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Esiienne cite encore s^embatir^ employé dans Perceforest avec le sens de se précipiter sur, et il y retrouve le s'imbatirsi des Italiens : « me son imbatuto in un ial luogo ». Or « je me suis imbatu en un lieu », c'est une phrase de Philausone, c'est un italianisme V
En regrettant que les Français aient laissé aux Italiens un droit de prescription pour ces mots et pour d'autres, Estienne estime néanmoins qu'il est licite de les employer en poésie. Enamouré^ s'énamourer lui semblent bons, même en prose. « L'un des enfans de Neleus s'énamoura de Pieria » (Amyot ') « cœur énamouré » (Marot dans Lit.)
Dans ses Dialogues^ H. Estienne constate plus explicitement cette résurrection de mots : « nos ancestres disoyent martel pour marteau, et toutesfois quand ces messieurs les courtisans disent martel in teste ^ ils ne prennent pas ce martel du vieil langage, mais le syncopent de Titalien martello ^, »
Le mot se prend en italien, au sens métaphorique de tormento (Crusca. Alberti), particulièrement au sens de souci : a tanto è il martello che ho de' casi vostri » (G. délia Casa, Leltere, dans Alb.); de jalousie, de tourment d'amour (Crusca). Martel est aussi employé par Mellin de Sainct- Gelays et Desportes (Littré); au sens de dépit, par Du Bellay : « et par martel de l'un l'autre favoriser ' » ; « portant dessus le front le feinct martel » {Courtisane repentie^). C'est ici le sens de passion amoureuse et jalouse.
A vrai dire, imbatu, martel, malgré leurs représentants en ancien français, sont des mots venus de Titalien ; soûlas, brigade, énamouré sont des mots français, influencés au xvi® siècle, et encore dans une certaine acception et avec des degrés inégaux, par la langue italienne. Les traces de Tinfluence, comme nous le verrons encore pour dWtres mots, sont tantôt fortement imprimées, tantôt légères et fugitives. Estienne observe aussi que parmi les courtisans les uns mettent un mot italien à la place du mot français, bastance pour suffisance, et leggiadrcment pour gentillement, etc., mais que les autres « contraignent quelques mots français de signifier ce que leurs semblables signifient en langage italien », et il cite « amasser un homme pour le tuer, et piller pour prendre ^ ».