HISTOIRE DE LA LATIMTÉ
de Cicéron el de César *. Si la tournure revient très fréquemment chez Piaule, il est curieux de constater avec Rstienne qu*elle n'est pas inconnue non plus de la langue littéraire.
Si Ëstienne ne décompose pas le futur français f aimerai (amare habeo], il voit cependant un futur périphrastique dans la tournure latine lutbeo dicere^ très employée par Cicéron « quid hahes dicere ? » et il en rapproche la tournure française : qiiavez-vous à dire ? De même haheham iibi mandare plura (Ovide) peut se traduire exactement en français : fâtofs à vous commander autres choses ^.
C'est là l'idée originale d'Estienne, idée vraiment neuve pour son temps, de rechercher la source des gallicismes, non seulement dans la langue populaire des comiques latins, mais dans la langue littéraire et savante des grands écrivains de Rome. Aussi bien la difTérence entre la langue écrite et la langue parlée n'était pas chez les Latins aussi absolue qu'on Ta dit, et il est possible de retrouver, même dans Cicéron, sous le vernis savant, une langue populaire, usuelle et familière [quotidianus sermo).
Sans doute, la conformité entre le latin et le français n'est pas toujours aussi absolue qu'Estienne parait le croire. De ces analogies entre les deux langues il faut se garder de conclure trop vite aune filiation certaine. De plus, Ëstienne, tout en étudiant Thistoire de la latinité, est loin de distinguer nettement le langage parlé de la langue écrite. C'est à peine s'il soupçonne l'existence de ce latin vulgaire, qui, né avec Rome, s'accroît avec elle, s'impose aux vaincus , en se différenciant suivant les lieux , en s'adaptant à Torgane physique et à la pensée individuelle de chaque peuple *'. 11 remonte directement, par ses lectures, au latin archaïque
1. LaL susp., p. 218. « De Co^sare satis hoc lempore dictum habeo w. (Cic, 5* Phi- Uppique.) « Idse prope jam efTcctum habere ». (Ccsar, de bellogall. lib. 7.) « Expositis qu(p pacta jam cum Marcello haberent ». (Tile-Live, lib. xxv, 28.) « Ego habeo Iibi res wluUii*. (Plaute, Curculion. Cf. Hypomn., 177 et Conform., p. 101.)