CHAPITRE PREMIER
EnFants iHSusdu marisKu de FraiiçnUdu Clia.slillon avuc Marguerite d'Âilly.— Henri du Cnligny v»l l'aliiê de rcs ciiranls. — Sullicllude du pËre et de la mère i. leur éfa-ard. — 'Lcttru» de Chasillloii il sa reniiiie. — Murt de Chaslillun.
François de Chastilion, comte de Coligny, eut de son mariage avec Marguerite d'Ailly' trois fils et une fille.
L'aîné de ces enfants naquit à Montpellier, en août 1583 *, et reçut le nom de Henri, avec l'assentiment du roi de Navarre qui' presque aussitôt se proposa d'être, et fut, en effet, plus tard, son parrain. On lit, à cet égard, dans le journal de Charbonneau* : « Le 28 octobre 1584, onbap- » tisa, à Montpellier, le fils aisné de Chastilion, qui avoit 1) quinze mois, et qui eut pour parrain le roy de Navarre, » lequel le fit tenir par Lesdiguières, général des protestana 1) en Dauphiné... On fît de grands honneurs à Lesdi- ') guières, et y eut de grandes réjouissances à Montpellier. »
1. Divers documents la dénomment Marguerite d'AUly de Pkquigny, ou, plus simplement encore, Marguerite de Picquigny; ce qui s'explique par cette seule considération que la maison à'Ailly avait hérité de la baronnie de Picquigmj. (Voir quant à l'ancienneté des maisons de Picquigny et à.'AiUy, le Recueil d'Adrien de La Morliêre sur « plusieurs nobles et illustres maisons de la Picardie ». Amiens, 1630. 1 vol. in-i", p. 12,21, 23.)
2. « Le 12 août 1583, Cbastillon, qui estoit allé conférer avec le roi de )) Navarre au sujet des villes d'otages qu'on devoit rendre, retourna à » Montpellier, où sa femme estoit accouchée d'un garçon vers lo )) 5 août 1383. » (Journal de Gharbonneau, ap. Aubaïs, Pièces fugitives, t. II.)
3. Mémoires de Ph. de Mornay, édit. de 1824, t. II, p. 354. 4- Ap. Aubaïs, Pièces fugitives, t. II, p. 7.
Le bienveillant patronage que le roi de Navarre avait ainsi accordé à Henri de Coligny s'étendit, dès le berceau, à un second fils de François de Ghastillon, ainsi que l'atteste cette mention, consignée par le jeune père de famille dans ses papiers domestiques * : « Gaspard, mon second » fils, nasquit à Montpellier, Tan 1584, le 16 juillet, un » jeudy, à la pointe du jour; et luy fut donnée, à sa nais- » sance, une compagnie d'infanterie, entretenue dans la » garnison de Montpellier. »
Cet enfant eut pour parrain son cousin, le comte de Laval.
Un troisième fils, auquel Marguerite d'Ailly donna le jour, en mai 1586, Charles, fut, comme ses aînés, accueilli avec joie, au sein de la famille.
En devenant son parrain *, Damville, gouverneur du Languedoc, eut à cœur de faire désormais, vis-à-vîs de François de Chastillon, office de cousin empressé de renouer des relations d'amitié qu'il avait eu le tort d'interrompre.
Trois mois après la naissance de Charles, Chastillon, retenu par d'impérieux devoirs militaires loin de sa femme et de ses fils, mais sachant toujours se rapprocher d'elle et d'eux, de cœur et de pensée, écrivait à Marguerite d'Ailly, avec une grâce charmante, que lui inspiraient les douces joies de sa triple paternité ^ : « Mon cœur, croyez que mes
1. « Extrait d*un livre manuscrit contenant les naissances de quelques » enfants de M. de Chastillon et de M"^** Marguerite d'Ailly, sa femme. » (Ap. du Bouchet, Preuves de V histoire de la maison de Coligny ^ in-f", 1662, vo 699.)
2. « Dans les premiers jours de mai 1586 naquit, à Montpellier, le » troisième fils de Ghastillon, qui reçut le nom de Charles. Damville fut » parrain de cet enfant. » (Journal de Gharbonneau, ap. Aubaïs, Pièces fugitives, t. II, p. 18.)
3* Du Bouchet, loç, cit., p. 680.
» trois enfans m'ont *donné trois divers conseils.' Henry, » quand il est venu, m'a appris d'estre soigneux et pré- » voyant; Gaspard, à sa naissance, m'a adverty que je devoîs » songer pour vous et pour luy ; Charles m'a fait résoudre » d'estre de tout bonmesnager. Ainsy, croyez que j'y pense, » et ique je ne suis point père, sans être bon père, ny mary » sans estre bon mary. »
A six semaines de là, s'adressant encore à sa femme î, il exprimait ce vœu que lui dictaient ses sentiments chrétiens, son affection paternelle et son patriotisme : « • Dieu me » veuille conserver mes enfans et me faire la grâce ,de les » voir grands, pour les rendre instrumens propres à servir » son église ! »
Deux mois après, il terminait l'une de ses lettres à Marguerite d'Ailly par ces touchantes paroles * : « Je vous » recortiixiande mes trois fils, et à Dieu, vous et eux. »
Un peu plus tard, il ajoutait' : « Louez Dieu, ayez soin de » nos enfans, et Dieu retirera ses verges de dessus nostre » famille, et nous donnera, pour un coup, autant jde biens » que nous avons, depuis quinze ans, souffert du mal. Nous » voyageons parmi le désert, pour arriver à la terre pro- » mise. Craignons Dieu, rien ne nous manquera*. »
En mai 1589, la naisssance d'une fille vint offrir un aliment de plus à la tendre sollicitude de Marguerite et de Chastillon, qui lui donnèrent le nom de Françoise.
Une étroite communauté de sentiments élevés et de vues judicieuses constituait la condition la plus favorable dans laquelle les deux jeunes époux pussent se trouver placés