‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 10 sur 533 · Préface des censures, p. 36 i · texte numérisé non relu

Préface des censures, p. 36 i

.3. Ce double renseignement est tire de ravertisscment postliminaire placé dans le volume de 1553. Le têmoi(çnugc de H. Estienne est formel; Rcnouard semble l'avoir ifCnort^ .V. Ann.^ p. 80 et 83.) i^Tot/^fiWji; Tfjç Xpioriavcuv TriàcEfoç, ^ KaTr,yia»xo;../. Calrifii Radimenla Fidei chrUlianee.,, nnno XbQ'^.Esrndehat ffenricnsSlephanus.LB r* <5dit . française du catéchisme de Calvin est de 1337 (Genève). La traduction latine parut A Bâieen 1338. V. Th. Dufour, le Catéchisme français de Calrin. U. Eslienni* réimprima le teite français en 1353.

4. Rappelons-nous qu'en 1353 paraissait chez Hob. Estienne le texte latin de VInsUtation chrétienne^ publié pour la r* fois  BAle en 1336. L'édition définitive M>rtil aussi des presses de Robert au mois de sept. 1339, quelques jours après la mort de l'éditeur. En réalité, ce fut Henri qui fut chargé de la préparer et d'en assurer l'achèvement. Sur les deux éditions du texte français 1311 et 1360), v. l'étude pénétrante de M. G. I^nson {Revue /iw^, janv. 189 S).

3. Lettre écrite en grec A la fin de 1330, et conservée A la bibliothèque de Zurich. V. notre hibliofcraphie : yeajahrêhlatt^ etc.

6. Ije 27 mars 1358, Macartus écrivait A Cahin qu'on aurait besoin A Paris d'un professeur de (crec pour remplacer Straselius qui venait de mourir. « J'avais pensé, pour»uit-iI, A Henri Estienne, si l'esprit avait été chez lui un peu plus mûr, puisqu'aussi-bien il connaît A fond la lan^çue jçrecque. » iCalvini opera^ t. XVII, p. 117, lettre en latin.. Henri avait alors 37 ans.

livres de théologie protestante qui sortirent des presses de Henri Estienne. Leur multiplicité et leur importance nous prouvent qu'après la mort de Robert il était devenu l'éditeur attitré de l'Église de Genève. Il est impossible d'admettre qu'après le procès de VApologie, Th. de Bèze eût continué à Henri Estienne sa confiance pour la publication de ses propres ouvrages, s'il avait soupçonné son indifférence en matière religieuse. De son côté, Henri Estienne ne se borna pas à imprimer les commentaires de Th. de Bèze sur le Nouveau Testament* : il y apporta la contribution de sa propre science et de son goût. Dans sa dissertation sur le style du Nouveau Testament qu'il publia avec l'édition du texte grec 2 en 1576, il exprime sa vive admiration pour la beauté de l'original, et certes il y parle avec assez de conviction « de l'esprit saint » et ses remarques, si elles sont d'un helléniste, continuent le travail critique des grands savants de la Réforme. 11 faut lire ces préfaces, ces notes, ces vers grecs ^ ou latins : on aura sûrement l'impression que ce savoir étonnant, ce labeur infatigable étaient soutenus par une foi sincère.

Cela allait jusqu'au lyrisme : et Henri Estienne adaptait au mètre d'Anacréon et de Sapho des psaumes de David. Le son de sa lyre n'avait plus d'Anacréon que le rythme; et les blessures que ses vers trop profanes avaient laissées dans les cœurs, ses vers chrétiens les pansaient et les guérissaient. Pour parler franc, il ne regrettait rien : mais il conciliait avec ingénuité dans la même ferveur la poésie grecque et celle de l'Ecriture *.

1. En 1565 H. Eslienne publia le Nouv. Testament grec, avec en regai*d la Vulgate, la traduction latine de Th. de Bèze, et les notes du même. C'«st la 2* édit. de cet ouvrage, mais « revue et augmentée. » (La 1" avait été donnée par H. Estienne 1546-49.) En plus deux indices et la réponse de Bèze àSéb. Castellion, in-f**. V. les éditions suivantes dans Renouard, Ann.

2. Édition portative, in-16, d'une exécution typographique merveilleuse. Les explications placées dans les marges sont en partie de H. Estienne. Autres éditions en 1578 et 1587.

3. V. la pièce de soixante-douze ven grecs, écrits par Henri, en t^le du Testament grec que Robert avait publiée Paris, en 1550 (in-f".)

4. V. a Psalmi Davidis aliquot, métro Anacrcontico et Sapphico. Authore Henrico Stephano cujus etiam ex ofllcina prodeunt » (1568, in-32) et les vers inscrits sur le titre :

Anacreontis olim Modos dedi jocosos.

Anacreonticam nunc, Sed nil Anacreontis Dabo lyram sonantem.

Sic œmulabor hastam Quœ vulnus inferebat.

HEXRI ESTIENNE A GENÈVE 9

Ce qui prouve encore que son goût littéraire n'était pas seul intéressé dans ces travaux, c'est qu'il * suivait avec passion les discussions théologiques et les conflits parfois violents qui s'élevaient entre l'Eglise de Genève et d'autres réformés jaloux de leur indépendance. Lui-même devenait irritable quand il voyait des mains trop hardies toucher à la traduction ou à l'interprétation des livres saints. Il se fit l'écho ^ de la querelle qui avait éclaté entre Calvin et Théodore de Bèze, d'une part, et de l'autre, Sébastien Castellion. Ce fut là une persécution, disons-le, autrement injuste et violente que les tracasseries que le Conseil de Genève fît subir à Henri Estienne. Il nous est donné d'en juger par le beau livre où M. F. Buisson a retracé cette histoire '. Regrettons, mais sans nous en étonner que Henri Estienne se soit trouvé du côté des persécuteurs contre cet homme que M. Buisson a justement nommé « le premier des protestants libéraux ».

Quand Calvin mourut, en 156i, Henri Estienne mêla sa voix aux éloges funèbres qui saluèrent la mémoire du réformateur. Pour le « tumulus » de Calvin, il écrivit quatre épitaphes en grec. Il ne manqua jamais, suivant en cela le goût de son époque, de célébrer pieusement, sous cette forme, les hommes qu'il avait aimés et vénérés : Robert Estienne, ou Turnèbe, ou Camerarius ^ ; et il s'ingéniait à enfermer dans une courte « épigramme », grecque ou latine, mais grecque de préférence, la finesse de sa pensée et la sincérité de son émotion.

Nous avons montré comment Henri Estienne avait recueilli

avec la succession et les biens matériels, l'héritage moral de son

Addebat et medelam.

Quos sauciavit olim Nervis chelys profanis, Sanabil illa nervis Apiata chrisiianis. •>

1. Dans V Apologie pour Hérodote et dans le De Lntinitate falso suspecta (v. plus loin . Ce second texte n*a pas été si^j^nalé par M. Buisson dans son ouvra^^c sur Séb. CMttelUon. Mais s'il ne fait que reproduire les arguments de Th. de Bèze, on verra qu'il intéresse Thistoire des mots grecs passés en latin et ensuite en français. En 1563, II. Estienne avait publié à part la réponse de Bèze à Castellion.

î. Toutefois, TApreté de ses invectives mise à part, il est permis de penser avec Henri Estienne qu'en rejetant le langage traditionnel, Seb. Castellion, notamment dans sa traduction française, heurtait aussi le bon goût. Nous reviendrons sur les cri« tiques que Henri Estienne a faites aux deux bibles, latine et française, en nous appuyant sur le travail de M. F. Buisson.

3. V. les épitaphes sur Calvin dans Calv, opéra, t. XXI, p. 172. Les épigrammes grecques de H. Estienne en souvenir de Camerarius sont encore inédites ; V. notre appendice 111. OUes adressées à Robert Estienne et à Turnèbe sont dans Maittaire et dans Renouard.

10 ITISTOIRE DE l'œUVRK FBANÇAISE

père. Disciple de Robert dans le domaine des études bibliques, il fut aussi le continuateur de ses travaux sur Tantiquité classique. Ne lui a-t-il pas dû la pensée de son trésor de la langue grecque * ? Et même pour ce qui regarde la langue française, n'avait-il pas, dès irj58, traduit en latin la grammaire française de Robert, dont les Hypomneses de 1S82 seront le complément'-? Pour Tinstant, il nous suffît d'avoir marqué la direction morale que son père lui avait donnée. Dans quelle mesure il y resta fidèle, c'est ce que nous apprendra la suite de cette étude. Successeur et disciple de Robert Estienne, il est certain que Henri, avant Tapparition de V Apologie, jouissait à Genève devant le public et particulièrement aux veux des membi'es du Conseil et du Consistoire d'une réelle considération. Prenons garde cependant de nous exagérer l'importance de la situation qu'il occupait dans la cité. Ses travaux attiraient déjà sur lui les regards du monde savant. Il avait d'illustres amitiés en France , en Allemagne et dans d'autres pays. Mais même quand il aura mis au jour le grand Trésor de la langue grecque dont il annonce Tespérance ^ dès 15Go; quand, patronné par l'empereur d'Allemagne ^, et accueilli par le roi de France, il sera devenu un prince de la science ; quand il aura offert à Henri III et aux lettres françaises la Précellence du langage françoisy Henri Estienne ne sera jamais à Genève qu'un simple imprimeur, une utilité, un membre des CC. Pour tenir tête au Conseil, il faudra qu'il se fasse appuyer par l'ambassadeur du roi de France; et cette intervention, si elle le fera sortir de prison, ne lui donnera pas la liberté qu'il réclame.

C'est que le testament de Robert Estienne dont il avait bénéficié le désarmait du même coup; il l'enchaînait à Genève, en dépit du désir qui lui était le plus cher : celui de rentrer en France et de s'établir à Paris. Robert avait stipulé formellement que son fils « serait privé et descheu de tous sesdictz biens... au cas que le dict Henry veint à rompre Testât, train et vacation de la dicte imprimerie pour prendre aultre estât et vacation, ou bien aussy qu'il s'en allast demourer hors ceste église tant qu'il plaira à Dieu de la conserver en sa reformation. » C'est à cette clause du testament que le Conseil de Genève s'en tiendra : liberté sera laissée à Henri Estienne de sortir de la ville : mais le matériel de l'imprimerie restera à Genève.

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