Dial., I. 127. Cf. I
LA LOI DE l'lnFLUEXCE 329
L'italien ammfizzare^ frapper avec une masse, n'a rien de commun avec le moi français : réunir en masse. Cet italianisme était déjà ancien ; on le trouve au xv* siècle (v. les textes cités par Rist.) Piller {patience * ; la hardiesse ') représente Titalien pigliare^ qui signifie simplement />re/Kfre : M pigHare ammirazione, vale maravigliarsi » (Casa, Leitere dans Alberti) ; piller patience, c'est donc simplement patienter, dérivé qui apparaît au xvi«siècle[v. Brantôme dans Lt7.J mais qui manque à Titalien. Cet italianisme est déjà dans les Cent nouv, nouvelles (v. les autres textes cités par JRist.) Il est dans Ronsard : « piller les cueurs » (I, 116). Oudin le cite encore dans ses Curiosités françoises. Tout autre est le mot français piller, mettre au pillage, auquel se rattache, par extension, le terme de chasse : faire piller un chien (cf. La Fontaine, Disc, à M. de la Sablière, vers 89).
Même ce mot de chere^ employé par l'ancien français au sens de visage, reparaissait dans le langage des courtisans, sous Tinfluence de Titalien cera : une belle chère d'homme, pour une belle face ^.
Aux beaux italianismes Estienne oppose « les italianismes cachés », comme « tenir quelcunen cervelle^ », c'est-à-dire sur ses gardesy en éveil.
Cette locution a été employée par Ronsard (v. lexique de Marty-Lav.) et par Brantôme (v. lexique de Lalanne) ; elle est encore dans Rcgnard : " lededit m'embarrasse et me tient en cervelle » {Distrait. III, 1 1 , dans Lit,) Estienne la rapporte justement à l'expression italienne : stare in cervello V. Alberti) : se tenir sur ses gardes ; cf. « stare ail' erta » d'où est venu estre à Verte (Rabelais, Pant., IV, 18) et se tenir à Verte (La F'ontaine, VIII, -Ji).
Voilà donc des mots français qui servent à traduire une locution purement italienne. Inversement, Estienne constate Tinfluence d'un mot français sur un autre de même famille, pris de l'italien ; nous saisissons ici la réaction de la langue sur les néologismes : c'est une loi curieuse et importante dans l'histoire de cette formation :
Disgracié ', dit-il^ est emprunté à l'italien. Mais il remarque que disgraziato signifie malheureux, malencontreux, et que, sous l'influence du français grâce (signifiant faveur), disgracié a pris le sens de « il est hors de grâce, ou il n'est plus en grâce ». De même disgrazia signifie en italien : malencontre, malheur; disgrâce veut dire maie grâce. Toutefois