ESSAIS POÉTIQUES
Ta besie a pitié d'un pourceau,
Et tu n'as point pitié des hommes *.
Si nous ajoutons ces vers aux siens ^, nous dirons que Henri 1 Estienne nous a laissé quelques modèles d un genre qui était alors ^ très français et qui Test resté, Tépigramme.
Les pièces satiriques plus longues, qui précèdent les Dialogues du nouveau langage^ relèvent aussi de ce qu*on a appelé un peu vaguement le style marotique. Sans chercher à donner une définition de ce style qui est fait de familiarité, de bonhomie et de négligence peut-être voulue, constatons tout simplement qu'Estienne imite encore ici le tour et le langage de Marot. 11 y est donc souvent et forcément archaïque. Et si nous voulions opposer ses vers marotiques à sa prose ou à sa doctrine grammaticale, il serait trop facile d y relever des contradictions. Mais c'est l'inversion, ce sont ces chutes de phrase et ces refrains qui sont bien du Marot. Dans les deux premières pièces: Condoléance aux couriisans et Remontrance aux autres courtisans^ Estienne a fait usage de Toctosyllabe à rimes plates ; et il Ta disposé en suites de i6 vers (1*** pièce) et de 8 vers ,2^ pièce). 11 est bien entendu que ces suites n'ont rien de commun avec des strophes : cela ne chante pas, mais cela tout au plus chantonne. Tantôt le vers refrain revient régulièrement devant chaque
groupe :
A vous courtisans je n'en veux, Qui de Tautruy non envieux. Estimez une grandTolie D'usurper rien sur l'Italie ; Et d'assembler tous ces lopins De ces vocables transalpins, Ne jugez estre braverie, Mais bien estre une baverie ^.
1. Apol.f II, 426. fies vers sont indubitablement de Th. de Bèzc; M. Ristelhuber a tort de mettre un ?. Estienne désigne ici Bèze par les qualificatifs dont il use toujours â son endroit « un sçavant personnage et doué de grans dons, etc. » L'interprétation française d'une épigramme grecque citée dans les Dialogues (II, 56) est également de
Th. de Bèse :
Ce n'est amour, aimer la femme belle,
En se laissant conduire par ses yeux.
Estienne dit lui-même {ibid,) que Fauteur de cette traduction est le même qui a fait ■ les deux épigrammes latins » qu'il a donnés plus haut, c'est-à-dire « un mien ami » {ibid., II, 53) et enfin ces deux épigrammes, nous les lisons dans les poésies latines de Bèze.
3. On nous permettra, à propos de cette petite découverte, de réunir encore les deux amis : ils ont rivalisé dans l'épigramme française, comme ils l'avaient fait dans lëpigramme latine (V. notre introduction, p. 26).