‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 346 sur 533 · LES TERMES DE GUERRE ET DE MARINE · texte numérisé non relu

LES TERMES DE GUERRE ET DE MARINE

été influencé par Titalien e/me^/o ^ Pour terminer la revue de ce groupe, arrêtons-nous encore sur quelques exemples particulièrement intéressants soit par le développement de la signification première, soit par les réactions réciproques des deux langues.

Estienne observe qu'enseigne avait autrefois trois signiHcations : P celle du latin signum (ou vexillum) ; 2^ celle de signifier ou porlenseigne ; 3^ la compagnie de soldats marchant sous une enseigne ^. Or, dans le sens d'esiendari (l*' sens), le mot était déjà, de son temps, remplacé par drapeaUy u au moins quant aux gens de pied » ; il pense qu'on a pris Thabitude de ce changement pour éviter l'ambiguïté du mot, puisqu'en^ei'^/ne avait tl'autrc part supplanté porlenseigne (2® sens) ^, et il regrette ce com- |)osé. Peut-être cette raison a-t-elle pu contribuera la fortune de « ce malotru mot drapeau » auquel Ësticnne en veut d'autant plus qu'en l'employant ici on suit les Italiens * qui « ont mis en usage drappello pour telle chose desja auparavant». Or, drappello a donné lieu en italien à la double métonymie produite par enseigne; il signifie à la fois Tétendard, et la troupe rangée sous Tétendard : c< drappello, certa moltitudine d'huomini, sotlo un drappello, cioè insegna, o bandicra, ed è proprio d' cavalieri ' ». (La Crusca). 11 y a donc cette difTérencc entre drappello et drapeau que le mot français a seulement le sens d'étendard, et qu'il s'appliquait au XVI" siècle tout particulièrement à V « infanterie ». Mais l'influence de ritalien sur le sens français ne nous semble pas douteuse.

Enfin, comme s'il pressentait la suite de cette histoire, Kstienne propose ironiquement d'appeler le portenseigne portedrapeau . « Il est vrai que cela ne se dit pas à la cour; mais l'analogie est la meilleure du monde • ».

Autres mots exprimant le signe du ralliement : Ësticnne pense queibanniere ' est plus ancien qu eslendarl et guidon^ et qu'il est venu de l'allemand. Le mot se rencontre dès le xn® siècle (v. Lit,), C'est un dérivé du

1. Sur CCS mots, v. les renseignements historiques donnes dans Tëdit. Ristelhuber, PUI, I, 348 et siiiv.

a. DUL, I, 367.

3. Ibidy I, 366. Hob. KH. n'indique en 15(9 que por/'enseigne au sens de signifer.

4. Dial.^ I, 36 (, 368. Les dict. de Roh. Est. ne signalent pA«« encore le nouveau sens de drsipenu (pour enseigne ; il ne sera que dans Nicot 1606'.

5. M. Ristelhuber s'est donc mépris, A notre avis, dans sa note de la p. 36 î ,t. l\ en ne voyant dans drappello que le seul et unique sens de troupe, de compagnie. Kn fait, il y a. dès le xvi* siècle, coexistence des deux sens. L'exemple de Brantôme, le seul que cite Lit., et que reproduit M. Rist., se rapporte en clTct au sens de compagnie : • Brissac lui bailla son guidon de cent hommes d'armes et tel drappeau ne se donnoit le temps passé à jeunes gens » t. V, 12i.. Je dirai mdMne plus que M. Rist. : Brantôme italianise doublement, en prenant drappeau dans le sens de compagnie, et en l'appliquant à un guidon de gens d'armes, c'est-à-dire  de la cavalerie.

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