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3. Cette vérité a été contestée par M. Max Bonnet : le latin de Grégoire de Tours <v. Tintroduction). Tandinque Diez, Grœber, Schuchardt et M. G.Pari», pourciterles noms les plus illustres, soutiennent que la naissance des langues romanes est le résultat d'une évolution du latin parlé qu'on nomme le latin populaire ou mieux vulgaire^ M. Bonnet y voit, au contraire, une « i*évolution »> ou plutôt une série de révolutions paKiellesqui auraient transformé la langue des vainqueurs en plusieurs autres langues. Mais sans retrouver avec Fuchs « les langues romanes déjà à peu pn^s faites chez Plante el ses contemporains », il semble incontestable que les éléments principaux de cette formation étaient en germe dans le latin populaire de Tancicnne Home. Si telle est la vérité^ on voudra bien constater qu'elle a été pressentie, disons plus, annoncée par Henri Ëstienne. La théorie de Fuchs, c*cst la sienne même (V. Fuchs, I>(e romaniMchen Sprache, 1840.) D'autre part il faut accoixler à M. Bonnet ce |>oint
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d'Ennius et dePlaute, et il y aperçoit une « conformîté » frappante avec le français. Mais Plante, à ne prendre que lui, n'est-il pas le représentant de la langue populaire de son temps? Autant du moins qu'un écrivain représentera jamais la langue parlée d une époque ; car il ajoutera toujours à Tusage vulgaire des habitudes littéraires, des souvenirs ou des imitations personnelles. La conclusion de Henri Ëstienne est assez frappante pour être citée textuellement : « Quant aux Français, plus que tout peuple, ils « doivent aimer la latinité de Plante, parce qu'elle présente avec la « langue française une plus grande affinité qu^avec toute autre. « au point que, le plus souvent, ce sont souvent les mêmes mots « et les mêmes locutions^ ».
II arrive parfois qu' Ëstienne se trompe sur les étyniologies latines, comme il s'égare sur le grec. Il rattache sérieusement hersoîr, de herser, à un composé latin heri sero (même étymologîe dans Roh. Est. 1549); jouvenceau h juvencus^ ; il dérive à tort hoste de hoslis *. Par contre, il aperçoit plus clairement certaines lois de la transformation des mots « quant à la forme et quant au sens »,: il tire directement cheval de cahallus^ « par le changement de a en e et par Faspîration initiale (c : h^^ deux faits que nous observons en d'autres mots * ». Seulement, « tandis que le latin postérieur prenait le mot en mauvaise paK (un mauvais cheval), le français a repris au vieux latin le sens général ». Il rapproche ailleurs menaces (au pluriel) de minacias (dans Plante) ',
essentiel : c'est que le latin parlé n'a pas seul a^i sur la formation romane, mais que celle-ci n*a pas cessé de subir Tinfluence du latin écrit ou bas-latin. — Cf. Kôrtingr, Encycl. des rom. Philologie^ I, p. 137: v. aussi dans le Jahresherichi de VoImôUer (!*' fascicule) une série d'articles intéressants sur les sources du latin vulgaire, et enfin les pages remarquables de M. Brunot dans V Histoire de la langue et de la litt. franc, (t. 1", p. xix et suiv.) M. Bonnet a aussi montré qu'il n'y avait pas entre la langue parlée et la langue écrite de Rome une opposition aussi tranchée que l'école de Diez le prétend, et cela vient encoi*e à l'appui des observations de Henri Esticnne.
1. Lat. susp., p. 367. Dans sa disseKation sur Plante, Ëstienne fait la critique du texte, et passe en revue les principaux caractères de cette latinité ; ses remarques sont vraiment utiles pour l'histoire du latin populaire. H est dommage pour nous qu'Esticnne n'ait pas songé à faire ici [comme il l'avait fait dans le précédent traité) le rapprochement avec le français. Mais ces pages de la dissertation seraient à reprendre : on y retrouverait, d'après Plante, les traits essentiels du latin populaire : mobilité plus grande du lexique dans les procédés de formation et dans le développement des sens; simplification des genres et des cas.