L. Clémbxt. — Henri Estienne
258 tl. ESTIENNE GRAMMÂIRIBN FRANÇAIS
cette autre : « j'ay ameiné mon exercite en la plus hostile partie de Cilicie »? (f^ 38 r®.) Voyez encore dans ce même premier livre : « mon salut n'a esté aflligé » (f^ 10 v"), mots français, mais phrase latine ! — <k par la congrégation de toute Tltalie » (22 r°j ; « la cause exagitée par les consulaires » (5 r°) ; « revocquer Lentulus de sa province » (8 v*) ; « studieux de mon honneur » (41 v^), etc.
Dans les Dialogues du nouveau langage^ Ceitophile est accusé par Philausone d'écorcher tout en un coup grec et latin ; ces paroles « estranges » lui sont échappées : « Vous estiez demeuré sur les panses excogitées par Tanchinœe, sagacité et solerce de messieurs les tailleurs ^ » Les mots écorchés du latin sont ici ceux que nous soulignons. Les deux premiers étaient cependant assez courants dans la langue écrite du xvi^ siècle; mai^ ils avaient un c( air savant » qui les faisait tenir justement pour des « latinismes ^ ». Ceitophile parle d'ailleurs ironiquement : « Vous estes, dit-il à Philausone, un merveilleux excogitaleur de reformations 3, »
Littré s*est donc trompé en disant que sagacité parait s'être introduit dans la langue au xvu^ siècle. Il ajoute que Bouhours, en 1676, le déclare peu usité : soit ! mais c'est un de ces nombreux latinismes que le xvi* siècle nous a légués, et dont nous avons rejeté quelques-uns (comme excogiter).
Il semble que rétrograder soit aussi, de Tavis d'Estienne, un mot assez nouveau, puisqu'il en donne l'explication : « retourner en arrière ^ ». Il est à noter que le mot n'est pas dans le français-latin ; le latin-français traduit rctrogradi par rétrograder. Littré donne un exemple du xv^ siècle *''. Mais tel mot « savant » peut se rencontrer dans un écrivain, pour disparaître ensuite, et renaître de nouveau chez un écrivain postérieur qui croira, de bonne foi, l'avoir inventé. Il est vraisemblable que la « formation savante » s'est plus d'une fois répétée. Pour qu'un mot ainsi formé s'impose à la langue, il faut une série d'efforts, de reprises successives, à moins qu'il n'apparaisse dans une œuvre dont l'action soit assez forte et assez durable pour le consacrer du premier coup.