Bibl. nat., mss. f. fr., vol
La position de fortune de la veuve et des enfants de François de Chastillon, à la mort de celui-ci, loin d'être prospère, était au contraire voisine de la gêne; gêne pénible, sans doute, dans ses effets journaliers, mais parfaitement honorable dans sa cause, puisqu'elle provenait uniquement des sacrifices pécuniaires faits, à diverses reprises, par le généreux défunt, au service des intérêts supérieurs qu'il avait soutenus avec une inébranlable constance.
En un tel état de choses, Marguerite d'Ailly, pour faire face aux légitimes exigences d'une situation personnelle que les circoxistances défavorables de l'époque menaçaient d'aggraver, s'occupait, dans la mesure du possible, de recouvrer ce qui lui était dû, en usant d'ailleurs d'une délicatesse de ménagements, dont la lettre suivante est un exemple :
« Madame, écrivait-elle à la duchesse de Nevers*, sui- » vant la promesse qu'il vous a pieu me faire par vostre » dernière lettre, j'envoye ce lacquais exprès pour sçavoir » (quand) vostre commodité permettra d'achever de me » payer. Je suis très marrye de voir que je vous suis impor- » tune, car mes biens ne sont pas seulement à vous, mais » tout ce que j'ay de plus cher en ce monde vous est telle - » ment acquis, que je m'estimeray heureuse, si je vous » puis tesmoigner combien je vous suis servante. Mais d'au- » tfiuit, madame, que, au commencement de ce misérable » estât où Dieu m'a voulu réduire, je trouve les affaires » de mes enfans fort embrouillées, je suis contrainte de » vous importuner ; et ce qui me rend plus hardie en cest » aCTaire, c'est que la somme est petite, ayant esgard à une » grande princesse qui doibt aymer sa servante, comme » je suis; vous asseurant, madame, que, si j'eusse voulu
U Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 3,633, f> 120.
i0 HENRI DE COLIGNY.
» bailler mes canons aux gouverneurs de ce païs, il y n » longtemps que j'eusse mon argent ; mais j'ay mieux nymé » satisfaire à mon debvoir, en obéissant à vos commande- » mens, que de préférer mes amis particuliers contre » voatre volonté, laquelle me servira tousjours de loy. »