‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 191 sur 533 · LA PRÉGELLENCE DU LANGAGE FRANÇAIS · texte numérisé non relu

LA PRÉGELLENCE DU LANGAGE FRANÇAIS

çaise à la langue italienne. Il est vrai qu'anciennement, sous le règne de Louis XII, un écrivain que Ronsard considérait comme son maître, Jean Lemaire de Belges, avait essayé le parallèle dans sa Concorde des deux langages^. Mais n'avait-il pas défendu trop mollement ce français qu'il prétendait « exaulcer et autoriser », en laissant voir qu'à ses yeux l'italien, à cause « de sa magnificence, élégance et douceur », restait la vraie langue de l'amour et de la poésie ^? Et d'ailleurs quels auteurs français Jean Lemaire avait-il à placer en regard des grands écrivains de l'Italie, de Dante, de Boccace, de Pétrarque? Dans le passé : Jehan de Meun, Froissard et maître Alain, et dans le présent : un Meschinot, un Molinet, « desquels maistre Crétin est le prince ^ ». On avait trop longtemps vécu sur le compromis de Jean Lemaire. La Pléiade elle-même, dans sa hâte de créer toute une littérature, n'avait-elle point par des imitations imprudentes de Pétrarque et de Bembo^ risqué l'originalité de l'esprit français, et découvert la langue au néologisme italien qui la guettait?

C'est cependant à la Pléiade elle-même que Henri Estienne a été obligé d'emprunter des arguments, sa tactique lui imposant de mettre en parallèle les nouveaux poètes français et ceux de l'Italie ^. 11 Ta fait sans doute avec une sincérité que nous avons reconnue mais en insistant beaucoup plus dans son plaidoyer sur les richesses naturelles de la langue, dont la poésie doit tirer parti, que sur le mérite intrinsèque de ces poètes. Pour conclure d'un dernier mot sur sa critique littéraire, c'est la langue et ce n'est donc pas l'École qu*il a prétendu glorifier.

Rappelons enfin que dans ce livre de la Précellence Henri Estienne a continué de faire la guerre aux néologismes, et surtout aux mots écorchés de l'italien. Aussi bien ce terme de défensCy que nous employons après lui, comprend-il deux sens qu'il faut distinguer : il signifie d'abord l'apologie du français, <( la précellence », et ensuite il veut dire l'assainissement, la conservation de la langue. Nous ne perdrons point de vue ce côté pratique de son œuvre ; Estienne y tenait plus au fond qu'à ses théories les plus séduisantes :

i. V. Œuvres de J. Lemaire, édit. Slecher, t. Hl, p. 08 et suiv. }. V. de Maulde, LonUe de Savoity p. 274.

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