CHAPITRE III
Retirée dans le château de Châlillon-sur-Loing, avec ses enfants, M"« de Chastillon s'y occupe activement de leur éducation. — Heureuses dispositions de son fils aîné. — En mai 1592, elle le conduit à La Rochelle. — Elle l'y rtimène en 1593.
— Accueil favorable qu'elle et lui reçoivent des Rochelois. — Le commandement d'une expédition navale contre les Espagnols est confié à Henri de Coligny. — Bonnes relations consolidées, sous les yeux du jeune amiral, entre la marine rocheloise et celle des Pays-Bas. — En 1594, M">e de Chastillon et son fils atné reviennent à La Rochelle. — Henri de Coligny y présente un enfant au baptême.
— Mission d'un envoyé du roi auprès de M"« de Chastillon, qui quitte La Rochelle et rentre dans son château. — Elle redoute pour son fils les obsessions d'un compétiteur, qui voudrait le supplanter dans sa charge d'amiral de Guyenne.
Tout en s'occupant, en mère vigilante, de sauvegarder les intérêts matériels de sa maison, Marguerite d'Ailly prenait un soin particulier de l'éducation de ses enfants ; elle s'attachait à continuer, en tout ce qui dépendait d'elle, l'œuvre qu'elle avait, sur ce point capital, entreprise et poursuivie, de commun accord, avec son mari.
Elle se sentait secondée, dans l'accomplissement de cette œuvre, par l'ensemble de conditions favorables que lui présentait un séjour tel que celui du château de Châtillon. Le calme régnant dans cette retraite, peuplée, pour elle, de tant de souvenirs, concordait, loin de l'agitation du monde, avec le sérieux et la marche régulière de la tâche sacrée que lui imposait son veuvage, et dont, sans défaillance elle mesurait l'f'tendue. Son affection maternelle se fortifiait au contact des vérités et des promesses émanées de Dieu, qui se révèle comme protecteur suprême de la veuve et de l'orphelin,
A no parler ici que de l'aîné de ses fils, destiné par elle à
servir de modèle aux deux autres, elle voulait, en mère chrétienne, faire de lui un homme, dans la haute acception de ce mot. Delà, le soin primordial de le former au service de son divin maître, puis, le soin secondaire, de le préparer, par de familières exhortations, à aborder, dès que les circonstances le permettraient, le seuil d'une carrière de viril dévouement.
Au cœur de la mère correspondait celui de l'enfant.
De plus, la vive intelligence de Henri saisissait avec ardeur les conseils que Marguerite d'Ailly lui donnait, elles perspectives qu'elle lui faisait envisager.
Dès l'âge de neuf ans, il se montrait respectueusement fier du grand nom qu'il portait, et reconnaissant des royales bontés dont il était l'objet.
Ce fut alors que, confiante dans les sentiments qui animaient son fils. M"" de Ghastillon jugea opportun de le mettre en état de se former, pratiquement, sur place, une idée de la nature des devoirs inhérents à Tune des deux fonctions dont le souverain l'avait libéralement investi, en d'autres termes, à celle d'amiral de Guyenne.
Dégagée de toute illusion, elle savait, assurément, qu'au début l'exercice de cette grave fonction devait être, pour Henri, beaucoup plus nominal que réel; mais elle n'en demeurait pas moins fondée à pressentir que, quelque jeune qu'il fût encore, il pourrait, si elle le mettait en rapport avec des hommes capables d'apprécier ses aptitudes naissantes et son bon vouloir, se concilier, de leur part, un. sympathique intérêt et des encouragements destinés à devenir pour lui le plus efficace des modes d'initiation à la connaissance et à la pratique de ses devoirs de haut fonctionnaire. Aussi, n'hésita-t-elle pas à quitter momentanément le château de Châtillon, avec Henri, pour aller le présenter à la plus notable des populations
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maritimes comprises dans le vaste ressort de l'amirauté de Guyenne * .
Elle et lui arrivèrent le 25 mai 1592 à La Rochelle*.
Là, dans le cours de ses entretiens avec les principaux habitants de cette vaillante cité % elle se porta garante des sincères efforts que ferait son fils, en se dévouant à eux sans réserve, pour conquérir leur estime et leur affection. Non seulement on crut à la parole de lanoble femme ; mais, presque aussitôt, à voir cet enfant au maintien à la fois modeste et assuré, au regard limpide et franc, au langage cordial, digne, en tous points, de celui que sa mère venait de tenir, les Rochelois s'éprirent de lui, et saluèrent, en sa personne, le loyal descendant de deux héros, à la mémoire desquels il demeuraient fidèles.
A leur chaleureux accueil se joignit un nouveau témoignage du bienveillant intérêt que le roi de France portait à son jeune protégé. On le vit, en effet, s'attacher à faire prévaloir, vis-à-vis de l'Angleterre, par voie diplomatique, les droits de Henri de Goligny, à titre de successeur de son père, dans l'amirauté de Guyenne *.
L'impression produite par la mère et le fils, dès leur premier séjour à La Rochelle, était décisive : l'une et l'autre y avaient conquis le cœur d'hommes recommandables.
1. a L'amirauté de La Rochelle se trouvait autrefois dans le district » de Tamirauté de Guienne. » (Arcère, Histoire de la ville de La Rochelle et du pays d'AulniSf in-4<*, 1757, t. II, p. 550.)
2. « Le 25*^ jour de may 1592 est venue en ceste ville (La Rochelle) la )) famine de feu M. de Cbastillon, amiral de la mer. Ladite estoit logée » aux Troys Marchans^ et amena avecques elle son fils... Le roy de » France et de Navarre lui a donné les estats de feu son père, qui estoit » amiral de la mer. » [Diaire de Jean Bergier. Bibliothèque do la ville de La Rochelle, mss. n® 3,112.)