‹ Henri de Coligny, seigneur de ChastillonChapitre 55 sur 61 · Psaume CXVI · texte numérisé non relu

Psaume CXVI

Qui, mieux que le vénéré beau-përe de Marguerite d'Ailly, parla jamais, en consolateur chrétien, à une veuve? et comment ne pas appliquer ici à Marguerite ces belles paroles que le pieux amiral de France adressa, après la mort de son intime ami, Soubize, à la digne compagne de celui-ci? « La plus grande consolation que vous et tous les amis de » M. de Soubize pouvez avoir, c'est qu'en la foi en laquelle il a pieu à Dieu D l'appeler, il possède l'héritage que Nostre Seigneur a promis aux siens. » Je sçay bien aussi que ce n'est pas ce que vous lui plaignez, mais plus- » tost une séparation pour quelque temps. Ce ne seroit pas bien aimer, » si nous désirions plustost une vue bien incertaine de nos amis, pour » les priver d'une vie éternelle, quand ils la possèdent. C'est chose pour- » tant que nous ne désirons pas d'advancer ; mais quand aussi il a pieu à 9 Dieu d'en ordonner, c'est bien de quoy s'aider à se résoudre. Or, je » m'assure que vous sçaurez bien practiquer maintenant les grâces que D Dieu a mises en vous. » (Lettre du 22 septembre 1566. Bulletin de la Soc. d*hist. du prot.fr. f t. II, p. 550.)

Elevé à l'école de l'illustre amiral, et, dès lors, plein de sympathie pour la veuve et les enfants de François de Chastillon, Ph. de Mornay écrivait à M"°^ de Laval, leur alliée : a Les consolations contre telles » pertes ne se trouvent point es raisons humaines : iMes faut chercher » en Dieu, qui régit tout justement et ne fait rien à Tadventure; qui » fait le bien de ceux qu'il aime, en les retirant, et de ceux qui les aiment » tout ensemble, en les advertissant par là de s'amender et convertir à » lui. Vous verrez, au reste, madame, s'il y a moïen de faire chose qui » apporte quelque soulagement à ce qu'il a laissé, et si mon peu de » pouvoir y peut chose qui revienne au bien de la maison pour laquelle » je ne serai jamais las d'emploïer mon service, etc., etc. » (Lettre du 8 novembre 1591. Mérh. de Ph. de Mornay.^ édit. in-4^, t. II, p. 129.)

il4 HENRI DE COLIGNY.

Lettre adressée au roi de France par set gens des comptes^ en Languedoc^

établis à Montpellier» 15 avril 1585.

[Bibl. nat., mss. f. fr., voK 15,569, P 60.)

« Sire, ayant pieu à Yostre Majesté ordonner pour gouverneur en » ceste vostre ville le seigneur de Ghastillon, pour icelle tenir soubz vostre » obéissance et faire vivre les habitansd'icelle, d'une et d'autre religion, » suivant vos édits de paix, il s*y est très bien employé, et a faict que, » Dieu grâces, il n'y a aucun catholique qui n*aye occasion de conten- » tement et qui, en effet, ne s'en contente très bien ; car quelles émotions » et nouvelles eslévations d'armes qu'il y ait eues en ce pays depuis qu'il » y commande, Testât de la ville n'a esté altéré, et a esté et est l'exercice » des deux religions libre à tous; et bien que ce qui advint dernièrement » à vostre ville d'Alet (Alais) et ce qui est advenu, ces jours passez, en » celle de Marseille, eust peu donner frayeur à vos subjects catholiques » estant en ladite ville, il y pourvut si saigement et nous a tellement » assurez, que nous louons Dieu et luy rendons grâces, et à vous, sire, » de ce que nous avons un si saige seigneur pour gouverneur. »

Opinion émise par de Lanoue sur Timportance de La Rochelle.] (Discours politiques et militaires. Baie, 1587, p. 769, 829, 830.)

a La ville de La Rochelle est assez grande et bien située sur le bord de » la mer, en un pais abondant en vivres et plein d'assez riches mar- » chands et de bons artisans ; ce qui profite beaucoup pour la conserva- » tion de plusieurs familles et pour en tirer les commodités qui estoient » nécessaires, tant pour les gens de guerre, qu'aux armées de mer et de » terre.

IX Lesvilles, quisontcommelesappuià^non seulement des armées,

» mais aussi des guerres, doivent estre puissantes et abondantes, afin » que, comme de grosses sources dont découlent de gros ruisseaux, elles » puissent fournir les commodités nécessaires et à elles possibles, à ceux » qui ne les peuvent avoir d*ailleurs. Ceci a fait dire à quelques catho- » ligues, qu'ils n'estimoient pas les huguenots trop lourdaux, d'autant » qu'ils avoient toujours esté soigneux et diligens de s'approprier de » très bonnes retraites. Nous leur avions osté, disoient-ils^ Orléans, i> parce que nous ne voulions pas que de si près ils vinssent muguetter )> nostre bonne ville de Paris; mais les galans n'ont pas jlaissé d'attrait perla ville de La Rochelle, qui ne leur servira pas moins. Celle-ci n'est » pas si grande, ni si plaisante que l'autre : elle a pourtant d'autres )) choses qui récompensent bien ces défauts, dont la principale est sa situais tion maritime, qui est une voye et une porte qui ne se peut fermer » qu'avec une dépense incomparable, et par où toutes provisions lui » viennent en abondance. A deux lieues dans la mer, il y a des isles ferti- » les qui branslent sous sa faveur. Le peuple de la ville est autant belli- » queux que trafiquant; les magistrats prudens et tous bien afiTectionnez » à la religion réformée. Quant à la fortification, on a connu par espreuve » quelle elle est. Je confesserai bien qu'Orléans, quand on est fort en campagne, est en lieu plus propre pour assaillir: mais estant question » de se défendre, La Rochelle est beaucoup plus utile. Il y en a qui » disent que le peuple qui y habite est rude; quoi qu'il en soit, si peut- » on affirmer qu'il est loyal. »

C'est le cas de rappeler ici le langage que tenait, en 1568, Ghastellier s'identifiant avec les Rochelois et rendant compte de leurs impressions et de leurs espérances, alors que, par leur activité et par leur énergie, ils se tenaient à la hauteur des devoirs que leur imposaient les événements de chaque jour. Il disait :

c( Comme Dieu a mis le bon droit de nostre costé, ayant faict et souf- 9 fert tout ce que peuvent bons et loyaux serviteurs et subjects pour » rendre toute obéissance et service à leur roy et à leur maistre, nous » espérons aussi que, pour défendre une si bonne et juste querelle, qui » est celle que nous portons, il nous donnera courage, vertu et force, » pour maintenir, tant que nos vies^dureront, le service de nostre Dieu, » l'autorité, dignité et splendeur de la couronne de France, les vies, » l'honneur et les biens de la meilleure part de la noblesse de ce » royaume et des plus fidèles sujets du roy. Nous avons déjà de bonnes

u espérances pardevers nous et un commencement qui nous en promet » une bonne yssue.estans tous ceux delà religion pleins de courage et de » vigueur, et la royne de Navarre et monsieur le prince, son fils, décla- 9 rés, M. le prince de Gondé et monsieur Tadmiral en ce pays, les armes » à la main, et M. de Larochefoucauld en ceste ville, qui est bien Tune des » meilleures et des plus belles places de France... Nous espérons avec a tout cela estre les plus forts par la mer, et en avons bon commencement, » grâce à Dieu, auquel nous mettons toute nostre espérance et nostre » force, etc., etc. » (Record office, State pap., France, vol. 43.)

Lettre de Henri IV à de Beauvoir, i^' novembre 1592. [Recueil des lettres missives^ t. III, p. 699.)

« A M. de Beauvoir, conseiller en mon conseil d'Estat*

» M. de Beauvoir, je vous ay, il y a assez longtemps, escript en recom- » mandation d'une affaire du feu sieur de Ghastillon, mon cousin, qu*en » ma faveur, la royne, ma bonne sœur, eût agréable luy accorder de » pouvoir transporter d'Angleterre trente ou quarante canons de fer et » non de fonte, pour employer en ce qui seroitdemon service, au /atW é^e » sa charge à' diàmlral de Guyenne; mais j'ai sceu que l'accident de sa » mort en avoit différé la poursuite; qui m'a donné subject de vous )) en faire cette seconde dépesche, vous priant vous employer de nouveau » en cest affaire, et n'oublier rien de ce que vous estimez pouvoir servir » à y faire condescendre la royne, madame ma bonne sœur, à qui j'en » avois escript par une première ; ce qui, je crois, suffira. Or, je vous » recommande cest affaire tant plus instamment, qu'il y va, en cela, de » mon service, encore que j'estime que la mémoire que vous avez des » mérites de cette maison et de vostre amitié avec le grand-përe et le père » des enfans qui espèrent ce bon office de vous, vous y convieront » assez, etc., etc.

» Escript à Saint-Denys, le !«' novembre 1592.

» Henry. »

APPENDICE. iq

Extrait du Diaire de Jean Bergier.

(Bibliothèque de La Rochelle, mss. n» 3,112.)

<c Mémoyre que le vendredi 23^^ jour d'avril 1593, est arrivé en la » rivière de Bourdeaulx seize navires, que grand et petit, que le rôy » d*Espaigne at envoyé en guerre ; il y avoit quinze cents hommes pour )) deffendre Blaye qui tenoit pour la ligue, et M. de Luçon en estoit » gouverneur^ et M. le mareschal de Macquignon, gouverneur de Bour- » deaulx, y avoit mis le siège devant ledit chasteau qui avoit trois » mille hommes devant.

» Et ledit gouverneur de Bourdeaulx mandit en ceste ville pour avoyr » secour8pourcombattrele8dictzEspaignol8,'etlemercredi28<'d*avrill593 » est bougé de ceste ville les quatre galliotes; et les cappitaines qui » estoient dedans pour commander se noment le câppitaineGargouillaud, » le cappitaine Bergier, le cappitaine Taray et le cappitaine Chapron, » avec cinquante homes en chacune gallère, et six grands navires, et les » cappitaines se nomment le cappitaine Boisseau, dedans Tamiral^ et » M. de Chastillon^ amiral de Guienne^ est dans ledit navire qui » apartenoit au cappitaine Prou, de troys cents thonneauz, et le navire )> du cappitaine de Yallent, du port de cent cinquante thonneaux, et » Jacques Barbot, eschevin do ceste ville, estoit capitaine dans ledit na-^ » vire, et le cappitaine Rififaulx estoit cappitaine en d*aultres navires ; le » tout pour aller trouver les navires espaignols qui sont en guerre » pour les combatre ; et Dieu leur en face la grâce !

» Et lesdictz Espaignols estoient venus pour faire lever le siège devent )) Blaye que avoit mis M. le mareschal de Macquignon, qui estoient au » nombre de quatre mille hommes.

n Et le samedi premier jour de mai 1593, lesdictz navires et gallëres ^ sont bougés de Chedeboys pour aller trouver l'armée d'Espaigne qui » estoit au bec d'Embez en la rivière de Bourdeaulx ; et Dieu les veuille t conduire et d'en avoyr victoyre desdits Espaignols t

» Lesdictz gallères sont de retour de la rivière de Bourdeaulx en cestéf

ji ville, le samedy 8 de may 1593, et n'ont rien faict, car lesditcs navires » espaignols sortirent de la rivière de Bourdeaulx le samedi premier » jour de may 1593, et s'en sont allés en Espaigne. »

Rotan,run des pasteurs les plus distingués de l'église de La Rochelle, joignait alors à l'exercice du saint ministère dans cette ville l'enseignement de la théologie. Les Rochelois et ses collègues dans TAunîs le tenaient en haute estime.

n était en correspondance avec Ph. de Homay, au sujet de maintes affaires religieuses et avec M"** de Momay, en matière de charitables services à rendre. (Voy. Mém, de Ph. de Momayy édit. de 1824, t. V, p. 439,496, 528, et t. YI, p. 21.) Sur ce second point il est bon de reproduire ici ces lignes qu'il adressait de La Rochelle, le 30 mai 1593, à M"*® de Momay, et qui donnent la mesure de ses délicates prévenances et de celles de cette femme chrétienne, toujours si sympathique et si bonne :

« Madame, je crois que vous aurés esté advertie par le sieur GhoUet, » comment j'ay receu les cinquante escus qu'il vous a pieu me faire » délivrer pour M. de Bèze. Je les lui ay envoyés par lettres de change, » avec cent aultres qui m'ont été baillés par quelques seigneurs de ces » quartiers, et je m'asseure qu'il les recevra dans ung mois ou six sep- » maines pour le plus tard, c'est ung secours qui lui viendra très à » propos, attendu la longue et extresme maladie dont il ne faisoit que » sortir lorsqu'il m'escrivit. Pour mon particulier, je vous remercie » très humblement deceste charité que vous avés faicte en son endroit, )) et m'en tiens comme votre redevable, pour l'amour et respect que je » porte à ce sainct personnage. Je vous supplye donc que j'aye cest bon- » neur de demeurer à jamais, madame, vostre humble serviteur. »

Rotan avait épousé, en 1594, la veuve du pasteur Odet de Nort, au sujet duquel Jean Bergier consigne dans son Diaire(Bibl. de La Rochelle, mss., n<>3,112) la mention suivante : « Mémoyre que, le dimanche matj» tin, 13 de mars 1593, est mort Odet de Nort, ministre de la paroUe de » Dieu, et fut enterré le lundi, au matin, en le simetière de Sainct-

u Berthomé ; et a esté grande perte pour les églises de France. Ledit de » Nort est mort de langueur, et avoit cinquante-quatre ans, et a presché » en ceste ville trente ans ; et a esté grande perte pour les églises. »

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