‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 418 sur 533 · Ibid., 227 (x · texte numérisé non relu

Ibid., 227 (x

6. V. Le Roux de Lincy, ouv. cité. Notons cependant que rindifférence, sinon le dédain de Ronsard à Tégard des proverbes, ne détourna pas Jean An t. de Baîf d'écrire ses « Mimes^ enseignemens et proverbes » (1575).

théories, l'emploi des proverbes : ils n'en parlent pas. Mais leur silence est assez significatif. En fait, on rencontre dans leurs œuvres fort peu de ces proverbes « ruraux » ou « communs » qui plaisaient tant à Estienne. Ils n évitent pas la sentence, mais ils lui donnent une forme plus noble et plus classique. Prenons Du Bellay : Estienne n'a pas manqué d'y souligner un certain nombre de proverbes; la plupart sont d'origine grecque ou latine :

Le trop parler de Dieu porte souvent dommage, Et longues sont les mains des Princes et des Rois,

Note marginale : « An nescis longas regibus esse manus K » i< Deux mulets qui se grattent le dos. » Note marginale : « Semei. prov. lat. : mutuo muli scabunt -^ » etc.

Il y a cependant un proverbe <c commun » et qui sent le terroir, dans le poète des Regrets :

Il n'est rien jce dit-on en proverbe vulgaire)

Si sale qu'un vieux bouq, ne si prompt à mal faire

Comme est un jeune loup... »

Ce proverbe semble avoir intrigué Estienne ; car il a écrit en marge : « Semei. hoc proverb. et Zetei^ ».

Si Henri Estienne dans la Précellence a comparé les proverbes français (t vulgaires ou communs » à leurs équivalents grecs et latins, on peut s'étonner qu'il n'ait pas fait de même à l'égard des proverbes italiens. Il se borne à déclarer, sur ce point, que les autres nations modernes et particulièrement l'Italie et l'Espagne sont abondamment pourvues, mais que cependant la France n'a rien à leur envier. Il sait du reste que les Italiens nous en ont pris quelques-uns^. Il a cité ailleurs quelques proverbes italiens :

1. Vol. de Lyotiy p. 385 (Regrets, cxli) ; cf. Ovide, Héroïdes, XVII, 166. Estienne cite lui-même ce proverbe sous sa forme latine dans ses Dialogues (II, 49), et il dit qu'il est pris d* Hérodote.

2. Vol. de Lyon, p. ^90 [Regrets, clii). Cf. Érasme, Adages, p. 258. Ce proverbe a été cité par Varron.

3. Vol, de Lyon, p. 355, et 3* feuillet préliminaire «Zètei quœ sint proverbii verba». {Regrets, lxxiii). Nous n'avons pas été plus heureux que H. Estienne. Ce proverbe manque dans les recueils que nous avons consultés.

4. Préeell., 364 et 362. Dans le recueil qui parut à Paris en 1547, chez Amoul l'Angeiier (autres éditions, Anvers, 1555 et Lyon, 1557) : « Bonne response A tous propos, tr^duiet de Vitalien en français », on lit bien certains proverbes purement italiens, et qui concernent différents pays de F Italie ; mais on y retrouve aussi un grand nombre de nos proverbes communs que les Italiens nous avaient empruntés. V. aussi le trésor de G. Meurier. Le plus riche recueil de proverbes italiens, au XVI* siècle, est le Giardino di Ricreatione, de G. Florio, publié A Londi*es en 1591. — V. les autres recueils décrits par Duplessis 'oiir. ci/p, p. 331\

« Bras de fer^ ventre de fourmi^ âme de chien *. » C*est Barletta qui allègue ce proverbe florentin à l'adresse des marchands. — « Non t£ (idar^ et non serai gabato'^ ». — « Chi mi fa carezze che non sole^ â ingannato nia. à ingannar me vole^. » Et encore « Passato il péricolo^ gabbato il santo^ » dont il rapproche la locution française (et d'ailleurs toute différente^ : « // ne sçait plus à quel sainct se vouer ^. »

Si nous avons fait voir avec Estienne l'intérêt à la fois littéraire et grammatical des proverbes, nous n'avons plus qu*à indiquer les catégories générales sous lesquelles il les range et qui sont en effet utiles pour qui cherche à en pénétrer l'esprit et la signification. Dans les Prémices, ils sont, comme nous l'avons dit, groupés en six lieux communs^, et considérés surtout par leur côté moral. Les catégories indiquées dans la Précellence sont plus variées et se prêtent mieux à l'étude philologique. Elles comprennent en plus les proverbes allégoriques tirés de l'observation de la nature et des animaux. Aux sentences (ou proverbes proprement dits) s'ajoutent les locutions qui en dérivent ^.

Dieu^ morale religieuse, (V. Précell.^ p. 216-218, et Prém,, p. 131.^ — Aux proverbes cités plus haut, ajoutons ceux-ci qui ne se rencontrent pas dans les recueils antérieurs^ : a Dieu donne fil à toile ourdie », « Dieu donne le froid selon la rohbe^ », « Cil est bien gardée qui de Dieu est gardé • » .

Proverbes sur le diable, « L'ennemi du genre humain » a donné lieu à des locutions sur lesquelles Estienne s'étend longuement. Ce sont « des maudissons propres au langage françois n : u Je le donne à tous les diablesj à trente mille chartées de diables, etc.*®. » Autres gallicismes : « C'est un bon diable, un povre diable, » Ce sont là des figures plus ou moins ironiques. En diable se prend adverbialement pour « beaucoup, voire démesurément et excessivement j& : meschant en diable, superbe en

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