‹ Henri de Coligny, seigneur de ChastillonChapitre 13 sur 61 · Voir Appendice^ n · texte numérisé non relu

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Mue, ainsi que son fils, par le désir fort naturel d'affermir une conquête appréciée à sa juste valeur, M"* de Chastillon revint, avec le jeune amiral, dans les premiers mois de Tannée 1593, à La Rochelle.

Tous deux y reçurent, de nouveau, un parfait accueil.

Les relations continues que Henri de Coligny entretint alors avec les personnes les plus éclairées et les plus influentes de la ville ne pouvaient qu'accroître la confiante affection qu'elles lui avaient vouée. Et non seulement cela ; mais, quelle que fût la condition de ceux des habitants qui le voyaient et l'entendaient, tous indistinctement s'attachèrent à lui; car le propre d'une nature d'élite, même chez l'enfant, est d'exercer autour d'elle une irrésistible puissance d'attraction.

Frappés de l'ardeur et de la sagacité avec lesquelles Henri de Coligny s'intéressait tant au mouvement des affaires commerciales qu'aux expéditions maritimes de tout genre, les Rochelois se proposèrent de saisir la première occasion qui s'offrirait à eux de soumettre à une sérieuse épreuve les bonnes dispositions que manifestait le jeune amiral. Or, voici quelle fut cette occasion, assurément fort solennelle.

Le maréchal de Matignon, investi par le roi d'un commandement supérieur en Guyenne, assiégeait, depuis quelque temps, la place de Blaye, qu'occupaient les ligueurs, lorsque en avril 1593 une flotte espagnole s'avança dans la Gironde pour secourir les assiégés. Informé de cette circonstance, le maréchal eut recours aux Rochelois, sur l'appui desquels il savait pouvoir compter.

Instamment priés par lui d'équiper, au plus tôt, des navires qui vinssent, en nombre suffisant, engager la lutte contre ceux de Tennemi, ils répondirent avec un généreux empressement à son appel en armant, à leurs frais, dans

le court espace de dix jours, trois galiotes et quatorze vaisseaux de guerre, que montaient de solides équipages.

Qui allait prendre le commandement de ces dix-sept bâlitiments, si rapidement mis en état de tenir la mer?

La question ne fut pas un seul instant douteuse pour les Rochelois. Dans l'élan d'une louable spontanéité, ils décernèrent le titre de chef de l'expédition à leur nouvel amiral. Cet amiral exceptionnel n'était, il est vrai, qu'un enfant de dix ans* ; mais cet enfant, de haute race, portait en lui un cœur sur lequel planaient, comme une double égide, ceux de son aïeul et de son père. Voilà ce que chacun sentait ; et c'en fut assez pour qu'on tînt à honneur de se grouper autour du noble enfant, qui frémissait d'enthousiasme, à la pensée de payer de sa personne, en s'avançant à là rencontre des Espagnols.

M"* de Ghastillon savait que Henri allait exposer sa vie ; mais elle l'avait formé à la double école du devoir et du sacrifice. Aussi, sans regret comme sans faiblesse, le laissa-t-elle se séparer d'elle, après avoir appelé sur lui les bénédictions d'en haut.

Laissons parler ici, au sujet de l'armement dont il s'agit, les Rochelois eux-mêmes, et un envoyé du roi.

Les premiers écrivaient à Ph. de Mornày, le 21 avril 1593 ' :

« Nous vous remercions humblement de l'affection qu'il » vous plaist nous continuer, de laquelle vous faites ample » démonstration. Les incommodités et traverses que nous a

1. Né en août 1583, Henri de Coligoy touchait à peine à sa dixième année lorsque, le 28 avril 1593, il partit pour Blaye avec la flotte rocheloise, Arcère a donc commis une légère erreur en énonçant qu*à cette dernière date il avait douze ans. (V. son Histoire de La Rochelle^ t. II, p. 75.)

2. Lettre des maire, échevins, conseillers et pairs de la ville de La Rochelle. [Mémoires de Ph. de Moriiay, édit. de 1824, t. V, p. 401.)

» données La Limaille \ ont apporté telle conséquence, que » l'armée d'Espaigne, sans aulcune difficulté, est entrée » en la rivière de Bourdeaulx, à la vue de partie de ses » navires; et néantmoins, quelque défiance qui puisse estre » entre lui et nous, nous équippons le plus grand nombre » de vaisseaulx qu'il nous est possible, entre lesquelz nous » en avons ung de quatre cents tonneaux, et nos galio- » tes, pour secourir M. le mareschal de Matignon el » charger l'ennemi, pour faire paroir que, quelque dur » traitement que nous recevions, nous ne manquerons ja- )) mais au service que nous debvons au roy et à l'Estat. »

Le 26 du même mois, le conseiller d'État de Vie, en mission dans la Guyenne, adressait à Ph. de Mornay le rapport suivant', destiné à être placé sous les yeux du roi :

» Encores que mon voyage a esté plus long, à mon grand » regret, que je n'espérois, si est-ce que les occasions qui » l'ont prolongé sont telles, que j'espère en donner quelque » contentement à Sa Majesté et à vous aussi, monsieur, » m'estant instruit de plusieurs particularitez importantes à }> son service, tant à Bordeaux et Blaye qu'ailleurs, où j'ai » passé.

» Il y a six jours tantost que je suis arresté ici pour dis-

1. Ph. de Mornay (v. ses Mémoires, t. V, p. 406) écrivait de Saumur au duc de Bouillon, le 29 avril 1593 : a Vous aurés sceu comme La Ro- » chelle est aux prinses avec les vaisseaux de M. de Saint-Luc, com- » mandés par le capitaine La Limaille. Gela n'aigrit pas peu, mesme les » circonvoisins, et vient sur une saison, comme j'ai déjà escrità Sa Ma- » jesté, qu'il pourroit passer plus oultre. Je vous prye que cest affaire » ne soit traicté négligemment. >> — Le 19 avril précédent, de Moi^nay (i^ÎG?., p. 396) avait écrit au roi : « La Rochelle est en grande rumeur » depuis trois semaines, parce que Tarmée commandée par La Limaille » est à la rade qui faict payer le subside. Les boutiques, depuis ce jour, » y ont été fermées; deux caoons logés sur la pointe de Coreille et deux » à chef-de-bois, il est nécessaire que Sa Majesté y pourvoie, etc. »

2. Mémoires de Pk. de Mornay, édit. de 1824, t. V, p. 402, 403, 404.

» poser MM. les maire et échevins à donner quelque no- » taJ)le secours contre l'armée navale d'Espaîgne, qui, dès » jeudi dernier, fust veue devant Talmont, en nombre de » vingt voiles, et mouillèrent l'ancre à Moche, attendant la » première commodité pour donner à Blaye. Ladite armée » ne sauroit porter plus de quinze ou dix-huit cents hommes, » n'estait le plus grand de leurs navires que de sept ou » huict vingt tonneaux. On a advis qu'à Sainct-Ander, en la » coste de Biscaye , dont elle est partie, s'en prépare une » aultre de seize grands navires, et quatre ou six galères, » pour la suivre de près; de sorte que, si elles se peuvent » joindre , elles partiront ensemble, ce qui ne leur pourra w estre empesché.

)) Lesdicts sieurs de cette ville ne se résolurent, au com- » mencement, qu'à défendre l'isle de Ré, tant pour n'avoir » aulcungs grands vaisseaux, qu'ainsi pour les grandes dé- » fiances qu'ils ont du sieur de La Limaille. Enfin, après » l'élection d'un nouveau maire, qui feust faiste hier de la » personne de M. du Jon, où je me trouvai, on advisa » d'armer tout ce qui se pourra, et aller attaquer ladite » armée, et m'asseura qu'avec l'aide de Dieu, si elle n'est )) hors de la rivière , dans demain au soir, elle n'en sortira » que par pièces. J'estime qu'il partira de ceste ville sept » ou huict bons navires et trois galliotes, mieux armés et » pourvus de toutes choses nécessaires que l'Espaignol ne » croit, et me promets que le tout sera prest dans ce jour et » sortira du port, s'il est possible.

» M, de Chastillon^ y doibt aller en personne, pour oster « les contentions qui pourroient naistre, pour le commande- » ment, entre ceste armée et celle du sieur de La Limaille. » M. Gargouillaud commandera les gallères, et n'y a aul-

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» cung des galans et braves qui ne veuille estre de la » partie.

» J'ai dépesché audit sieur de La Limaille, avec lequel » j'avois conféré, pour l'accommoder avec ceste ville. Il s'est » embarqué et est à la veue de l'armée ennemie. J'ai » obtenu qu'il pourra prendre ici plusieurs choses qui lui » estoient nécessaires. M. de Retouille lui a baillé quatre » ou cinq cents hommes de guerre ou matelots; qui me v fait croire que, s'ils les peuvent adjoindre, l'EspaignoI » ne fera, pour ce coup, aulcune conqueste, comme il se » promettoit.

» J'ay donné ad vis de tout ce que dessus à M. le mares- » chai, qui m'avoit envoyé homme exprès pour faire em- » barquer ce qui se pourroit de ce costé. Par ce moyen il » sera servi dudit sieur de La Limaille, qu'il avoit toujours » rejeté, et ces messieurs s'apprivoisent avec celui qu'ils » ont voulu combattre. Bien est vrai qu'ils désirent de lui » quelque asseurance, laquelle j'ay envoyé quérir, afin qu'il » ne se parle en ceste assemblée que de combattre les en- » nemis de la France ; mais j'espère que cela n'empeschera )> leur embarquement, etc., etc. »

Retenue par les vents contraires dans la rade de La Palisse, la flotte rocheloise ne put mettre à la voile que trop tard pour répondre complètement à la destination qui lui avait été assignée. En effet, quand elle mouilla devant Royan, les Espagnols, avertis de son approche, avaient déjà disparu et gagné la haute mer*.

Un appréciateur désintéressé caractérise en quelques mots d'une incontestable justesse l'attitude de Henri de Goligny dans la circonstance qui nous occupe : « Ce

1. Arcère, loc, cit. — De Massiuu, Histoire politique^ civile et religieuse de laSaintonge et de rAuniSy t. II, p. 151. — Voir à VAppendicCy n^ 5, certains détails particuliers que fournit io Diaire de Jean Bergier.

» jeune homme, dit-il, était déjà digne du beau nom qu'il » portait *. »

11 n'est pas sans intérêt de remarquer que, dans le cours de cette même année 1593, de Içiquelle datait pour lui une sorte de début dans la carrière des armes, Henri de Coligny apprit à connaître la nature des étroites relations établies alors entre la marine rocheloise et celle des provinces unies des Pays-Bas ; de ces provinces sur le sol desquelles il devait un jour se signaler avec tant d'éclat en s'associant à leur glorieuse lutte contre les Espagnols.

Quoi de plus clair à ses yeux, par exemple, quant à la solidité de ces relations, que les paroles suivantes adressées aux états généraux * par les représentants autorisés de la ville de La Rochelle et de ses institutions maritimes?

« Messieurs, comme nous avons reçu avec très grand » contentement vos vaisseaux de guerre es costes de deçà, » aussi nous vous en avons bien voulu, par la présente, w rendre témoignage certain;. et, pour vous assurer que au- » cune personne ne viendra jamais,, de vostrepart, de deçà, » qu'elle ne nous trouve toujours très dispos à la recevoir » avec aultant d'affection qu'elle sçauroit désirer de nous, » comme nous avons prié monsieur l'admirai de vos vaisseaux » levons faire plus particulièrement entendre; auquel nous )) nous recôgnoissons estre particulièrement obligez, pour » l'affection qu'il nous a tousjours démonstrée à s'employer » pour nous en cas de nécessité , laquelle , bien qu'elle » ne soit présente, nous ne laissons pourtant de sentir les o effets de sa bonne volonté, combien n'aiant entreprise es

i. Arcère, foc. cit.

2. Archives générales du royaume de Hollande. — Registre des dépêches relatives aux affaires de France de 1585 à 1595. Document intitulé : « Les iceulx de la ville de La Rochelle aux estats généraux des provinces » unies des Pavs-Bas. »

» costes en deçà; ce que peult-estre il eust faict; ce qui » nous oblige plus particulièrement vous continuer tous- » jours l'amitié, correspondance et union qu'il y a heu entre « vos seigneuries et nous, ce qui sera toujours de nostre » part pour vous rendre le service que nous vous debvons. » En cest endroict, nous prions Dieu, messieurs, vous don- » ner, en santé, heureuse et longue vie. — De vos excel- » lences et seigneuries, les très humbles, afFectionnez servi- » teurs, les maire, eschevins, conseillers et pairs de la » ville de La Rochelle. — La Rochelle, le 26 août 1593. »

M""' de Ghastillon n'avait quitté La Rochelle, en 1593, qu'avec la ferme intention d'y ramener son fils, l'année suivante. Elle revint, en effet, avec lui dans cette ville au printemps de 1594.

Ce n'est pas, dans la sphère de la vie privée, l'une des preuves le moins significatives de la nature des relations de la mère et du fils avec telle ou telle famille rocheloise que la satisfaction qu'on éprouva à voir Henri de Goligny présenter alors, comme il le fit ultérieurement en diversescirconstances*, un enfant au baptême. De là l'intérêt qui s'attache à un document, dont voici la reproduction textuelle * :

a Le lundy, 30" jour de may 1594, ont esté batizés » par M. Rotan^ Hanry et Benjamin, enfans de Simon » Berengen et de Rachcl Brachet. Pairrain de Hanry,

i. Les Éphémérides historiques de La Rochelle (t. II, p. 209) portent : « La comtesse de Ghastillon et son fils paroissent avoir séjourné » longtemps à La Rochelle, car Heniri y présenta plusieurs enfans au » baptême en 1594 et 1595, etc. »

2. Je dois la communication de ce document à l'obligeance du savant archiviste du département de la Charente-Inférieure, M. Meschinet de Richemond. — Au bas dudit document est apposée cette mention : « Temple de Saint- Yvon, à La Rochelle. »

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