‹ Henri de Coligny, seigneur de ChastillonChapitre 56 sur 61 · Acte authentique du 24 janvier · texte numérisé non relu

Acte authentique du 24 janvier

(Archives de la maison d'Orange-Nassau, n<> 2,570.)

« A tous ceux qui ces présentes lettres verront, Louis Robert, garde » du scel royal aux contraotz, sentences, commissions des bailliage, » prévosté et autres justices de Montargis-le-Franc, salut.

y> Sçavoir faisons que pardevant Nicolas Bourdin, notaire et tabellion » royal juré audit Hontargis-Ie-Franc, fut présente en sa personne haulte » et puissante dame Marguerite d'Ailly^ vefve de feu hault et puissant » seigneur messire François^ comte de Colligny, seigneur de Chastillon^ » amiral de Guienne, au nom et comme ayant la garde noble des enfans » dudit seigneur, et d'elle, laquelle, de son bon gré, pure et franche vo- » lonté; a recogneu que par contrat cejourd'huy passé, par forme de » transaction, pardevant ledit juré, entre icelle dame, d'une part, et » illustre princesse dame Loise de Colligny, princesse douairière d'O^ » range, d*autre, il soit porté, entre autres choses :

» Que pour le paiement et satisfaction de tout ce que ladite princesse » pouvoit prétendre lui estre deu, tant pour raison de ses deniers dotaux » et à elle constitués par hault et puissant seigneur messire Gaspard^ » vivant comte de Colligny^ amiral deFrance^ seigneur dudit ChastiHon, » père commun, desdictes partz et arréraiges de six cents soixante-six » escuz, deux tiers de rente constituée à ladite dame pour raison de onze ' » mil cents onze escuz, treize sols, quatre deniers, restant à païer desdits )) deniers dotaux, comme aussy pour Tévalluation de la part et portion » qui appartenoit à ladite dame en la succession de feue dame Charlotte de » Laval sa mère, vivant, espouse dudit feu seigneur amiral, et arréraiges » desfruictz et revenus des biens maternels, et généralement pour tout ce » qui lui pouvoit compéter etappartenir sur la succession et hérédité des- » dits seigneur et dame, ses père et mère, icelle dame de Chastillon auroit

v recogneu estre deu à ladite dame princexse la somme de vingt mille » sept cents quatrevingts six escuz, quatre sols, deux deniers, oultre « les paiemensà elle faicts faire par les fermiers de la Cropte, Danne- » marie, Thou-en-Puisaie et Solterre,et autres deniers receus de feu M. le » comte et dame de Laval, montant à la somme de douze mille cents » quatrevingts escuz, quarante-huit sols, deux deniers tournois, et à y> autres sommes portées ou déclarée^ par ladite transaction;

» Et que pour demeurer quictcpar ladicte dame de Ckastillon^ audit » nom, envers ladite dame princesse^ de la somme de seize mille trois cents soixante-trois escuz, vingt sols tournois, faisant partie desdicts » vingt mille sept cents quatrevingts six escuz, quatre sols, deux deniers » tournois, auroit ladite dame de Chastillon^ audit nom, promis de céder » et de délaisser à ladite dame princesse la terre, seigneurie et chastel- » lenye de Lamothe de Chasteauregnard^ ses appartenances et deppen- » dances, pour le prix de dix mille huit cents trente-trois escuz, vingt v sols tournois, à laquelle elle a esté estimée et évaluée entre lesdites » parties, ensemble le droict qui lui appartient, audit nom, de la terre, » seigneurie et chastellenye dudict hault de Chasteauregnard, tenu par )) engaigement du domaine de la couronne de France, pour la somme de » cinq mille trois cents trente-trois escuz, vingt sols, qui a esté ci-devant » acquise, à condition dudit engaigement, par feu messire Gaspard de » Colligny, vivant, seign3ur de Chastillon, maresckal de France, père » dudit défunt seigneur amiral de France, aïeul de ladite dame princesse^ » avec les loyaux coûts et mises dudict engaigement, pour la somme » de cent quatrevingt seize escuz, quarante sols tournois ;

» Et, à ces fins, passer contract dudict déliais et transport pardevant » notaire à ladite dame princesse ; suivant laquelle transaction et pro- » messe, ladite clame de Chastillon, audit nom, de son bon gré et volonté, » en présence et du consentement de puissant seigneur Charles de Col- » ligny, seigneur d'Andelot, son beau-frère, et après avoir eu Tadvis de » son conseil, a cédé, quitté, transporté, délaissé, et, par ces présentes, » cède, quitte, transporte et délaissé, dès maintenant et à toujours, et a » promis garantir, audit nom, de tous troubles et empeschemens quel- » conques, à ladite dame princesse, présente et acceptante pour elle, ses » hoirs et ayants cause, ladite terre, seigneurie et chastellenye de La- » mothe dudict Chasteauregnard^ ses appartenances et deppendances, » estant du propre dudict feu seigneur amiral, et consistant en droict de » haulte, moïennc et basse justice, fiefs, moulins, cens, rentes et autres

» droicts et domaines, dont icelle dame princesse a déclaré avoir suffi- » samment cognoissance, pour ledict prix et somme de dix mille huit )> cents trente-trois escuz, vingt sols tournois» iccUe terre et seigneurie de )> La Mothe dudict Chasteauregnard tenue en mouvance, en plein fief, » dudict hault de Chasteauregnard, qui est du duché d*Orléans ;

« Et en oultre, icelle dame de Chastillon a cédé^ quitté, transporté et » délaissé à ladite dame princesse, ce acceptant comme dessus, tous les » droicts qu'elle peut, audit nom, avoir et prétendre eu ladite terre, » seigneurie et chastellenye dudict hault de Chasteauregnard y apparte- » nanceset deppendances, que Içmolen du susdit engaigement, pour )) la susdite somme de cinq mille trois cents trente-trois escuz, vingt » sols tournois, ensemble lesdits loyaux coûts, frais et mises dudit en- » gaigement montant à la somme de cent quatrevingts seize escuz, » quarante sols tournois, en ce compris le remboursement de cent cinq » escuz fais à Jean Simonnet, pour l'office de garde-notte par luy impé- » tré du roy ; lesdites sommes revenant à la susdite somme de seize » mille trois cents soixante-trois escuz, vingt sols tournois, delaquelle, » moiennant ce que dessus, icelle dame princesse a quitté et quitte » ladite dame de Chastillon, audit nom, nonobstant le contenu en » ladite transaction portant obligation.

» Et le surplus de ladite somme de vingt mille sept cents quatre- » vingts six escuz, quatre sols, deux deniers, montant à quatre mille n quatre cents vingt-deux escuz, quarante-quatre sols, deux deniers » tournois, icelle dame de Chastillon, audit nom, a promis et promet i> par ces présentes à icelle dame princesse, de paler, dedans la ville de )> Paris, es mains do maistre Jacques Guillemain, chirurgien et valet de )) chambre ordinaire du roy, dedans deux ans prochains venans, sous peine » de tous dépens, dommaiges et interests ; à quoy faire elle a obligé et » oblige les biens des susdits enfans.

» En tesmoing de quoy, nou», gardé susnommé, au rapport et rela- » tiens dudit notaire juré, avons scellé dudit scéel ces présentes, qui » furent faites et passées au chasteau de Chastillon-sur-Loing, en présence » de messire Pierre de Dampmartin, conseiller du roy, nostre sire, gou- )> verneur de Montpellier, maistre Estienne Berthault, bailly dudit » Chastillon, et maistre Jean Constantin, seigneur de Mandoze, tes- » moings, le 24° jour de janvier, Tan mil cinq cent quatrevingts quinze, » avant midy, etc.

Fragments d*une correspondance relative au projet de mariage du duc de Bouillon avec Elisabeth de Nassau*

Louise de Coligny à Maurice de Nassau. 10 septembre 1594. (Archives

de la maison d^Orange-Nassau, n» 2,247.)

« Monsieur mon fils, j*ay esté extrêmement ayse de recevoir de vos » lettres par Mandricourt. J*avois esté tant depuis mon parlement en » ceste attente. Vous croyés bien, je m'en asseure, combien les non* » velles de Groningen m'ont esté agréables, et combien j'en ay loué )) Dieu, de bon cœur. Le roy me fait oest honneur de m*en mander les )) premières nouvelles. Vous entendrés par les lettres de M. Galvart la » résolution que le roy a prise pour vos affaires. Croyés que M. de » Buillon a bien envie d'estre en campagne, et qu'il désire infiniment » de servir si bien avec vous et messieurs les estats, qu'à jamais vous » serez inséparables ; et, pour vous rendre certayne preuve de cela, il r> m'a faict entendre le désir qu'il a de prendre alyance avec vous, » espousant vostre sœur Ysabelle. C'est une alyance que je l'ay asseurè )) que, de vostre costé, vous auriez extrêmement agréable, et que » vous en sentiriés fort honoré, comme à la vérité, c'est le seigneur de » France le plus estimé et le plus digne, et accompagné de si grands » mérites, que ses amis et ses ennemie mesipes,publiçnt.ses.louanges« )) Il m'a prié d'en sonder vostre volonté, devant que luy-mesme vous )) en escrive. Je vous suplye donc me la faire entendre, afin que, si vous » trouvez bon ceste recherche, il vous face luy-mesme sçavoir combien » il le désire; et vous suplye de tenir cecy fort secret^ d'aultant que, si » le mariage a de se faire, le moins que l'on en peut ouyr parler est le « meilleur; d'aultant qu'il setrouveroit des personnes quy ne demande- » roientpas mieux que de le traverser, pour empescher tousjours l'union » des gens de bien; je vous suplye donc de m'envoyer incontinent un

» laqués, pour en sçavoir vostre intention. Cela, sy se fait, retardera » mon retour; mais^ pour une si bonne occasion et si advantageuse » pour vostre mayson, je ne plaindrai point de me priver, encore pour » quelque temps, de veoir vostre petit frère^ Testimant très bien, puis- » que luy faites Thoiineur d*en avoir tant de soins, comme me le mande » M. Dommarville, et comme je vois bien par ses lettres qu'il est extré- » mement content d'estre près de vous. Je vous suplye de le vouloir » tousjours bien aymer, et l'exhortés bien de se rendre honneste homme, » durant mon absence. Mandez-moy sy vous désirés d*avoir quelque )> chose d'icy; et, encore un coup, je vous suplye que bientost j'aye » vostre response. Nous atendons le roy icy depuis trois jours. Conser- » vez^moy, sy vous plaist, vos bonnes grâces, comme à vostre humble 9 mère, à vous faire service.

» A Paris, ce 10 do septembre 1594.

» LOYSE DE COLUGNY. »

Louise de Coligny à Maurice de Nassau. 4 octobre 1594. (Archives de la maison d'Orange-Nassau, n^ 2,247.)

« Monsieur mon fils, M. de Buillon despèsche exprès ce gentilhomme » vers vous, pour vous advertir de la recherche qu'il fait de vostre sœur » Ysabelle, vous suplyer de Tavoir agréable, et que, par son retour, » vous nous en envoyés vostre consentement. Il n'est point de besoing » de vous dire son mérite, le rang qu'il tient en ce royaume, et combien )) vostre sœur sera heureuse avec un tel seigneur. Sy c'est chose que » vous ayez agréable, je n'ay pas estimé en devoir escrire à messieurs )) des estats, puisque vous estes sur les lieux pour leur en pouvoir corn- » muniquer, ce qui me semble que vous devés faire. J*en ^scris seule- » ment à M. Barnevelt, afin que, par le retour de ce gentilhomme, j'en » sache leur résolution avec la vostre. Vous verres par les lettres du roy » et celles de M. de Montpensier, comme c'est chose qu'ils désirent de » moy et d'elle. Nous ne voulons consentir qu'à ce qui sera trouvé bon » par vous et messieurs des estats ; mais nous nous asseurons bien que » vous ne pouvés sinon avoir très agréable une telle alyance. Faites- » nous en donc bientost eçavoir vostre volonté, car il est besoing que le

» mariage s'achève promtement, et je le désire plus que personne, » parceque mon retour dépend de là. Yostre sœur Brabantine est aussy I) recherchée par M. de Rohan, et la mère le désire fort; mais Tâge de » Tune et de l'autre me donnera bien le loysir de la ramener encore avec » moy. Toutefois vous m*en manderés aussy, sy vous plaist, vostre » voulonté et celle de messieurs des estats, car je pense bien que, » devant que je parte, la mère en voudra avoir asseurance. Pour le » moins jugerés-vous que mon voyage ayt esté bien employé, puisque » vos sœurs y ont trouvé de si bons partis. Je m'en vais aller, dans peu » de jours, à Ghastillon, pour achever mes affaires avec M^® de Cbastil- » Ion et mon frère, en attendant de vos nouvelles. Delà, nous irons à » Sedan pour faire le mariage de Sedan. M. de Buillon me promet de » me rendre sûrement en vos contrées. Monsieur mon fils, ce m'est un » extrême contentement du soin que M. Dommarville me mande que » vous avés de vostre petit frère; il m'escrit vous avoir parlé de la com- » pagnie du feu prince d'Espinoy pour luy ; je vous suplye, si c'est u chose que vous trouviés à propos, comme, à mon avis, elle est, de la » luy faire avoir... Je remets toutes nouvelles à cest honneste homme, u et vous baise les mains, un milion de fois, en qualité de » Yostre humble mère, à vous faire service,

» LOUYSE DE COLLIGNY.

» A Paris, ce 4 octobre 1594. »

Les étais généraux des provinces unies des Pays-Bas à Louise de Coligny.

2 novembre 1594.

(Archives générales du royaume de Hollande. — Registres des dépêches

relatives aux affaires de France. Reg. de 1585 à 1595, f» 436.)

« Madame, aiant entendu par une lettre que nous a escripte M. le duc » de Bouillon, le 6 de ce mois, par un gentilhomme envoyé exprès de ») sa part, la recherche qu'il faisoit à Son Excellence, de M"« Élisa- » beth de Nassau, sa sœur, et depuis sceu que Tintention de Sadite » Excellence, pour son regard, estoit d'y consentir, nous vous avons bien » voulu 'advertir que nous aurons aussy cette allyance fort agréable, » pour le bien de la cause commune et des ambedeux maisons, s'il

» plaist à Dieu permettre qu'elle aye son effect, ainsy qu'espérons ; n d'aultant que nous nous asseurons que Yostre Excellence s'est » employée et entremeslée en ce faict, d'une sage prévoyance et singu- » lière affection qu'elle porte au bien de la maison, dont vous remer- » cions, et prions, madame, qu'il vous plaise encore continuer ceste )) mesme bonne volonté au général et particulier , en toutes occur- » rances, selon la coniiaDce qu'en avons ; et pourra Yostre Excellence » s'asseurer que nous serons tousjours très prompts pour luy com- » plaire, partout où l'occasion se pourra présenter, d'aussy bon cœur » que nous prions le Créateur, madame, de vous octroyer, en santé » longue et bienheureuse vye.

» De Vostre Excellence bien affectionnés amys, » Les états généraux des provinces unies des Païs-Bas.

» A La Haye, en Hollande, ce 2** jour de novembre 1594. »

Louise de Coligny au comte Guillaume do Nassau. 16 mars 1595. [Archives de la maison d*0rangc-Na3sau, n<^ 2,247.).

« Monsieur mon neveu, n'accusés pas mon silence d'oublyance ; vous » me fériés tort, car vous devez croire que je n'aurai jamais rien plus » en la mémoire que vous et ce qui touche vostre maison. Vous avez )> déjà entendu comme vostre cousine et chérubin a changé de nom, le » 16 du mois passé, et est à présent M'"'' la duchesse de Bouillon, » fort heureuse et fort contente, pour avoir un mari qui, en toute sorte, » lui rend preuve de la parfaite amitié qu'il luy porte, comme plus par- » ticuliërement j'espère vous faire entendre dans peu de temps, espérant » être de retour, s'il plaît à Dieu, en Hollande, au commencement de î) juin. Je vous supplye que je sois tousjours conservée en vos bonnes «grâces, et que vous aimiez et ayez tousjours soin de vostre petit i> cousin, qui, un jour, vous fera service, s'il plaît à Dieu ; et moy, je » demeureray, toute ma vie, monsieur mon neveu,

» Vostre humble tante, à vous faire service,

» LOUYSE D^ COLLIGNY.

» A Sedan, ce 16 mars 1595. »

126 HENRI DE GOLIGNY.

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