‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 459 sur 533 · Gramm. fr. de Robert, p · texte numérisé non relu

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426 H. ESTIEXXE GRAMMAIRIEN FRANÇAIS

Il est fâcheux que Henri Estienue ne se soit pas inspiré, à son tour, de ces idées. Il ne s'obstine pas seulement à mettre une déclinaison dans le française II y prend aussi un genre neutre que notre langue a toujours ignoré. Il est vrai qu'il ajoute : c< Je dis (que le français) en ha, mais confus avec le masculin^. » Pourquoi ne pas dire tout simplement que certains emplois du masculin répondent au sens neutre 3 du latin et du grec? « // ny a rien de beau^ il ny a rien (Thonneste^ il ny a rien honneste » ou encore : M ce qu'il aime pour ceux qu'il aime ; ce h*est rien qui vaille pour c^est un homme qui ne vault rien^ etc.'* » ; ce sont, en effet, des emplois du pronom dans un sens indéterminé.

Estienne n'a pas pris garde que le féminin a dans quelques cas cette même valeur : « Habillé à la Françoise^ à l'Italienne^ à VHespaqnole. On me Va baillée belle'^^ etc. » Il a été frappé du tour rapide de ces tournures : mais il y cherche à tort des sousentendus, comme mode ou manière^ trousse^ etc. De même pour le masculin : « C'est votre plus courte c'est vostre plus long » ; il sous-entend le mot chemin^. « Habillé de noir^ vestu de gris^ de verd » ; il sous-entend le mot habillement « qui a convenance avec le verbe et estant comme de sa parenté ». C'est ainsi que dans le grec TCOixCXa evSuç, il suppose IpLdcTia^. Sa théorie est aussi fausse pour le grec que pour le français, et elle embarrasse tellement son auteur que dans certaines locutions il nous laisse le choix entre les mots qu'il faut sous-entendre : « Je vous le feray courte ne me le faites pas long », sous-entendus propos ou dire\ et, dans un autre cas : « IVaveZ'VOUs pas encores disnél vrayment vous le faites bien long », il sous-entend « votre disné^ ». La théorie de Tellipse satisfait une certaine logique, mais la nature de la dérivation lui échappe. Elle traîne encore dans la plupart des grammaires classiques qui fleurissent dans nos classes.

11 n'en reste pas moins que, médiocre théoricien, Estienne a su recueillir, et le plus souvent analyser, les faits de syntaxe les plus

1. V. tout le traité de la Conformité^ où il retrouve successivement le génitif, le datif et les autres cas dans notre langue.

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