Archives de M. le duc de La Trémoïlle
4. Lettre du 20 décembre 1597. (Archives de M. le duc de La Trémoïlle.)
» envers cest Estât, de laquelle vous remercions bien fort, » nous confiant qu'elle s'accroîstra de plus en plus, journel- » lement, à Toccasion mesmes de vostre alliance avec » M"* de Nassau, que nous prions Dieu de faire réussir, à » sa gloire et à vostre contentement. Et à ceste fin, contime » ladicte demoyselle, heureusement en bonne santé, va, » avec M"' la princesse d'Orange, sa belle-mère, et M. le » comte Henry, son frère, auprès de vous, croyés, mon- » sieur, qu'apporterons tousjours, de nostre part, tout ce )) qui pourra servir à vous faire voir de mesme combien nous » aggréons ladicte alliance et désirons vous complaire. »
Le 18 décelbabre 1597» Henri-Frédéric prit officiellement congé des états généraux des Provinces-Unies *, et, bientôt après eut lieu son départ.
Sa mère, Charlotte-Brabantine et lui débarquèrent, en janvier 1598, à Dieppe, où les avait conduits une escadre mise à leur disposition par les états généraux.
De Dieppe ils se rendirent à Paris,
Le lendemain de leur arrivée, ils y reçurent la visite de Gilles de Bourron, secrétaire de Claude de La Trémoïlle, qui aussitôt manda au duc ' :
« Monseigneur, hier au soir arriva icy M°° la princesse » d'Orange, environ cinq heures. Elle fut au Louvre, Le » roy lui dit qu'elle allast voir Madame (sa sœur), où il la » fut trouver. Ce ne fut sans parler d^ vous et de vostre » mariage... Elle retourna à son logis, dont elle n'a bougé,
1. Gûllection des Résolutions des états généraux des provinces unies des Pays-Bas, séance du 18 décembre 1597 (Archives générales du royaume de Hollande). — « M"® la princesse douairière d'Orange s'en » va maintenant en France, avec le jeune prince Henri-Frédéric, son » fils, pour honorer les amenances de M*^^ Charlotte-Brabantine, que )) nous avons vue promise au duc deLaTrimouille.» (Lapise, 5w/o«re d^ laprmclpautédOrangejf.d^l.)
2. Lettre du 27 janvier 1598. (Archives de M. le duc de La Trémoïlle.)
» tout ce jour, ayant, toute la journée, esté empeschée à un » nombre infiny de visites. J'ay parlé à elle, à son lever, » pour recevoir ses commandemens... Elle s'instruira des » choses qui se passent, qui sera pour sçavoir le lieu où » vous désirés qu'elle vous vienne trouver. Elle a quelque » opinion que vous envoirés vers elle, sans attendre plus » amplement de ses nouvelles. Monsieur son fils est avec » elle. Il est aussy grand que M. de Chastillon. Quant à » M"' de Nassau, elle se porte très bien. Je prie Dieu que » ainsy soit de vous.. Pardonnés-moy, monseigneur, sy je » m'avantage de vous dire que je croy que vous serez » extrêmement content de vostre bonne fortune; et vous » puis dire avec vérité que le pourtraict que l'on vous a » envoyé est fort eslongné de représenter la beauté qui est » en ceste princesse. »
Louise de Goligny et ses enfants reçurent du roi un bienveillant accueil, dont, surtout en ce qui concernait Henri- Frédéric, la princesse fit part à Barnevelt, en lui disant* :
(( Je ne vous puis représenter l'honneur et la bonne chère » que mon fils a receu de Sa Majesté, et combien le roy a » recongneu, par la permission que messieurs les estatsluy » ont donnée de venir icy, un particulier tesmoignage de » leur bonne volonté et de la fiance qu'ils preignent en Sa » Majesté, luy fiant ce qu'il voit bien qu'ils tiennent si cher » que mon fils. Aussy Sa Majesté m'a-t-elle très expressé- » ment commandé de le luy remeyner, incontinent que sa » sœur seramaryée, et que, puisque messieurs les estats le » luy ont envoyé, qu'il veult que le temps qu'il demeurera » en France, qu'il demeure auprès de Sa Majesté. Cela me » touche un peu de le vouloir mener en Bretagne ; toutefois
1. Lettre du 23 février 1598. (Archives de la maison d'Orange-Nassau.) — Archives générales du royaume de Hollande. Brieven van vorsten Jtegerings personeriy etc.
» c'est avec promesse qu'il en aura soing comme de son » fils, et qu'il ne le laissera autrement estre en danger. »
Dumaurier avait vu la princesse deux jours après celui de la visite que Gilles de Bourron avait faite, et il s'était hâté d'adresser à Ph. de Mornay la communication que voici * :
« M"* la princesse d'Orange est arrivée, qui m'a fort par- » ticulièrement enquis de vos nouvelles, et nommément de » l'assassinat qui a esté commis en vostre personne, duquel » je vous jure qu'elle a ung sentiment incroyable. Elle est » icy, attendant des nouvelles de MM. de Bouillon et de La » Trémoïlle, pour s'acheminer incontinent par de là, avec » M"* d'Orange. Le roy, M^*^ de Montpensier et elle, sont » d'avis qu'ils espousent à Saumur, pour plus de bienséance » que si on menoit M"' de Nassau à Thouars, avant estre » mariée. Elle m'a donné charge de vous escrire qu'elle » se réjouit que ceste action se passe en lieu où vous corn- » mandiés. »
Mais Vaction dont il s'agissait devait définitivement se passer ailleurs qu'à Saumur, en d'autres termes, à Châtellerault, où se tenait alors une notable assemblée des réformés.
Le duc de La Trémoïlle en faisait partie, et attachait une extrême importance à ce que son mariage fût célébré dans la ville même où elle siégeait*.
.1. Mémoires de Ph. de Momat/y édit. de i8ii4, t. VII, p. 558. Lettre du 29 janvier 1598.
2. Le duc avait placé sa demande en mariage sous le patronage de rassemblée. — « L'assemblée, transférée à Ghâtelleraud^ fut plus belle » qu'elle n'avoit jamais été, il s'y trouva un gentilhomme, un ministre, » un homme d'affaires de chaque province, et outre cela, plusieurs sei- » gneurs de la qualité requise par le règlement de Sainte-Foy, pour y » assister sans députation. La Trimouille« qui avoit déjà été le plus con- » sidérabie dans les précédentes assemblées, présida dans celle-ci et y » soutint les intérêts de la religion avec tant de zèle, que la défiance et » la hayne que l'on avait pour lui à la cour s'en accrurent de beaucoup.» (E. Benoit, Histoire de FÈdit de Nantes^ t. I, p. 188.)
Gaspard de Schomberg le gourmandait de son insistance, à cet égard, avec la légèreté de propos familière aux gens de cour, en lui disant ** : « Je crois que messieurs de Tas- )> semblée vous veulent marier comme Tun de leurs pu- » pilles, ainsi que messieurs de Yenize marièrent Madonna » Bianca au grand-duc, comme fille de Saint-Marc.
Inébranlable dans sa résolution, Claude de LaTrémoïlle avait, pour qu'elle fût couronnée de succès, réclamé le concours toujours si bienveillant de Louise de Goligny. La princesse le lui avait accordé auprès du roi en renonçant, sur le point en question, à ses vues personnelles. Ayant dans sa démarche réussi au gré des désirs du duc, elle avait avec ses enfants pris la route de Ghâtellerault.
D'Orléans, où elle s'était momentanément arrêtée, elle expédia le 23 février à Barnevelt ces quelques lignes ' : « Il » me fault aller à Ghastelleraut, faire nostre mariage. J'ay » eu peine à l'obtenir du roy, et M. de La Trimouille )> s'y est opiniastré. Enfin Sa Majesté me l'a accordé; mais » cela a fort attardé mon voyage. »
La princesse fut rejointe à Ghâtellerault par son neveu.
Le duc de La Trémoïlle s'était prévalu de ses liens de parenté avec Henri de Goligny pour qu'il l'assistât, en qualité de témoin, lors de la célébration de son mariage avec Charlotte-Brabantine de Nassau; et Henri avait répondu avec empressement à un appel que, dans sa modestie, il envisageait moins comme un témoignage d'affection qui lui fût personnel, que comme un hommage rendu à la mémoire de son père et au caractère élevé de sa mère.
Les amis de François de Ghastillon et de sa veuve applaudirent au choix du duo, en appréciateurs éclairés de la di-
1. Lettre du 3 novembre 1597. (Archives de M. le duc de La Trémoïlle.) 2; Archives de la maison d'Orange-Nassau. — Archives générales du royaume de Hollande. Brieven van vorsien Regerings personen, etc.
30 HENRI DE GOLIGNY.
gnité morale du jeune seigneur, héritier d'un grand nom, qu'un tel choix élevait en quelque sorte ou rang d'homme.
Henri de Coligny, à cette époque, qui était celle de son adolescence, justifiait pleinement, par la noblesse de ses sentiments, par la précoce maturité de son esprit, par la distinction de ses manières et de son langage, les espérances que son enfance avait fait concevoir. Dumaurier, disant alors du fils de la princesse d'Orange qu'il venait de voir à Paris : « M, le comte de Nassau se fait grand et agréable (( prince * », eût pu, s'il eût été appelé à se prononcer sur le fils de Marguerite d'Ailly, dire, avec autant de justesse : « M. Henri de Coligny se fait grand et agréable seigneur. »
Telle était au surplus l'opinion du roi sur ce filleul, auquel il avait, depuis quelque temps, accordé l'accès de sa cour.
Telle était aussi, et à plus forte raison, l'opinion de la princesse d'Orange sur Henri de Coligny.
En qualité d'incomparable mère et d'excellente tante, toujours apte, par sa bonté et par la puissance de l'exemple, à susciter autour d'elle de saintes affections et à resserrer les liens de famille, elle vit avec bonheur s'établir entre son fils et son neveu une sincère amitié, basée sur une réelle conformité de sentiments, d'idées et d'aspirations.
Rien de plus frappant, aux yeux de toutes les personnes qui approchaient alors les deux petits-fils de l'illustre amiral de France, que le pieux respect de ces jeunes seigneurs pour la grande mémoire de celui-ci, et que leur commun désir de se montrer dignes de lui, dignes aussi, comme fils, des deux héros dont ils étaient issus, de ce François de Chastillon, de ce Guillaume d'Orange, qui leur avaient légué le plus précieux des patrimoines, à savoir : la triple hérédité de la foi, de l'honneur et du patriotisme.
1. Lettre du 29 janvier 1598 à Ph. de Mornay. (Mémoires de Ph. de Mornay, édit. de 1824, t. VII, p. 558.)
En même temps, de quelle émotion n*était-on pas saisi, à l'aspect d'une Louise de Coligny, d'une Marguerite d'Ailly, de ces deux mères qui, dans l'austère épreuve du veuvage, n'avaient jamais eu d'autre soin plus cher que celui de faire revivre en leurs fils l'image de pères chrétiens et héroïques I Sur ce soin sacré avait, de jour en jour, reposé la bénédiction d'en haut, car le cœur de chacun des deux fils correspondait à celui de sa mère. Dès lors, quelle félicité dans le présenti quelle calme confiance en un avenir dont le secret n'appartenait qu'à Dieu I Fidélité absolue au service de ce père céleste, foi inébranlable en son infinie bonté : tel était le résumé des suprêmes recommandations des deux mères à leurs fils, au moment où ils entraient en contact avec les réalités si souvent périlleuses du monde extérieur.
Au milieu du conflit des événements religieux et politiques dont Ghâtellerault était depuis quelques semaines le théâtre, vint, pour les deux cousins, le jour où ils se préparèrent à prendre part à la solennité de famille qui devait réunir dans cette ville l'élite des réformés et certaines [notabilités de la cour.
Le 11 mars 1598, cette solennité fut, pendant la journée, précédée d'une réunion intime, dans laquelle on arrêta, en la demeure de la princesse d'Orange, les conventions civiles dont l'adoption devait légalement être antérieure à la célébration de l'union que Charlotte-Brabantine de Nassau allait contracter avec Claude de La Trémoïlle.
Il est intéressant de savoir qui signa ces conventions, puis en quelle qualité et dans quel rang figurèrent les signataires en l'acte authentique qui fut alors dressé. Or, une information précise sur ces deux points se déduit des principales énonciations du préambule de cet acte, dont voici la teneur * :
• 1. Archives de M. le due de La Trémoïlle.
a Sachent tous que aajonrdhay, date de ces présentes, » pardevant noos, notaires sonbzscripts, jarez pour le roy et n pour M*' le dac de Montpensier, dac de ce lieu, ont esté » présens et personnellement establys :
» Très hault et très puissant seigneur, M'' Claude de La » T^^émoillej duc de Thouars, pair de France et prince de » Talmont, etc., etc., 61s de très hault et très puissant sei- » gneur XfOys de La TrénioUle, duc de Thouars, etc., etc., » et de très haulte et très puissante dame. M** Jeanne » de Montmorency j duchesse de Thouars, etc., etc., et )) assisté: : 1* de très hault et très puissant seigneur, * » M** Henry de La Tour^ duc de BouiUonj prince sou- M verain de Sedan, Jametz et Raucourt, viconte de Thurenne , » conte de Montfort, et mareschal de France, etc., etc., et » 2* de très hault et puissant seigneur Henry ^ conte de » Colligny^ seigneur de Ghastillon, admirai de Guyenne, » d'une part ;
» Et très haulte et très illustre princesse, M"* Char- ^ » lotte-Bràbantine de Nassau^ princesse en Oranges, con- )> tesse de Nassau, et fille de feu très hault et très puissant » prince Guillaume ^ par la grâce de Dieu, prince d^ Oranges ^ » conte de Nassau, etc. j etc., et de très haulte et très illustre M princesse, feue M"" Charlotte de Bourbon^ princesse » (FOranges, confesse de Nassau^ et assistée : i* de Loys de » Chezelles, escuyer, seigneur de Pieron, conseiller et » chambellan ordinaire de très hault, très illustre et très » puissant prince, M^ Henry de Bourbon^ duc de Mont- » pensier, pair de France, gouverneur et lieutenant général }) pour le roy, en son pays et duché de Normandye, au nom » et comme procureur de môndit seigneur le du^ de Mont- » pensier son cousin germain, du côté maternel, envoyé )> pour assister et représenter sa personne au présent » contrat de célébration de mariage, dont sera parlé ey-
HENRI DE GOLIGNY. b3
» après, etc., etc.; et 2* de très haultô et très illustre M M°" Louyse de Colligny^ 'princesse douairière dudit » Of^anges^ contesse de Nassau, etc., etc., tant en son nom, » comme belle-mère de madite demoyselle, que au' nom >) et comme procuratrice de très hault et très puissant » prince. M*' Maurice^ prince en Oranges, conte de » Nassau, ejtc, etc., et aussi assistée, 3"* de très hault et » très illustre seigneur Henry ^ viconte de Nassau, prince » en Oranges, et frère consanguin de ladite damoy selle, » d'autre part ;
» Lesquelles parties, pour parvenir à Teffect du futur » mariage cy-devant convenu et accordé, au bon vouloir et » consentement du roy, nostre sire, et de mondit seigneur » le duc de Montpensier, quy, au plaisir de Dieu, se fera » selon les solempnitez des églises réformées de France, » entre mondit seigneur Claude de La Trémoïlle, etc., et » madite damoyselle Charlotte-Brabantine de Nassau, » princesse en Oranges, ont faict et font les traictez, accords » et conventions qui ensuivent, etc. »
L'acte se termine par cette inention : « Faict et passé » audit Ghastelleraud, au logis de M*^*" la princesse d'Oranges, » le onzième jour de mars, l'an mil cinq cent quatre- vingt- » dix-huit, après midy.
» Ainsi signé en la minute de ces présentes : Claude de » La Trémoïlle, Gharlotte-Brabantine de Nassau, Henry » de La Tour, Henry de Colligny, de Chezelles, Louyse de » GoUigny, Elisabeth de Nassau *, Henry-Frédéric de » Nassau. »
Dans la soirée du même jour, 11 mars 1598, eut lieu, en l'église réformée, la célébration du mariage religieux, à
1. La duchesse de Bouillon. — Elle avait été officieusement admise, en sa qualité de sœur, à signer Tacte du 11 mars dans lequel d'ailleurs, elle n*était pas dénommée.
laquelle Henri de Goligny assista, en sa qualité de second témoin du duc de La TrémoîUe.
Bientôt après, les nouveaux époux, leurs parents et leurs témoins se dirigèrent vers Thouars, où leur présence se signala par des fêtes et des réjouissances, sur lesquelles, selon la coutume du temps, étaient en droit de compter les populations qui leur souhaitaient la bienvenue.