‹ Henri de Coligny, seigneur de ChastillonChapitre 58 sur 61 · HENRI DE COUGNY · texte numérisé non relu

HENRI DE COUGNY

» Maurice faisoit fermer avec sa cavalerie. Dieu qui lé nous a préservé, » le nous ramènera, s'il lui plaist, en santé, pour servir à sa gloire. »

M°*' de Hornay ajoute, un peu plus loin dans ses mémoires : « Le » 29 septembre retourna Brouard, nostre maistre d'hostel, que nous » avions envoyé avec nostre fils, lequel nous rapporta de ses nouvelles, » particulièrement comme il -s'étoit trouvé au siège de Dorcum avec » Guillaume, comte de Nassau, qui auroit esté prys, et le pays par ce » moyen forteslargy, où il auroit plu à Dieu le nous préserver. »

De son càté, le jeune de Mornay disait à son père, au sujet du siège de Dorcum (lettre du 8 octobre 1599, Mém.^ t. II, p. 232) : «J'ai accom- » pagné M. le comte Guillaume au siège de Dorcum, dont je n'ai point » de regret... Nous sommes à la veille d'un deslogement pour aller en » aux garnisons, Son Excellence ayant déjà renvoyé la cavalerie et n'at- » tondant que la perfection de quelque ouvrage nouvellement commencé » pour y confiner son infanterie jusqu'au printemps... Ce sont pourceste » heure les nouvelles de l'armée, car celles de TEstat, je les réserve à » M. de Buzenval qui vous en dira ses jugemens. »

A quelques mois de là, Henri lY accueillait avec bienveillance deux jeunes cousins de son filleul Henri-Frédéric de Nassau, à leur arrivée des Pays-Bas. Laissons l'un d'eux, le comte « Jean le Jeune de Nassau » parler de sa présentation et de celle de son frère au roi de France, qui se trouvoit alors, avec son armée, à proximité de Genève. Ces jeunes gens avaient été envoyés par le comte, leur père, dans cette ville, pour y compléter leurs études, l'un des deux écrivit :

« Messieurs de Genève nous ont présenté toutes sortes de courtoisies, » comme aussy a faict M. de Bèze, et le recteur, au nom de toute l'es^ » cole... M. de Montpensier, à qui nous appartenons par alliance, nous » receut fort courtoisement, avec offre de nous présenter au roy pour le » saluer; et d'autant qu'il retournoit le mesme jour au camp, et que » ne pouvions départir quant et luy, à cause qu'il nous eût falu coucher » dehors, il laissa icy un de ces gentilshommes pour nous y conduire.

APPENDICE. 13b

» Le lendemain, nous y allasmes avec M. de Bëze, M. de La Torre, » vice-roi de Navarre et capitaine des gardes, qui est un seigneur fort » honorable de la religion, de grand crédit et très affectionné envers » nostre maison, avec lequel nous avions déjà faict cognoissance en ceste » ville, et nous avoit aussi offert de nous présenter à Sa Majesté ; il avoit >» desjà faict mention de nous vers elle devant que y arrivissions, qui » fut cause que le roy estant à une fenestre, nous voyant dans la pre- » mière cour, la teste descouverte, il osta son chapeau et nous salua de » la fenestre, et tout aussitost envoya le capitaine de ses gardes, qui » nous mena en une chambre pour nous faire disner ; et bientôt après » on nous vint quérir pour nous mener au cabinet de Sa Majesté, où il » y avoit plusieurs princes.

9 Estans entrez, il nous receut d*un fort bon œil, et après nous avoir » embrassé, nous demanda si nous n'étions pas de Nassau-Dillenberg; » ce que lui aïans dit, ilrespondit qu'il cognoissoit fort bien ceste maison » et lui estoit bien affectionné. Il s'enquit combien de temps nous avions i> demeuré à (renève et si nous ne voulions pas bientost aller en Fran6e ; » que nous serions les très bien venuz en son académie de Paris, où on » apprend à aller à cheval, tirer des armes, jouer des instruments, danser » et les langues étrangères, bref, tous autres exercices dignes d'un jeune » seigneur. Il nous dit aussy qu'allissions à ses nopces, à Lyon ; qu'il « nous pourvoiroit d'un bon logis, et que nous pourrions toutes fois et ^> quantes que nous voudrions, entrer dans son cabinet, et que rien ne » nous seroit fermé ; et, en nostre présence, recommanda le tout au » capitaine de ses gardes.

» Il me dit aussy que, si nous fussions venus plus tost, il m'eust ^> retenu avec soy, pour me faire veoir un peu de la guerre, et eust ren- » voyé mon frère Adolphe à Genève, à cause qu'il estoit trop petit. II r> nous a aussy demandé par plusieurs fois si monsieur mon père-grand » se portoit encores bien. Sadicte Majesté nous ayant derechef em- » brassé, avec démonstrations de grande faveur, nous prismes nostre » congé d'elle.

» Il receut aussy fort humainement M. de Bèze, Tembrassa, l'appela » son père et amy, le baisa par deux fois et luy dit qu'il y avoit trente- » huit ans qu'ils ne s'estoyent entrevus, et qu'il vouldroit qu'il lui eust » cousté beaucoup, voire une partie de son sang, et que ledit sieur de » Bèze fust plus jeune de trente ans, qu'il luy feroit veoir à Tadvenir » des choses merveilleuses et qui luy seroient aggréables. Il luy

» envoya certaine somme d^argent^ mais nous ne la sçavons pas pour » certain; on parle d'environ mille florins d'Allemagne.

» Le roy départit, le 27 de ce mois, du camp, pour aller à Lyon pour » épouser sa femme, qui n'est qu'à trois journées d'icy. »

(30 novembre 1600, lettre du comte Jean le Jeune de Nassau au comte son père. Groen van Prinsterer, 2* série, t. II, p. 47.)

Lettre du comte Guillaume-Louis de Nassau au comte Louis Gunther.

Juillet 1600.

(Groen van Prinsterer, Correspondance^ 2« série, t. II, p« 43.)

; « Mon bon frère..., je loue Dieu particulièrement de la singulière » grâce qu^il a faict à vous, en ce qu'il luy a pieu de se servir aussi de » vostre personne, d'instrument à une si renommée et signalée victoire » (celle de Nieuport), delaquelle comme avez emporté de louange non )) médiocre et acquis de réputation grande, ce sera asteur vostre devoir » de vous humilier devant Dieu et recognoistre que c'est celui qui vous » honore tant, afQn que prennes soubject, en récompense de ses grâces, » de l'honnorer en crainte et parfaictement en piété et vraye obéissance, )> et cela, d'autant plus que, au lieu que aultres sont admonestés de » leur devoir par malheurs et misères, le bon Dieu vous convie à son » amour par tels biens et honneurs que; pour vostre qualité et rang, » n'en sussiés souhaiter plus grandes", et ne tiendra qu'à vous de rendre » Dieu entièrement propitiatoire pour vous continuer ses grâces, à quoy » la bonne inclination, laquelle j'ay remarqué en vous^ me donne telle )) espérance que j'espère estre superflu d'exhorter celui qui est con- » vaincu par tels bénéfice» divins, et que celuy qui est si honeste envers » chacun aura craint estre ingrat, et cela, au préjudice de son salut et » avancement propre envers son Dieu qui l'ayme tant. »

Nous avons évoqué ailleurs {François de Chastillon, i vol. in-8<*, 1886, p. 319, 320), et nous devons rappeler ici, le souvenir de l'admirable conduite d'un ministre français, Bernardin, lors de rhéroïque retraite de François de Chastillon, en 1587, sous le coup de circonstances analogues à celles dans lesquelles Wtenbogaert se trouva placé, à Ostende, avant et après la bataille de Nieuport. Bernardin, Chastillon et sa troupe entonnèrent, à l'heure de la délivrance, le psaume CXXIY, sur lequel s'appuya très probablement aussi Wtenbogaert, car ce texte sacré ne s'appliquait pas moins directement aux dangers et à l'issue de la lutte soutenue, à Nieuport, par Maurice de Nassau, qu'aux péripéties de la retraite de François de Chastillon, et qu'à la merveilleuse délivrance accordée par la bonté de Dieu à ce glorieux chef. Reproduisons ici les émouvantes paroles du psaume CXXIV : a 1» N'eût été l'Eternel qui a été pour nous, dise maintenant Israël; )) — 2^ N'eût été l'Eternel qui a été pour nous, quand les hommes se » sont élevés contre nous ; — 3® Us nous eussent dès lors engloutis tout » vifs, pendant que leur colère était enflammée contre nous; — A^ Dès » lors les eaux se fussent débordées sur nous, un torrent eût passé sur » notre âme; — 5^ Dès lors les eaux enflées fussent passées sur notre » âme; — 6® Béni soit l'Eternel qui ne nous a point livrés en proie à » leurs dents ; — 7® Notre âme est éphappée comme l'oiseau du lacs » des oiseleurs; le lacs a été rompu, et nous sommes échappés. — » 8^ Notre aide soit au nom de l'Éternel qui a fait les cieux et la terre. »

États généraux des Provinces-Unies en l'année 1600.

Extrait de la Grande Chronique ancienne et moderne de Hollande j Zélande, etc.,

par J.-F. Lepetit. Dordrecht, 1601, in-f>, t. II, p. 768, 769.)

« Pour donner à entendre au lecteur étranger, qui peut-estre n'aura » jamais veu, ou que bien peu ouy à parler des Provinces-Unies, nous

dirons que lesdites provinces consistent en la duché de Gueldre, des » comtez do Hollande et ZéeIande,West-Frize, Zutphen, Utrecht, Frize, » Overyssel et deGroningue, ensemble des villes qui leur sont associées n et frontières en Brabant, de Bréda, Bergues-sur-le-Soom, Steinberge, » Willenster et Lilloo ; en Flandre, d'Ostende, Axell, Terneuse et » Lyeskeshoêck, toutes sous lunion des estats généraux.

« Les affaires d*Estat desquelles Provinces-Unies, et le souverain » regard au fait de la guerre, par mer et par terre, et de ce qui en dé- » pend, comme pour lobservance et maintenement des alliances et confé- » dérations qu*elles ont avec les rois, princes et potentats, à Taugmen- » tation et entretenement de leurs assistances, amitié et bonnes correspon- » dances pour le consentement et levée des moyens qui se doivent trou- » ver, tant pour les affaires d'Estat, que pour la guerre, ensemble pour » toutes choses occurentes, concernant le bien des provinces, la deffense » d'icelles, et préventions de tous mauvais inconvéniens, et généralement » pour toutes choses qui doivent toucher en aucune manière à leur estât » et gouvernement, sont dirigées et conduites par les seigneurs estats » généraux (ïiceUes : desquels rassemblée est dressée des principaux » collèges de la noblesse, des magistrats et superintendants des villes, en )> chacun quartier et province respectivement; les estats particuliers des- » quelles provinces choisissent et y commettent annuellement autant de » personnes que bon leur semble : auxquels ils donnent plein pouvoir » et autorité d'aviser et résoudre, avec les députez de toutes les autres » provinces, sur chacuns points qui y sont spécialement mis en délibéra- » tion, et sur toutes autres choses qui s*y pourroient représenter, comme » pour le bien et service de TEstatse trouvera convenir.

« En laquelle assemblée desdits seigneurs estats généraux, les' » affaires se proposent, advisent et résoudent de la part de chacune pro- » vince respectivement, et avec teste pour teste, selon qu'ordinairement » on use en d'autres collèges...

» En ladite assemblée desdits seigneurs estats généraux comparaissent » en estant semons, les gouverneurs de chacune province respective- » ment, et le conseil d'Estat, pour y aidera adviser et résoudre de toutes » matières qui y sont proposées et requises. »

Extrait d'une commission relative à une compagnie d'ordonnance.

8 octobre 1601.

(Du Bouchet, Histoire de la maison de Coligny, p. 700.)

« Henry, par la grâce de Dieu, roy de France et de Navarre, à tous » ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Gomme i*estat et charge » de capitaine d*une compagnie de trente lances fournies de nos ordon- » nances, au litre de cinquante, à laquelle commandoit défunt nostre » cousin Henri de Goligny, sieur de Chastillon, soit à présent vacante » par .sa mort, au moyen de quoy, soit besoin de pourvoir en son lieu » et place de quelque bon et expérimenté capitaine, de Taffection et fidé* » lité duquel nous ayons entière asseurance, sçavoir faisons que nous, » mettant en considération les grands et recommandables services que » noiis avons receus tant dudit feu Henry de Collgny, que du feu sieur » de Chastillony son père, et que nous espérons, à son imitation, rece- » voir de nostre cher cousin, Gaspard de Goligny, son fils, à présent » sieur de Ghastillon, et frère dudit deffunt Henry de Goligny, à iceluy » nostredict cousin Gaspard de Goligny, sieur de Ghastillon, pour ces » causes, et autres à ce nous mouvans, avons donné et octroyé, don- » nous et octroyons, par ces présentes signées de nostre main, la charge, » conduite et capitainerie de ladite compagnie de trente lances fournies » de nos ordonnances, au titre de cinquante, que souloit avoir ledit feu >r Henri de Goligny, son frère, etc., etc. »

Extrait de provisions relatives au gouvernement de Montpellier.

8 octobre 1601.

(Du Bouchet, ibid.j p. 702.)

« Henry,par la grâce de Dieu, roy de France et de Navarre, à nostre cher » et bien amé cousin, Gaspard de Goligny, seigneur de Ghastillon, salut, » Estant advenu le décès de feu nostre cousin Henry de Goligny, vostre

140 HENRI DE GOLIGNY.

» frère, qui commandoit pour nostre service, en nostre ville de Mont- » pellier, il est besoin et nécessaire de donner ceste charge à quelque » personnage duquel la fidélité et aCTection à nostre service nous soit » cogneue; et sçachant que vous serez pour suivre les vertus et louables » qualitez^ tant du feu sieur de Chastillon^ nostre cousin^ vostre père y » que dudit feu Henry de Coligny vostre frère; à ces causes, nous vous » avons commis, ordonné et député, et par ces présentes signées de nostre » main, commettons, ordonnons et députons pour commander en ladite » ville, et aux gens de guerre y establis en garnison^ avoir l'œil ouvert » à la conservation d'icelle ville en nostre obéissance, tout ainsy que » souloient faire vosdits feus père et frère, etc., etc. »

Extrait de provisions relatives à la charge d'amiral de Guyenne.

8 octobre 1601.

(Du Bouchet, Histoire de la maison de Coligny^ p. 703.)

« Henry, par la grâce de Dieu, roy de France et de Navarre, etc., etc. » Comme Testât et charge d'admiral en nostre province de Guyenne, » que souloit avoir feu nostre cousin Henry de Cîoligny, sieur de Chas- » tillon, soit à présent vacant par sa mort... sçavoir faisons que nous, » mettant en considération les grands et recommandaùles services que » nous avons receus, tant de nostredit cousin^ feu Henri de Coligny y que » de feu nostre cousin le sieur de CAastillon, son père^ et ceux que nous » espérons, à son imitation, recevoir de nostre cousin Gaspard de Goli- » gny, frère dudit défunt Henry de Coligny, à iceluy nostre cousin » Gaspard de Coligny, avons donné et octroyé, donnons et octroyons... » ledit estât et charge d'admiral en nostredite province de Guyenne, » que souloit avoir ledit feu Henry de Coligny, etc., etc. »

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