Lat. susp.f
HISTOIRE DE tA LâTIMTÉ 253
« Se desenfler (qui signifie deiumere^ delurgere) a été pris lui-même du latin, comme si nous disions : se deinflare ; desjeuner (l'opposé du simple jeûner^ iejunare) d'un mot sans doute forgé dejejunare. Car desjeuner, c'est cesser d'être à jeun. » (Or ce mot forgé, fictitium^ c'est le latin vulgaire disjejunare), — De même encore : descharmèr répond à decarminare^ comme le simple charmer équivaut à carminare, comme charme pour carme vient de carmen : » il faut remonter jusqu'au substantif pour comprendre la signification du verbe, jusqu'à ce sens particulier de carmen qui signifie încantatio. Charmer, c'est donc enchanter ùncaniare)\ descharmer, désenchanter (excantare *). »
Toutefois Estienne ne se demande pas (ici du moins ^) si le français n'a pas été capable de former à son tour de nouveaux composés, à Taide des préfixes que le latin lui fournissait, et s'il est toujours nécessaire de supposer à tout mot français un primitif latin qui lui corresponde exactement : la langue n'aurait-elle pas pu tirer directement charmer de charme, et si nous reconnaissons par les textes Fexistence du roman (Estienne dirait du a barbare ») carmin nare 3, la langue a-t-elle eu besoin de l'intermédiaire discarminare pour arriver au composé descharmert
«I Dans le recueil de lois on trouve d'ailleurs des formes comme batuere* \ battre"), carruca (charrue '), qui sont du pur latin. I^ langue classique dit : involare in alicujus bona ; mais le recueil de lois abandonne la construction et supprime la préposition, d'où le français voler les biens daucun. Au lieu du composé, nous usons du simple voler, d'où voleur qui signifie brigand, Involare dans ce sens vient, ajoute Estienne, de vola (la paume de la main •). — Plagarea été tiré d'un mot latin {plagay. » Notons
1. LaI. êuip., 188, 189. I^ob. Est., 1549, traduit seulement charme par încantatio; Incantation (xiii* s. dans God.) manque au fr.-lalin, mais il est indiqué dans le latinfrançais (1552).
2. Nous verrons qu'au contraire dans sa Précellence^ il insiste sur les ressources que la dérivation française a tirées des particules, en créant des mots qui manquaient au latin comme pérattendre^ paroccir^ outrepreax^ etc. V. Précell.y 197-98.