HISTOIRE DE LA LATINITÉ
Reprenons Thistoire de la latinité avec les écrivains chrétiens des III* et IV® siècles* : exorbitans^ d'où le français exorbitante^ se lit dans Lactance; culpabilisa d*où coulpable^, est d'une latinité récente, mais non barbare. Henri Estienne avait étudié à fond la langue de la vulgate : ses éditions de la Bible et particulièrement sa dissertation sur le style du Nouveau Testament grec en sont la preuve. Les critiques qu'il a faites à la « vieille traduction latine » portent moins d'ailleurs sur l'origine des mots que sur la justesse et la force de l'expression, et surtout sur l'exactitude du sens^. Dans le traité de la Latinité suspecte^ il se plaît à constater que plusieurs mots employés par le traducteur se retrouvent, malgré leur apparence moderne, jusque chez Cicéron :
Corrigia {courroie^ que Rob. Est. traduit aussi par escourgée^) ; saccus {sac), Fornicari est au moins tiré d*un mot latin (classique), fornixy pris déjà dans le sens de » mauvais lieu » par Horace. Le verbe, il est vrai, se rencontre dans Pline, mais avec une tout autre signification [palmam fornicari : « voulter, courber une palme » Rob. Est. 1552*). Caméra qui a le sens de voulle dans Cicéron, du grec xa{i.xpa, est devenu le français chambre y pour cambre, avec une extension du sens ^.
A propos du mot corripere dont se sert la Bible latine au sens de châtier, taxer pour traduire les mots grecs IXéY/^ctv (nouveau d'ailleurs dans ce sens) et icat$éuc(v, Estienne rappelle une locution française équivalente : donner la discipline^ « venue des moines et du latin ecclésiastique^ ». Mais observons que c'est ici le mot suspect : corripere^
i. L^t, êuêp.y p. 342 et suiv.
}. XV* dans God. (suppl.).
3. CalpabiUs, dans Terlullien (Gœizer). — Notons que coulpable et coalpe appartenaient dans Tancienne langue plus spécialement au langage thëologiquc (xii* dans Lit..; Kôrting dit même que coulpe est partout (dans les langues romanes) un mot 8«Tant et ecclésiastique. Cest par une extension du sens que le mot a signifié toute espèce de faute, en reprenant le sens général du latin culpà, Rob. Est. ajoute ici le dérivé eoulper : cnlpare.
4. Dans cette dissertation nous retrouvons encore exprimée cette idée, c'est que le latin est une langue trop pauvre pour rendre la variété ou la finesse du grec. £t en retouchant la traduction, il essaye de faire comprendre la beauté de Toriginal « autant qu'on peut juger du lion par ses griffes ».
5. CorrigÎM a donné coreie^ coureie ou courreie. « Escourgie peut être aussi venu de corrigia par Titalien scorregiaUy coup de fouet; mais aussi bien de excorÎMla » (Kdriing). Le Dict. gén.y voit avec raison un composé de exeorgée {coriata, lanière de cuir).
6. Fornicari dans Saint-Jér<*)me (Gœlzcr). Forniquer, que ne cite pas ici II. Estienne, manque au dict. franc.-lat. de 1519, mais il est dans celui de 1564. (J. Thierry.)