‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 190 sur 533 · Épltre !■ Â la roine mère du roy · texte numérisé non relu

Épltre !■ Â la roine mère du roy

nous donne ung aussi riche trésor de la langue Françoyse, conriine il nous a donné de la langue grecque ». Il faut reconnaître que Ramus eut le mérite de ne pas garder rancune à Henri Estienne de certain passage de V Apologie pour Hérodote où il était parlé dédaigneusement « d*un régent de Paris » qui osa « fouetter Aristote avec toute sa philosophie^ ». Il est assez étrange que l'éditeur de Platon ait rendu si peu justice à l'un des introducteurs du platonisme en France, et que l'avocat de la Réforme ait méconnu l'intelligence du novateur qui par sa hardiesse s'était désigné à la persécution -,

Malgré les efforts généreux de ces grammairiens, leurs travaux n'étaient pas, k vrai dire, des plaidoyers en faveur de la langue française, aussi directs, aussi catégoriques que le fut celui de Henri Estienne. Nous ne mentionnerons que pour mémoire « Toraison de Jacques Tahureau au roy (Henri H), de la grandeur de son rèpne et de Texcellence de la langue françoyse » parue en 1355. Ce discours ne comprend que six pages; l'auteur se plaît à célébrer ceux qui <c font aujourd'hui profession ou de bien parler, ou de bien écrire en leur naturel françoys », mais il ne cite aucun nom, et ce n'est vraiment pas assez. Il raille cependant avec une certaine vigueur les « affectés latineurs », c'est-à-dire les latinistes, « lesquelz.. pensent à tous les mots qu'ils jergonnent, parler tousjours par l'esprit de Gicéron... » Aux dégorgeurs de latin, alléguant, « ne scay combien de manières de parler latines que nous ne scaurions rendre mot pour mot en notre langue », J. Tahureau se fait fort d'opposer « une infinité d'aultres en françoys qu'il est impossible de rendre en la langue latine avec la mesme grâce qu'ilz ont en la nostre.. » Et sans doute l'argument était bon; mais encore fallait-il donner des exemples à l'appui.

D'autre part le célèbre manifeste de J. Du Bellay, VArt poétique et les Préfaces de Ronsard, s'ils n'étaient pas oubliés, étaient cependant déjà loin, au moment où Estienne écrivait : en tout cas, il était opportun de reprendre et de corriger, sur plusieurs points, leur argumentation. Enfin, et c'est surtout à quoi songeait Estienne en s'attribuant l'initiative que nous avons dite, aucun de ses contemporains n'avait trouvé ou voulu saisir l'occasion d'opposer formellement, en comparant leurs mérites respectifs, la langue fran-

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