FRANÇAIS
M. de Den on ville, gouverneur du Canada, écrivait au ministre le 13 nov. 1685 :
4 * Il y a un grand mal dans le pays, qui est une infinité de cabarets ... Ce métier de cabaretier est l 'attrait de tous les fripons et paresseux, qui ne songent en rien de ce qu'il faudrait faire pour cultiver la terre, bien loin de là, détournent et ruinent les autres habitants. Je croirais que dans les villages le seigneur devrait mettre et démettre le cabaretier selon sa bonne ou méchante conduite, et le seigneur répondrait de lui.
Je sais des seigneuries où il n'y a que vingt habitations, et il y a plus de la moitié de cabarets. Dans les Trois-Rivières, il y a vingt-cinq maisons ; dont il y en a dix-huit à vingt où l 'on donne à boire. Villemarie et Québec sont sur le même pied. . . "
M. L'Hermite, ^commandant aux Trois-Rivières en 1720, écrivait à la cour :
41 Les sauvages sont fort emportés par les boissons d'eau -de-vie, principalement lorsqu'ils viennent en ville. J'ai voulu, au commencement, empêcher la la traite de cette boisson, en faisant comme j'avais fait à l'île Royale, lorsque j'ai eu l'honneur d'y commander : quoique j 'aie eu, dans des temps, un
plus grand nombre de sauvages, en deux années il ne s'en traita pas un pot. Je n'ai pu réussir, d'autant que l'on me dit que c'était à la Justice à prendre cette connaissance-là. Il est sûr, à moins que ce ne soit la Justice militaire qui s'en mêle, que Ton ne viendra jamais à bout d'en empêcher la traite, attendu que dans un petit endroit comme celui-ci tout le monde est parent. ' '
Plus tard le roi chargea l'intendant du Canada de réduire le nombre des cabarets, et M. Bégon, après s'être entendu avec le clergé, régla qu'il y en aurait deux par paroisse. Voici ce qu'il écrivait au ministre le 31 oct. 1725 :
" M. l'Evêque et plusieurs curés, avec qui j'en ai conféré, ont été d'avis comme moi, qu'il convenait -qu'il y eût deux cabarets dans chaque paroisse pour la commodité des habitants et des voyageurs, parce -que s'il n'y en avait qu'un il pourrait s'en prévaloir pour vendre plus cher, et fournir des boissons de mauvaise qualité.
"J'ai écrit en conséquence aux curés des costes de cette colonie pour les informer que les capitaines <ie milice, à qui j 'adressais cette ordonnance, avaient ordre de la leur communiquer, et les prier de me proposer deux de leurs paroissiens les plus honnêtes gens, à qui je pus accorder permission de tenir cabaret . . .
" Ceux de Beauport et de la Pointe-aux-Trembles ont souhaité qu'il y en eût trois dans chacune de leurs paroisses, d'autres un, et quelques-uns ne m'ont proposé personne, m 'ayant prié qu'il n'y en <eût point dans leur paroisse.
"J'ai obligé ceux à qui j'ai accordé des permis-
sions, d'avoir du vin, sur ce que les curés m'ont représenté que la plupart de ceux qui tenaient cabarets ne voulaient que de l'eau-de-vie, et qu'on ne pouvait pas avoir de vin pour les malades.
" J'ai cru que cet arrêt n'étant rendu que pour faire cesser les plaintes des curés sur les désordres, je ne pouvais mieux y parvenir' qu'en m'en rapportant à leur choix. Je leur ai expliqué que je révoquerais ceux qu'ils m'avaient proposés, si dans la suite ils n'étaient pas contents d'eux, et que je les remplacerais par ceux qu 'ils me proposeraient.
' ' Le parti que j 'ai pris leur est agréable, les habitants étant obligés d 'avoir recours à eux pour obtenir de moi ces permissions, et de se conformer aux règles qu'ils leur prescrivent. Ils connaissent mieux le caractère de leurs paroissiens que ne pourraient faire mes subdélégués à Montréal et aux Trois-Rivières, qui auraient bien de la peine à les contenter ; et c'est le moyen d'éviter bien des représentations souvent fort exagérées des curés à l 'intendant, qui ne peut se dispenser d'y répondre. "
{Voir p. 2.8 z.)