‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 335 sur 533 · ApoL, I · texte numérisé non relu

ApoL, I

LA LOI DE L*IiNFLUEXCE 327

remmeDt avec la dérivation directe, ne s'est peut-être jamais plus sensiblement manifestée qu'en France, au xvi* siècle, alors que notre langue, comme notre littérature, semblait invinciblement attirée vers Tltalie. Cette loi n'a pas échappé au regard de Henri Estienne.

Dans sa thèse de la Précellence^ il la reconnaît implicitement quand il se plaint que des mots de l'ancien français, comme soûlas^ brigade^ énamouré, soient devenus tellement italiens : sollazzo, brigata^ inamorato ', qu*en les reprenant à notre tour nous aurions l'air d'italianiser '^. De formation romane, ces mots existaient en même temps autrefois dans les deux langues. Mais le français les ayant perdus ou négligés, l'italien les lui a repassés ; ou plutôt ils ont ressuscité dans notre langue, si tant est qu'ils fussent absolument morts ; ils se sont du moins réveillés à l'appel de leurs voisins.

En fait soûlas est dans Rob. Estienne (1549) avec le sens de soulage^ meni\ « esbattemcnt, passe-temps », comme le dit H. Estienne ; « joye, soûlas et lyesse » (Rabelais, dans Lit.) Le dérivé sonlasser qu'indique H. Estienne est dans Ronsard : « se soulasser d*amour » (IV, 272). Les Italiens disaient aussi sollazzar. Si le mot de Philausone aller à solaz ^ était écorché de Titalien, il est certain que solas ou soûlas a repris fortune dans la langue poétique, sans doute sous Tinfluence du mot italien. Il est encore employé par Corneille (/a Veuve, 1, 461, variante) et par La Fontaine [Joconde).

Brigade signifiait en vieux français troupe, compagnie de soldats ; ce mot était venu de Titalien brigata dès le xiv® siècle (texte dans Du Gange) ainsi que le dérivé brigand qui signifîa d'abord soldat, avant de passer au sens de voleur [briganle). Brigade, qu'Estienne a rencontré dans le roman de Perceforest, revint en faveur au xvi« siècle, avec Titalianisme. Par extension, il signifia toute espèce de compagnie, de réunion : « une grande brigade de pedans ' », « la grande brigade des courtisans ' »; « amoureuses brigades de satyres et de sylvains » ; Ronsard, II, 160;. Les poètes de la Pléiade se nommèrent pendant quelque temps « la Brigade ». Le mot est employé au sens militaire par dWubigné (dans Lit.). I/italien brigata a ces deux sens, et particulièrement celui de société d*amis, de commerce entre gens qui se plaisent (v. Boccace dans la Crusca).

1. Sur Torthof^raphc, v. Acharisio, VocubolHrio^ 1550. La Crusca l'ëcril avec deux n,

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