Précell
s'adresse aux proverbes pour leur demander des mots dialectaux ou des mots oubliés Ml estime que les proverbes « ont plus d'autorité en leur ancien langage » ; car beaucoup ont été corrompus soit dans la bouche du peuple, soit « en quelques impressions qui sont des plus récentes^ ». C'est ainsi qu'il réclame mehain au lieu de mal : « Qui veut la guarison du mire^ il luy convient son mehain dire » ; moult remaint ^ au lieu de : souvent en demeure : « Moult remaint de ce que fol pense^, » C'est en effet la couleur archaïque qui fait la grâce du proverbe; une fois traduit, il n'est plus qu'une vérité quelconque de morale.
Le rajeunissement qu'on a fait subir à quelques-uns les a même rendus inintelligibles :
« Débonnaire mire fait playe puante » est devenu « de bonne myrrhe piaye puante, > et : « i7 ne faut pas faire à Dieu gerbe de paille^ »
s*est transformé en : a barbe de paille*. » Dans ses Prémices^
Estienne revient sur cette faute, qui s'explique par la prononciation du « menu peuple », disant à tort garbe pour gerbe ^, Ce garbe qui n'avait aucun sens, est devenu barbe^ qui n'en a pas davantage dans le proverbe dont voici l'explication : « on bailloit à l'église (c'est-à-dire aux gens d'église) des gerbes pour les dismes. » Une gerbe de paille, c'était une mauvaise gerbe*.
Traductions ou imitations littéraires. — La littérature proverbiale de l'antiquité, Estienne la connaissait à fond. Lui-même composa des recueils de sentences tirées des auteurs grecs et latins '^. Il collabora à l'édition des Adages d'Érasme, donnée par son père en 1558, en y ajoutant des remarques critiques et quelques rapprochements avec la langue française^.
t. V. PréeelLf p. 359 et sq., 361 et sq. 3. ibid., 363.