CHAPITRE IX
Ascendant exercé, à Ostende, par Henri de Goligny sur ses compagnons d*armes. — Détails sur ce point. — Hommage rendu à son caractère et à sa valeur par un offlcier ennemi. — Henri de Goligny forme le projet d'une sortie générale. — Tandis qu*il s'en entretient^ sur un rempart, avec divers offlciers, il est frappé à mort par un boulet provenant des batteries espagnoles.
Laissons ici parier, au sujet de la présence de Ghastilion à Ostende, et de l'ascendant qu'il y exerça, un officier qui appartenait à l'armée assiégeante. Son impartial témoignage est d'autant plus précieux à recueillir, qu'il contient un éclatant hommage rendu au caractère et au mérite du jeune colonel français.
Or, voici comment s'exprime Christophe de Bonours « membre du conseil de guerre et capitaine entretenu de )> Sa Majesté catholique, » dans son histoire du siège d'Ostende* :
« L'un des fameux secours qui entrèrent là-dedans fut » celui qu'amena du siège de Rhinsberg le sieur de Ghas- » tillon, chef et colonel général des François en l'armée )> des estats; ce qui fut environ le commencement de sep- » tembre. Ce secours ou renfort de gens estoit composé de » la fleur de ceux de sa nation, servant au party rebelle, » d'Escossois, Wallons et Allemands, tant hauts que bas.
» Ce jeune seigneur, de Tillustre maison de CoUigny, » proche alliée à celle de Nassau, laquelle, comme on sçait,
1. Le mémorable siège dOstende décrit et divisé en douze livres^ par Christophe de Bonours, du conseil de guerre et capitaine entretenu de Sa Majesté. 1 vol. in-4<>, Bruxelles, 1626, p. 186 et suiv.
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» est adorée par THolandois, en la personne du comte » Maurice, portoit grande authorité quant et soy. En outre » de tout cela, il estoit en belle réputation, à cause de » mainte louable partie qu'il possédoit, surtout en la » profession des armes, où sa suffisance, composée d'un » meur jugement, en un âge verd, et d'un ardent courage » en un corps bien complexionné, le rendoit parallèle aux » plus vieux et expérimentés capitaines du temps.
» Sa bienvenue fut là-dedans doublement applaudie, tant » parce qu'il estoit aimé des soldats, que pour autant qu'on » croyoit, en Thonorant, faire chose agréable aux estais, » auprès desquels le nom de sa famille estoit en révérence, » à cause de la conformité de religion et des grands ser- » vices receus.
» Lui, plein d'un sang bouillant et d'un esprit relevé en » ambition d'honneur et de renommée pardessus le commun, » après avoir esté, quelques jours, entre les murs assiégez, » considéré les choses faites et à faire, se souvint d^avoir » donné parole au comte Maurice et aux estats, à son par- » tement dernier d'auprès d'eux, qu'il mourroit sur le » dessein, ou leur témoigneroit par quelque action digne » du sentiment de leur bienveillance, combien il en portoit » l'obligation près du cœur.
» On voyoit qu'il sentoit un contentement particulier de » se voir là, disant, à chaque propos, qu'il avoit tousjours » ardemment souhaité de se pouvoir trouver à la deffense » d'une place assiégée par un camp royal tel qu'estoit » cettuy-cy. L'occasion de retirer le gage de sa promesse » luy semble favorable, et son souhait à terme d'estre cou- » ronné d'effet; se voyant là-dedans chéry, respecté et » honoré au possible. Son jeune courage, tressaillant de » généreuse gratitude et d'insatiable désir de gloire, résout » tost d'esclore ce qu'ir avoit longuement couvé. »
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Quoi de plus frappant que cet éloge de Ghastillon^ tracé par un officier ennemi I Le langage de cet écrivain militaire est bien celui que pouvait tenir un homme qui connaissait à fond le jeune héros duquel il parlait, et qui se faisait un devoir d'honorer hautement ce qu'il y avait en lui de grand, de chevaleresque, de généreux. S'exprimer en de tels termes sur un adversaire, c'était s'honorer soi-même et se concilier l'estime générale. Cette estime doit, aujourd'hui encore, à plus de deux siècles de distance, être accordée, sans réserve, à Christophe de Bonours.
Attachons-nous maintenant, à la partie de sa relation du siège d'Ostende qui dépeint l'activité déployée par le petitfils de Coligny, dès son arrivée dans cette ville, à la défense de laquelle il désirait ardemment concourir.
« Se trouvant donc, un jour, rapporte C. de Bonours*, )) entre les chefs principaux des nations, qu'on qualifiait » là-dedans colonnels, il leur communiqua le dessein prin- » cipal qui l'avait là amené, autant pour en recevoir assis- » tance, que conseil ou avis.
» Il leur dit que, dès le jour qu'il estoit entré léans, con- » sidérant toutes choses par le menu, il trouvoit que la ville » estant estroite au logement de tant de gens, cela les » tenoit pressez et incommodez, donnant aux coups de » canon prise plus assurée *, et accez et occasion aux ma- » ladies ; outre, qu'à cause de la multitude, partie des » troupes se trouvoient inutiles, au préjudice de la saison » qui s'alloit esicoulant, et delà réputation des estats, qui.