LES TERMES DE MÉDECINE
(looi) et surtout son dictionnaire des noms de plantes, où le grec est traduit en latin et le latin en français ^ (1536).
Renouard nous a donné les annales des Estienne ; si Ton songe à celles qui nous manquent pour dresser la liste des travaux essentiels qui ont marqué la renaissance scientifique du xvi® siècle^, on comprendra combien il est téméraire d'accorder une influence exclusive sur le langage technique à une seule œuvre, à un seul écrivain, qu^il s'agisse de Rabelais ou d*Ambroise Paré. L'honneur qui leur revient, c'est beaucoup moins d'avoir créé des mots nouveaux que d'avoir accueilli des mots déjà formés ; leur génie a donné une vie durable à ce qui existait déjà comme à ce qui naissait autour d*eux. Or, c'est le latin « savant », latin beaucoup plus scolas tique que littéraire — mais ici la pureté du latin nous importe peu — c'est ce latin, si vivant et si puissant pendant la première Renaissance, du xni* au xvi'^ siècle, qui a été le creuset où les mots apportés du grec ont été fondus avant de prendre la forme française. Jamais les hellénistes n'auraient pu réussir à transmuer du premier jet leur grec en un français intelligible. Il ne faut pas que l'érudition de Henri Estienne ou celle de Rabelais nous fasse illusion : le grœcum est^ non legitur^ était encore l'adage de trop de g'ensqui, par contre, entendaient passablement le latin.
Si nous remontons au delà du xvi® siècle, nous rencontrons une partie de ces termes de médecine chez Nicolas Oresme, chez Lanfranc ^, et jusque chez Alebrand ^ ; quelques-uns apparaissent dès les premiers temps du moyen âge, témoins de l'action ancienne et continue que la formation savante a exercée par le latin sur le développement du lexique français.
Parmi les mots de la table qui n'ont pas trouvé place dans les lieux communs, nous avons relevé comme étant de formation récente :
Antidater (xvi* s.), composé hybride suivant Estienne. Nous croyons ici, non pas, comme Tadroettent quelques-uns *, à un affaiblissement de
1. M CarolufiStephanusde latiniset gnccisnominibus arborum, fruticunif herbarum« pîsctum etavium liber... cum gallica corumnominum appeUatione. {Rob. Est, 1536.)
3. J^avais écrit ces lignes avant de savoir que M. F. Brunot aUait heureusement combler pour une bonne partie cette lacune importante.
3. V. Àpol,^ II, 146. Estienne cite lui-même Tadage, et il ajoute cette variante : lr»iue»tf grxcum est.
i. m La Synirgie de maistre Lanfranc de Millan, de Tan 1377, » ms. 1323, fonds français, Bibl. nationale (cité par Littré).
5. Médecin du xni« siècle ; manuscrit français n* 7929, â la Bibl. Nationale (cité par LiUré).