la vieillesse ; lui qui, à quatre-vingts ans, étonnait ses amis par la vigueur de son intelligence et la jeunesse de son esprit, regardant venir la mort en face, en vrai chrétien, il ne songea plus qu'à se préparer à aller retrouver celle qu'il a rejointe maintenant dans un monde meilleur pour une heureuse éternité. Puisse cette consolante pensée adoucir la douleur de ses enfants !
Et maintenant, qu'il me soit permis, mon cher et vénéré ami, vous qui m'avez honoré d'une affection particulière, et me traitiez comme un second fils, de vous adresser un tendre et reconnaissant souvenir, et d'exprimer ce vœu que cette vie familiale, que cet amour que vous aviez pour Marly, soit un exemple pour vos enfants, et qu'ils restent toujours unis dans ce pays que vous avez tant aimé !
G. DE MAI.HEHBK IMPRlMIit-R