CHAPITRE VI
En mars 1598, Henri de Goligny est à Angers. — Dorant le reste de Tannée il se trouve soit dans sa famille, soil ii la suite du roi, qui lui confie certaines missions à remplir. — Réunion d*amis, convoquée à Paris par Pb. de Mornay, au sujet de la réparation qui lui est due par Saint-Phal, et dont le mode est proposé par le connétable et les maréchaux de France. — Henri de CSoligny prend part à cette réunion. ^ Il assiste, au Louvre, à la scène solennelle de la réparation qui a lieu en présence du roi. — Henri-Frédéric est rappelé en Hollande par les états généraux. — Ses derniers entretiens avec son coosin. — Dépêche des états généraux au roi. — Lettres de la princesse d*Orange. — Réflexions de Henri de Coligny sur son avenir. — La sollicitude d*autrui lui ménage, à son insu, Taccès de la carrière militaire.
Dans les derniers jours de mars, Henri de Coligny arriva à Angers, ainsi que Ph. Mornay de Bauves, et autres jeunes seigneurs. Il y put constater que, lorsque Mercœur se présenta au roi, dans cette ville, « on n^avoit jamais rien vu de » si contrit » que ce dernier chef des ligueurs faisant sa soumission ^
Pendant le reste de Tannée 1598, le fils de Marguerite d'Ailly, soit qu'il fût à la suite du roi, soit que, plus fréquemment encore, il se trouvât auprès de sa mère, de sa tante, la princesse d'Orange, et de son cousin, Henri de Nassau, ou de quelque autre membre de sa famille, sut continuer à faire de son temps un emploi utile. Travaux propres à accroître son instruction, entretiens avec des hommes de valeur, dont il aimait à consulter l'expérience et à recevoir les conseils, recherche persévérante de notions théoriques et pratiques sur l'art militaire, soins donnés, de
1. Lettre de Ph. de Mornay, du 29 mars 1598. [Mémoires^ édit. de 1824« t. VIII, p. 249.)
loin ou de près» dans la mesure du possible, à Tamirauté de Guyenne et au gouvernement de Montpellier : voilà sur quoi portait l'activité de Tadolescent et ce qui lui donnait une consistance telle, qu'elle n'échappa point au coup d'œii pénétrant du souverain, ainsi que le prouve ce passage d*une lettre de Henri IV, impliquant Tidée de certains ofiiees que, parfois, le roi croyait pouvoir confier à Henri de Coligny : « Monsieur de Rosny, je serois bien aise que M. d'In- » carville vînt et amenast avec luy Chastillonj qui m'appor- » teroit les plans de toutes mes villes frontières, pour voir » où je serois d'avis que Ton feist travailler, si vous et ledit » sieur d'Incarville avés pourveu aux moyens de ce faire'. »
Dans un autre ordre de faits que celui auquel s'appliquent ces paroles, se rencontre un acte qui constitue l'une des plus paternelles preuves de confiance qu'un homme vénérable pût accorder à la jeunesse de Henri de Goligny^
Ph. de Mornay, car c'est de lui qu'il s'agit, avait la mémoire du cœur. Aussi, demeurait-il toujours sous l'impression du soulagement qu'avaient apporté naguère à ses douloureuses émotions la sympathie et l'ardent dévouement dont avaient fait preuve envers lui, lors de l'attentat commis par Saint-Phal, ses nombreux amis. Parmi eux, s'était signalé, à ses yeux, le digne fils de son ancien compagnon d'armes, François de Chastillon.
Là où la répression eût dû être immédiate, de longs mois s'étaient écoulés, dans les régions de la cour, en pourparlers, en tergiversations, en stériles démarches, qui avaient abusivement paralysé l'action de la justice, lorsque enfin une juridiction spéciale, se composant du connétable et des maréchaux de France érigés en juges suprêmes d'une question d'honneur, en même temps que d'une question de
l. Lettres missives de Henri IV ^ t. V. p. 45. Lettre du 9 octobre 1398.
voies de fait et d'offense brutale, fixa le mode de la réparation éclatante à laquelle Ph. de Mornay avait droit et en régla les détails, dans le libellé d'un projet de procédés officiels à suivre et de déclarations orales à formuler, qui fut soumis à l'approbation préalable de la victime de l'attentat.
Nanti de ce projet, Ph. de Mornay, ainsi que nous l'apprend sa fidèle compagne*, « prya de ses principaulx pa- )) rents et amys, ceulx qui se Irouvoient sur le lieu (Paris) » de se réunir en son logis, les requérant de luy donner » leur advis, selon leur honneur et le sien, de la forme )) d'accord qui luy estoit proposée, laquelle tous ils approu- » vèrent, protestans qu'en pareil cas ils n'en refuseroient » ung semblable, et que, pour ung prince, à peine pourroit » estre la satisfaction en aultres termes. »
Or, qui figura, avec un autre jeune seigneur, au premier rang des membres de la réunion ainsi convoquée par Ph. de Mornay? Celui-là même dont il n'avait oublié ni la sympathie, ni l'ardent dévouement, Henri de Goligny ' ; fait capital, qui fut, pour le jeune homme ainsi traité en en ami et en conseiller, un véritable titre d'honneur.
Le 12 janvier 1599, jour fixé par Henri IV pour qu'en sa présence eût lieu une réparation solennelle, Henri de Goligny, de même que plusieurs autres amis de Ph. de Mornay, accompagna ce dernier au Louvre, et là il vit Saint-Phal, amené par de La Force, capitaine des gardes, se jeter aux pieds du roi, et l'entendit implorer son pardon, puis celui de Ph. de Mornay. Il entendit aussi le monarque, à la suite