‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 253 sur 533 · LES LATINISMES · texte numérisé non relu

LES LATINISMES

pliquail Texpression « faire de bons offices an roy^ à un grand » et que la langue moderne a conservé : « il vous a offert ses bons offices ; son zélé officieux ». Estienne reconnaît lui-même qu'il ne s*agit pas ici des « oflices n de Cicéron * .

D'autres mots nous montreront encore Faction simultanée de Timitation latine et de l'influence italienne.

En signalant Futilité des traductions ^, Estienne Dole} blâmait d'ailleurs, lui aussi, « les latineurs » : « il te faut garder d'usurper mots trop approchants du latin, et peu usités par le passé ; le meilleur est de suivre le commun usage ^. » En fait, il n'a pas donné Texemple. Parmi les latinismes qui émaillent sa traduction des Epilres, il n'en est guère qui ne se rencontrent dans quelque texte antérieur; du moins n'étaient-ils pas fort communs, puisque Henri Estienne, en les lisant chez Dolet, les croyait nouveaux. Voici quelques exemples tirés du l'^'' livre, et qui justifient la critique des Dialogues, C'est tantôt le mot tout entier, tantôt seulement la signification qui a été reprise au latin classique :

« Mes aaxilialeurs et bienfaicieurs.., » {{^ 26 \^), Notons la juxtaposition de deux termes exprimant la même idée : c'est bien, si Ton veut, une redondance oratoire, mais c'est aussi, et souvent, Tunion d'un mot « savant » et d'un mot sinon toujours « populaire », du moins plus commun, Tun servant à expliquer l'autre. On a justement fait voir que Bernard Palissy avait recours à ce procédé; on en retrouverait beaucoup d*exemples chez les autres écrivains du xvi^ siècle *, C'est ainsi que Dolet écrit encore : « Yexspectalion et espoir que tu as concile de ta vertu » (f» 29 r*) ; — « Selon ma postulation et requesie » (f* 18 r**) ; — « Vamytié et conjunction qui est entre nous conciliée » (f^ 49 v®) ; — « à cause des concions et assemblées tumultueuses » (f^ 40 r^) ; — « ont tollu et este de la République tout honneste exemple... » (f® 21 r®].

Voici maintenant toute une phrase de Dolet : « je vouldrois bien que tu me feisses participant de toutes tes nouvelles, et que tu me feisses certain familiairement et souvent des estudes et exercitations de ton petit Lentulus » (f^ 27 r^). Cette phrase est-elle assez latine? et que dire de

I. Des devoirs dont Cicéron a traité dans son De Ofpcii». Dial.y I, 121.

}. V. « La manière de bien traduire d'une langue en auUre. • Les remarques d'Est. Dolet, avec d'autres sur la puncinalion et sur Ut accenU de la lanfçue française furent publiées à la suite du « traité touchant le commun uml^c de l'cHcriture françoise » de Meigret, en 1545. Cf. Ta via « au lecteur » qui précède la traduction des Epistres de Cicéron. Dolet y exprime les mêmes idées sur Tart de traduire.

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