TERMINER LES DIFFÉRENDS DES GRANDS
VICAIRES DU CANADA (i).
François, par permission divine, archevêque de Rouen, primat de Normandie, à tous ceux qui ces présentes verront, Salut et Bénédiction.
Pour terminer les différends qui sont intervenus entre le sieur abbé de Queylus et le vénérable supé-
(1) Archives de l'archevêché de Rouen
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rieur des Jésuites de la maison de Québec, tous deux nos grands vicaires dans la partie de notre diocèse appelée la Nouvelle-France, en attendant qu 'il y soit plus amplement pourvu par notre autorité, nous avons ordonné que le sieur abbé de Queylus exercera dorénavant, et du jour de la signification de la présente ordonnance, le vicariat que nous lui avons donné, suivant tous les pouvoirs qu'il contient, dans l 'étendue de l 'île de Montréal ; comme aussi le supérieur des Jésuites de la maison de Québec exercera ces mêmes pouvoirs que nous lui avons accordés ; sansque ni l 'un ni l 'autre des dits grands vicaires puisse rien entreprendre dans les deux diflérents territoires sans le consentement l 'un de l 'autre.
A la charge, néanmoins, que lorsque quelques fidèles iront ou de Québec à Montréal, ou de Montréal à Québec, ils pourront leur administrer les sacrements dans le lieu de leur juridiction.
Et de surplus, nous les conjurons de vivre en paix, tant pour s'acquitter de leurs consciences envers Dieu, que pour édifier une Eglise naissante, qui doit être de plus en plus fortifiée par les bons exemples de ceux qui la gouvernent.
Donné à Paris, le trentième jour de mars mil six cent cinquante-huit.
Fr., Archevêque de Rouen, Par Monseigneur, Lenoir.
(Voir p. çj.) ; LE COLLÈGE DES JÉSUITES.
Après l'incendie de 1640, les Jésuites se logèrent ■dans la maison des Cent- Associés, qui leur fut prêtée, tant pour leur servir de résidence, que pour y faire les offices paroissiaux. " Cette maison s'élevait, d'après un plan de la censive de la paroisse, à l'angle des rues Sainte- Anne et Des Jardins. " (Mss de l'abbé Beaudet).
lisse bâtirent ensuite, sur leur terrain, d'abord une résidence temporaire, en bois, puis une maison en pierre.
" Quant au collège, il ne fut certainement pas bâti en pierre avant 1647, car ce fut à cette époque que les nouveaux alignements furent donnés à l 'église paroissiale dont la construction commençait, et en conséquence à la rue Buade et au terrain des Jésuites. Jusque là ce terrain était aligné sur la rue de La Fabrique. La construction en pierre du collège se fit probablement en même temps que l'église paroissiale. Lahontan, qui écrivait à la fin du XVIIe siècle, nous dit : * ' Leur collège (il parle du collège * ' proprement dit) est si petit qu 'à peine ont-ils jamais " eu cinquante écoliers à la fois. " C'est ce que nous voyons aussi par les renseignements qui nous sont restés de ce siècle. " (Mss de l'abbé Beaudet).
Un demi-siècle plus tard le collège et le couvent des Jésuites de Québec avaient pris de magnifiques
proportions. Voici la description qu'en fait Kalm dans son Voyage en Amérique :
" Aujourd'hui (10 août 1749), j'ai dîné chez les Jésuites... J'ai assisté au service divin dans leur église, qui fait partie de leur maison. Elle est très telle à l 'intérieur, mais dépourvue de sièges, et i* faut suivre l 'office à genoux. Au-dessus de l'église, il y a un petit clocher à cadran.
11 La maison qu'habitent les Jésuites est magnifique, et a une apparence superbe tant du dehors qu'à l'intérieur : on dirait un vrai palais. C'est un édifice en pierre à trois étages, — outre le grenier — à toit carré très élevé et couvert en ardoise ; il ressemble au nouveau palais de Stockholm, et renferme ^ntre ses murs une cour supérieure. Ses dimensions «ont telles que trois cents familles (?) pourraient y loger à l'aise, et cependant, dans le moment, il n'abrite pas plus de vingt jésuites. . .
' ' A chaque étage il y a un long corridor, sur lequel •donnent des chambres, des salles ou d'autres pièces pour les Pères; ainsi que la bibliothèque, l'apothi- •cairerie, etc.
' ' Le collège forme une maison à part ; de grands vergers et des jardins potagers coupés de belles allées l 'entourent de tous côtés. Outre les arbres de culture, il y a là de nombreux vétérans que la hache du T>ûcheron a respectés, seuls restes des forêts primitives ■qui ont vu les commencements de la ville. On y a planté aussi beaucoup d'arbres fruitiers, et le jardin est rempli de toutes sortes d'herbes et de végétaux, pour l 'usage de la cuisine.
" Les Jésuites dînent ensemble dans une grande salle. Des tables y sont placées tout le long des murs,
et entre ces tables et les murs, il y a des sièges, mais non de l 'autre côté.
11 Adossée à l'un des murs, il y a une tribune, d'où l'un des Pères fait la lecture dans quelque ouvrage religieux ; mais ce jour-là la lecture fut omise : tout le temps du repas fut employé à la conversation, et à faire honneur au dîner, un dîner vraiment somptueux, et comprenant une variété de mets comme dans les plus grands festins. . . . Des jeunes hommes élevés pour faire des jésuites apprêtent eux-mêmes les mets et les apportent sur la table, car de domestiques proprement dits il n'y en a point. . . .
" A Montréal, ils ont pareillement une belle église, une maison petite, mais élégante, et un jardin à l'avenant.. .. "
(Voir p. ç6.)