‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 368 sur 533 · L. Ci-KMi:>T. — Henri Kx lien ne · texte numérisé non relu

L. Ci-KMi:>T. — Henri Kx lien ne

35i 11. tISTlENNK GRAMMAUUI::N FRANÇAIS

a furia » (Bern. Davanzati. dans Alberti). « Correre furiosameiile, avec précipitation. » (Boccace, dans Alunno). — u Ohl le furieux avantage que Topportunité » (Montaigne, dansLif.). « Et aujourd'hui court furieusement ]ixsques à dire : il est sage, il est doux furieusement » (d'Aubigné, Fœn. [Ibid,). — C'est ainsi que cet adverbe a passé au xvn* siècle dans le langage précieux : « vous donnez furieusement dans le marquis » (Mol., Avare, I, 5), « un ruban furieusement bien choisi » [Ibid., Précieuses, se. 10).

On peut en dire autant de furilyond et furibonder, latinismes du xv** siècle, mais attirés au xvi^ par leurs voisins furibondo et faribondare * .

Estienne reproche déjà aux courtisans d'user de divinement à tous propos : « il parle, il escrit divinement bien^. » Même emphase dans ritalien : « parla spagnuole divinamente. » (Lasca, dans Alberti.) M"^ de Sévigné dira : « tout est meublé divinement » (Lit.). De là aussi Temploi d'adverbes qui paraissent assez récents dans la langue, comme infiniment et extrêmement^. M. Ristelhuber Ta fort justement observé : « Ce sont les précieux et les femmes qui ont fait le succès de ces exagérations adverbiales '»» ; mais le grand véhicule, ici encore, en a été le langage italien.

Si ces groupements naturels d'idées se démêlent facilement dans la satire des Dialof/ues^ d'autres mots abstraits se présentent par eux-mêmes d'une manière plus isolée, par exemple encore ces trois néologismes qui déplaisaient tout particulièrement à Henri Estienne :

Se reseutir^ : Estienne déclare que ce mot « tant pourmené » est emprunté de l'italien. 11 n'en donne pas le sens, mais nous voyons que lo mol, nu xvr siècle, signifie à peu près exclusivement ; garder le sentiment de l'injure reçue, désirer vengeance (exemple d'Amyot dans /.i/.). Même sens du dérivé ressentiment : « risentirsi, e far risentimento délie ingiurie, diciamo per non sopportarle, e farne dimostrazione o vendetta »> (Crusca^ Toutefois se ressentir, au sens plus général de garder le sentimtMU, l'impression d'une chose quelconque, est déjà dans Montaigne, qui emploie de même ressentiment au sens de sentiment (v. Littré). Comme ce sens manque à l'italien, il faut donc admettre ici un développement purement français, produit par l'analogie des mots en rb.

Hèussir'^: « au lieu de dire : avoir bonne issue », ital. riuscire. Pasquier

i . y. !os excinplos nombreux de La Crusca. 2. />»«/.. Il, 129 et i:U.

a. Dans Uob. Ksi., 13*9: pas dYvxenipIcs antcrieiii*s de ces deux adverbes dans Ut., ni dans !e Dicî. (fèn, 1. /)i,W., Il, 129, noie.

r>. \NiV\ Conform., 21.

4>. UUL, I, 1:2.

LES TKHMKS ABSTRAITS 35.J

constate que le mol est emprunté de Titalien, comme accorl (v. plus haut), a mais le temps les a naturalizés. » [LellreSj II, 1*2). V. des exemples de l^nouc, Carloîx, d'Aubigné dans Lit,

Hisifue : t« je le pren à ma risque ; en bon françois il faudroit dire, je le pren à ma charge, ou : je pren le hazard sur moy. Et en parlant comme on parloit il n*y a pas longtemps, et encore quelques uns parlent pour le jourd'huy, il faudroit dire : je le pren à mes périls et fortunes *. »» Ital. rischioj en poésie risco. Risquer semble tiré directement de risque : « tenter la risque » (Brantôme); « qui ne se risque, jamais ne sera riche » cité par Le Roux de Lincy. {Prov,, II, 400.)

Parmi les locutions plus particulièrement « courtisanesques », il y en avait sans doute, comme nous Tavons dit, un certain nombre d'étrangères k Tinfluence italienne : Jouer une discrétion, donner une faveur, c'est-à-dire une bague ou un ruban*; des pendans d'oreilles^ en parlant de ceux « qui, à toutes heures; soufflent aux oreilles des grands '^ » métaphores spirituelles ou gracieuses, et toutes spontanées. On peut en dire autant « des dames qui ne sont pas si consideratives^^ » ou des hommes qui s'accommodent'^. Rien ne prouve que ces mots, s'ils se retrouvent dans riialien du xvi^ siècle, soient des italianismes. En user choquait fort Estienne ; c'était là cependant une locution déjà ancienne^.

Les traces légères, mais plus probables de l'italianisme, apparaîtraient plutôt dans ces expressions : « en sa contemplation , au lieu de dire pour Tamour de luy^ », démonstration d^amitié^^ estre à la dévotion d'un seigneur^; « il estoit porté par les plus grands, au lieu de dire supporté ^^ », c'est-à-dire favorisé; même emploi de porter dans Amyot {Lit.) ; captiver la bénévolence, pour la capter^^.

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