Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 3,644, f
HENRI DE GOLIGNY. 11
» la ville et au chasteau. Il est gentilhomme d'honneur et » fort affectionné à vostre service, particulièrement à ceste » maison, et intime amy de feu mon mary. C'est pourquoy » je fonde ma requeste avec plus de hardiesse, suivant » l'intention qu'avoit M. de Ghastillon de vous en supplyer. » Oultre le bien que ferés à ceste maison, l'authorite de » Vostre Majesté y sera mieux conservée, parce qu'estant )) gentilhomme d'honneur, riche d'amys, et commandant » en ceste place, où le bailliage de Montargis est transféré, » à cause de leur rébellion, vos tailles en seront mieux » payées, et le pauvre peuple plus soulagé. Je vous supplye » très humblement m'accorder ma requeste et (croire) que » je demeure, sire, vostre très humble et très obéissante » subjecte et servante. »
Au nombre des états dont François de Ghastillon avait été pourvu, se trouvaient ceux d'amiral de Guyenne et de gouverneur de Montpellier.
Henri IV assura la transmission du premier de ces états à Henri de Goligny par la provision suivante * :
« Sçavoir faisons que nous, deuement assurez du soin )) et diligence que feu nostre très cher et bien amé » cousin, le sieur de Ghastillon, comte de Goligny, prenoit » à faire nourrir et eslever ses enfans, pour les rendre ca- » pables de nous faire, un jour, quelque bon service, et » espérant que nostre cher et amé cousin Henri de Goli- » gny, son fils aisné, ayant pris une si bonne nourriture, » ne voudra dégénérer, ains sera pour ensuivre les vertus » et louables qualitez qui estoient en sondit père ;
» A iceluy, pour ces causes et autres bonnes et grandes » considérations à ce nous mouvans, avons donné et octroyé, » donnons et octroyons par ces présentes Testât et charge
1. Du Bouchet, Preuves de V histoire de la maison de Coligny^ p. 1077.
» (l'admirai en nostre province de Guyenne, dont souloit » jouir et estoit pourveu feu nostredit cousin, son père, » vaquant à présent par sa mort et trépas ; pour dudit estât » et charge jouir et user par nostredit cousin de Coligny, » et icelle doresnavant exercer, aux honneurs, authoritez, » prérogatives, prééminences, franchises, libertez, gages, » droits, estats, fruits, profits, revenus et émolumens accous- » tumez, tels et semblables que les ont cy-devant eus ceux » qui en ont esté pourveus, et que les avoit et prenoit feu » sonditpère, tant qu'il nous plaira, etc., etc. — Donné, au » camp, à Darnelal, devant Rouen, le 26 décembre 1591. »
En ce qui concernait la charge de gouverneur de Montpellier, le roi, après en avoir également assuré la transmission à Henri de Coligny, jugea opportun d'insister auprès de Damville, pour que ses bienveillantes intentions à l'égard du nouveau titulaire fussent, en Languedoc, pleinement remplies.
« Mon cousin, disait-il au duc, le 19 janvier 1592*, je » vous ay cy-devant escript comme j'avois donné au fils » aisné du feu sieur de Ghastillon tous les estats qû'avoit » son feu père, l'un desquels est le gouvernement de ma » ville de Montpellier : de quoy je vous ay bien voulu » advertir, estant mon intention qu'il en jouisse tout » ainsi que faisoit ledit feu sieur de Chaslillon, son père, )) et que les cappitaines qu'il y avoit laissez en garnison, w à son partement, commandant les compagnies de ses » enfans, y soient continuez avec le mesme pouvoir qu'ils » avoient auparavant, sans qu'il soit changé aulcune chose » en Tordre et garde de la ville, veu qu'ils se sont tou- » jours bien conservez avec mes subjects , les habitans » d'icelle, en bonne union et concorde, tant d'une que
1. Recueil des lettres missives de Henri IV ^ in-4®, t. III, p. 552.
» d'autre religion*. Je leur ay escript à tous de continuer » de bien en mieux ; vous priant, mon cousin, aimer tou- » jours ces enfans, pour Tamour de moy, et faire pour eux » tout ce qui sera en vostre pouvoir; et croyez que vous » ferés chose qui me sera très agréable, etc., etc. — Escript » au camp deDarnetal, devant Rouen. »
Une autre lettre du roi à Banville, datée d'Aumale, 4 février 1592 % portait :
« Mon cousin, j'ai continué aux enfans du feu sieur de » Ghastillon tous les dons que je luy avois et, faicts; d'au- » tant que je désire qu'ils ne leur soyent inutiles, je vous )> prie de les faire jouir de ce qui sera en vostre gouverne- » ment, afin qu'ils ayent plus de moyens d'estre instruits, » pour se rendre capables de me faire, un jour, service. » La dame de Ghastillon, leur mère, m'a faict entendre » comme desjà vous leur avés, et à elle, monstre beaucoup )> d'amitié; de quoy je suis bien ayse; m'asseurant que con- » tinuerés à les aimer et favoriser en tout ce qui sera de » vostre pouvoir. Leur père m'a faict de si bons services, » que je m'en veux ressouvenir envers eux. »
Si Marguerite d'Ailly, comme veuve et comme mère, n'avait qu'à se louer des bontés du roi, il n'en était pas de même de certains agents de l'autorité suprême, dont l'inertie paralysait parfois l'exercice de ses droits et de ceux de ses enfants. On en trouve la preuve, notamment, dans la teneur
1. Il importe Je rappeler ici que François de Chaslillon avait, par sa sagesse et par sa fermeté dans Texercice des fonctions de gouverneur de Montpellier, pleinement réussi à faire vivre en paix, les uns avec les autres, les habitants de cette ville, tant catholiques que protestants. Un solennel hommage lui avait été rendu, en ce point, par des hommes sur lesquels, comme sur tant d'autres, s'était étendue sa protection, et qui étaieut particulièrement à même d apprécier ses sentiments et ses actes. (Voir Appendice^ n® 2.)