Ibid
J. /6ûf., I, 179 et 181.
le sens de malheureux, d'infortuné, se retrouve aussi en français, soit pris directement de Titalien, soit tiré plutôt, par extension, du sens qu'Estienne signale (qui a perdu la faveur] : « l'homme est le seul animal disgracié de la nature» (Charron, dans Lit.), Le mot a été souvent pris au sens de disgracieux^ formé sous Tinflucnce de Tital. disgrazioso (xvi* s. dans le Dic(. g en,)
Nous aurons encore roccasion de constater pareille réaction (v. plus bas /)âra</e). L'influence italienne agit d'autant plus facilement qu'elle trouve un terrain déjà préparé et que par lui-même le mot français tendait au sens nouveau qu'il reçoit du dehors. C'est ainsi qu'Estienne dénonce comme un néologisme : avis^ pris au sens d'avertissement : « il est venu au rov un avis d'un tel lieu touchant telle chose *. » Ce sens est nouveau à la cour « depuis huict ans ».
Estienne le fait venir de Titalien aviso^ tel qu'il est employé non dans Boccace, mais à Venise par les novellanti : è venuio un aviso di Roma, un avertissement (c'est-à-dire dans notre français moderne, une nouvelle, une in formation) ; c'est ce que dit expressément Venuti* « aviso per la nuova, nuntius », « aviso per l'ammonitione ». Par cela même advis a pris par extension le sens de conseil donné à quelcun : « sauf meilleur advis, au lieu de dire sauf correction » est aussi un néologisme ^. Mais le sens propre du français : cela m'est à vis, cela me semble, devait naturellement faire passer le mot du sens d'opinion personnelle à celui d'opinion dont on fait part à une autre personne. Le sens d'avertissement manque dans Flob, Est., est enregistré par Nicot (1606). Du' Bellay emploie le bon advis au sens propre : « mon cœur me donnoit signifiance (de ne pas aller en Italie) ; cent fois le bon advis lors m'en voulut distraire. » Estienne traduit en marge «< mens bona » et il explique plus loin : « il m'est advis que je suis esveillé » par « il me semble à voir ^. »
Estienne sait aussi qu'il pourrait ôter aux Italiens l'honneur de ce moi sonetto'\ » L'ancien français avait, en effet, sonet, au .sens de chanson ^. Le mot existait aussi dans le provençal, auquel les Italiens l'empruntèrent. Il n'en est pas moins certain que sous sa forme moderne et avec le sens particulier qu'il a encore